Etats-Unis

D’un document de sécurité à un rêve pour des millions de personnes : les secrets de la Green Card américaine


Au cœur du système d’immigration américain se trouve un petit document qui a gravé son nom dans l’imaginaire collectif grâce à la couleur du papier sur lequel il fut imprimé pour la première fois il y a plus de huit décennies.

Ce que le monde connaît aujourd’hui sous le nom de « carte verte » ou « Green Card » n’est pas apparu par hasard. Ce document est né d’un moment historique exceptionnel qui a contraint Washington, pour la première fois, à enregistrer chaque étranger vivant sur son territoire.

Depuis lors, le document, selon History, a porté plusieurs appellations, allant de « carte de reçu d’enregistrement des étrangers » à « carte de résident permanent ». Pourtant, le public est resté fidèle à l’image gravée dans les mémoires : un papier vert apparu pour la première fois dans les années 1940.

Qu’est-ce que la loi sur l’enregistrement des étrangers de 1940 ?

La loi sur l’enregistrement des étrangers de 1940, signée par l’ancien président américain Franklin D. Roosevelt, a constitué un tournant sans précédent dans l’histoire des États-Unis, puisqu’elle imposait à tous les non-citoyens âgés de quatorze ans et plus de s’enregistrer auprès du gouvernement fédéral.

Cette mesure fut adoptée dans le contexte de l’intensification de la Seconde Guerre mondiale en tant qu’outil de sécurité nationale visant à établir une cartographie précise des millions « d’étrangers » vivant dans le pays et à relever leurs empreintes digitales.

Roosevelt lui-même présenta cette loi dans un discours public comme un bouclier destiné « non seulement à protéger le pays, mais aussi à protéger les étrangers loyaux qui sont ses invités ». Ce message trouva un large écho et poussa près de cinq millions de personnes à se conformer à la loi, dans le cadre de campagnes radiophoniques et médiatiques montrant des célébrités étrangères remplissant les formulaires d’enregistrement avec de larges sourires.

Au départ, la loi ne visait pas de nationalités particulières. Toutefois, cela changea en 1942 après l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, lorsque Roosevelt signa un décret obligeant les « étrangers ennemis » — citoyens allemands, japonais et italiens — à s’enregistrer. Cette décision ouvrit ensuite la voie aux expulsions forcées et à l’internement massif des Américains d’origine japonaise, jetant une ombre sombre sur ce qui avait été présenté comme une mesure de protection neutre.

Quand les cartes vertes ont-elles été émises pour la première fois ?

À ses débuts, le document envoyé par les services de l’immigration et de la naturalisation ne portait aucune trace de vert. La loi de 1940 obligeait les non-citoyens à s’enregistrer dans les bureaux de poste locaux, avant de recevoir une carte de reçu blanche qui ne distinguait ni les visiteurs temporaires, ni les travailleurs saisonniers, ni les résidents permanents légaux.

Cependant, la fin de la guerre bouleversa la situation. Avec le transfert du processus d’enregistrement vers les points d’entrée frontaliers, les autorités comprirent la nécessité de classifier les non-citoyens. Le Service de l’immigration et de la naturalisation créa alors trois cartes distinctes : une pour les visiteurs, une pour les travailleurs temporaires et une troisième pour les résidents permanents légaux.

C’est ainsi qu’apparut le modèle 151-I destiné à la résidence permanente, imprimé sur un papier vert. Dès lors, la couleur devint indissociable du document, et l’obtention du droit de vivre et de travailler aux États-Unis devint synonyme de « Green Card ».

Les « cartes vertes » sont-elles toujours vertes ?

La stabilité de la couleur n’était qu’une illusion. Le document devenu emblématique subit près d’une vingtaine de modifications entre 1947 et 1977 seulement, dans une course permanente contre les réseaux de falsification et de fraude.

En 1964, le modèle 151-I abandonna ainsi sa couleur verte au profit d’un bleu clair, puis d’un bleu foncé un an plus tard. En 1977, ce modèle fut définitivement retiré et remplacé par le modèle 551-I, lisible automatiquement, qui adopta successivement des teintes roses et bleues, avant que les services d’immigration ne reviennent à la symbolique originelle en lui redonnant sa couleur verte en 2010.

La version la plus récente, introduite en 2023, affirme clairement cette identité : une carte dominée par la couleur verte et ornée, au verso, du drapeau américain et de la Statue de la Liberté. Elle raconte visuellement le long parcours qui a transformé une mesure de sécurité exceptionnelle des années 1940 en un véritable passeport des rêves transmis de génération en génération, conservant dans son nom une signification bien plus profonde qu’une simple couleur de papier.

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