Politique

Iyad Ag Ghali, le renard du désert qui menace le Mali


Son nom n’a pratiquement jamais été absent des crises qui secouent le Mali depuis 2012. À chaque crépitement des armes dans ce pays instable, son ombre semble apparaître derrière la détente et au cœur d’alliances hybrides.

Iyad Ag Ghali, chef terroriste à la tête du Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, et considéré comme le dirigeant de fait d’Al-Qaeda au Mali, revient sur le devant de la scène dans un contexte sécuritaire d’une extrême complexité.

Le Mali connaît des développements rapides après que la faction terroriste, en coordination avec le Azawad Liberation Front, a lancé des attaques contre la capitale Bamako et d’autres régions du pays.

L’alliance de nécessité

Lors des dernières attaques visant le Mali, il est apparu frappant que l’opération simultanée ait été menée par le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin et le Azawad Liberation Front, une alliance qui a suscité étonnement et controverse entre deux factions idéologiquement opposées.

En réalité, ce n’est pas la première fois que ces deux groupes se rapprochent malgré leurs divergences fondamentales. Ils s’étaient déjà alliés en 2012, ce qui conduit des observateurs à penser que leur rapprochement répond à la nécessité de faire face à ce qu’ils considèrent comme un adversaire commun : le conseil militaire au pouvoir et ses alliés.

En 2012, le groupe Ansar Dine, qui formera plus tard avec d’autres organisations le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, s’était allié au Mouvement national de libération de l’Azawad, représentant les Touaregs et constituant un élément central du front séparatiste.

Cette alliance avait alors permis la prise de vastes territoires du nord du Mali et le contrôle de grandes villes telles que Gao, Kidal et Timbuktu.

À chaque rapprochement, l’ombre d’Ag Ghali réapparaît, cet homme qui ambitionne bien plus que le contrôle des sites aurifères du pays.

Touareg par naissance, Ifoghas par tribu, radical par idéologie, il incarne une personnalité marquée par des contradictions intellectuelles, le sang de ses victimes et une stratégie qui n’hésite pas à s’allier aux contraires pour atteindre ses objectifs.

Liens avec Kadhafi et formation en Syrie

Né en 1954 dans la région de Kidal, Iyad Ag Ghali, également connu sous le nom d’Abou al-Fadl, appartient à la tribu des Ifoghas, l’une des plus importantes tribus touarègues présentes entre le Mali et le Niger.

Ses débuts remontent à la rébellion touarègue. Dans sa jeunesse, il rejoint les rangs touaregs sous le parrainage du dirigeant libyen défunt Muammar Gaddafi, où il reçoit une formation militaire et un soutien de la Libye, participant à plusieurs conflits aux côtés de ses forces.

En 1981, il se rend en Syrie pour suivre une formation à l’utilisation des armes lourdes, avant de se rendre par la suite dans le sud du Liban.

Conseiller du président Alpha Oumar Konaré

En 1990, il fonde le Mouvement populaire pour la libération de l’Azawad. Malgré son passé rebelle, Ag Ghali entretient des relations avec les autorités de Bamako et occupe même un temps le poste de conseiller du président Alpha Oumar Konaré après la chute du régime de Moussa Traoré.

En 2007, il est nommé consul du Mali à Djeddah par le président Amadou Toumani Touré, avant d’être expulsé d’Arabie saoudite trois ans plus tard en raison de ses liens avec Al-Qaïda.

De la musique au « jihad »

Durant son séjour en Libye, Iyad Ag Ghali apprend le chant et la guitare. Il fonde avec d’autres Touaregs le groupe Tinariwen, signifiant « les fils du désert », et compose plusieurs chansons.

Le tournant intervient avec l’arrivée de prédicateurs du mouvement pakistanais Tablighi Jamaat à Kidal, qui influencent profondément Ag Ghali, lequel troque alors son turban bleu contre la bannière du jihad.

En 2012, il fonde Ansar Dine, qui contrôle des villes majeures comme Timbuktu et Kidal, imposant une application stricte de la charia, incluant l’interdiction de la musique et du tabac.

En 2017, plusieurs factions terroristes fusionnent pour former le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin.

Impliqué dans l’assassinat de journalistes

Selon des informations du journal français L’Humanité, Iyad Ag Ghali est accusé d’être à l’origine de l’assassinat des journalistes de Radio France Internationale, Ghislaine Dupont et Claude Verlon en 2013. Il a également revendiqué l’attaque de Ouagadougou en 2018 visant l’ambassade de France et l’Institut français.

Ag Ghali demeure une figure insaisissable, ayant échappé aux opérations militaires françaises Operation Serval et Operation Barkhane, qui ont éliminé plusieurs chefs terroristes majeurs dans la région, dont Abou Zeid, Mokhtar Belmokhtar et Abdelmalek Droukdel.

Les États-Unis ont offert une récompense de cinq millions de dollars pour toute information menant à son arrestation.

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