Grand Maghreb

Incubation des terroristes… une frérisation méthodique d’institutions éducatives dans l’ouest de la Libye


La prise de contrôle, par la Maison de la fatwa relevant du mufti des groupes extrémistes Sadeq Al-Ghariani, d’un lycée en Libye a déclenché une vague de colère dans l’opinion publique, sur fond d’avertissements concernant l’exploitation des institutions éducatives pour diffuser un discours idéologique extrémiste sous couvert d’enseignement.

Sans préavis, les habitants du quartier d’Al-Fernaj, à Tripoli, ont été surpris de voir le lycée pour filles — dont la construction a duré près de quatre ans — passer d’un projet éducatif public à une entité relevant de ce que l’on appelle les « Écoles Imam Malik », liées à la Maison de la fatwa.

L’établissement, créé pour alléger la pression sur les institutions éducatives de la zone et servir des centaines d’élèves, s’est soudainement retrouvé en dehors de la tutelle du ministère de l’Éducation pour être placé sous l’autorité d’une instance religieuse controversée, ce que les habitants ont qualifié de « spoliation manifeste du droit à l’enseignement public ».

Le bâtiment, situé derrière la mosquée « Al-Khulafa » et à proximité d’un complexe résidentiel pour étudiantes, devait constituer un espace éducatif essentiel pour les habitants du quartier. La décision de le convertir a toutefois privé des centaines d’élèves de l’accès à l’enseignement public gratuit, les orientant vers un système éducatif alternatif fondé sur des orientations intellectuelles spécifiques.

Des observateurs estiment que cette mesure représente un tournant dangereux dans la gestion des institutions éducatives, en particulier dans un contexte marqué par l’absence de contrôle de l’État et le recul de son rôle de régulation.

Ces évolutions, selon les observateurs, aggravent la crise de construction de l’État en Libye et affaiblissent les perspectives d’un règlement politique stable, dans un contexte de montée en puissance de forces non officielles au sein de secteurs vitaux, au premier rang desquels l’éducation.

« Une fabrique de terrorisme »

Cet incident ne semble pas isolé, mais s’inscrit dans un contexte plus large d’initiatives de la Maison de la fatwa au sein du secteur éducatif, notamment après des rencontres antérieures entre Al-Ghariani et des responsables de l’enseignement supérieur visant à intégrer des visions idéologiques dans les programmes.

Dans ce cadre, le chercheur spécialiste des groupes extrémistes Mohamed Yousri a mis en garde contre la gravité de la poursuite de ce phénomène. Il a déclaré que la mainmise continue d’organisations extrémistes sur les écoles et les facultés religieuses vise à assurer une large diffusion de l’idéologie des Frères musulmans à travers des diplômés qui occuperont par la suite des postes gouvernementaux.

Yousri a ajouté : « Al-Ghariani, connu pour son incitation constante contre la stabilité de la Libye, tente de frériser la société libyenne de la base au sommet, en exploitant le chaos politique qui frappe le pays depuis plus de quinze ans. »

Il a souligné que l’ignorance par les autorités exécutives de Tripoli de ce qu’il a qualifié de « nationalisation des écoles publiques » au profit d’entités idéologiques pourrait entraîner de graves répercussions à long terme, précisant que « la poursuite du silence des autorités exécutives conduira inévitablement à l’émergence d’une génération non intégrée dans l’État civil et dont la loyauté ira aux organisations idéologiques plutôt qu’à la patrie ».

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