Iran

Décrit comme opportuniste et impliqué dans la répression violente des manifestations… Qui est le chef de la délégation iranienne aux négociations, Mohammad Ghalibaf ?


Le nom du président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, s’est imposé comme celui du principal négociateur et du visage officiel de l’Iran après la guerre américano-israélienne qui a écarté plusieurs hauts responsables. Il dirige désormais le processus de négociation avec Washington, dans le cadre du premier contact de haut niveau entre les deux pays depuis 1979, dans un contexte d’opacité quant aux mécanismes de gouvernance en Iran et de nouvelles ambitions politiques chez plusieurs dirigeants.

Ghalibaf s’est imposé comme négociateur principal et figure officielle dominante dans une Iran affaiblie par la disparition de nombreux dirigeants à la suite de la guerre.

Il est apparu publiquement pour la première fois le week-end dernier à la tête de la délégation iranienne lors des pourparlers d’Islamabad, où il a rencontré le vice-président américain JD Vance, marquant le plus haut niveau de contact entre les deux adversaires depuis avant la révolution iranienne de 1979.

Une photo diffusée par des ambassades iraniennes à l’étranger sur les réseaux sociaux montre Ghalibaf en tête de la délégation de négociation, enthousiaste, faisant un geste de la main, tandis que le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi semblait absorbé par des tasses de thé.

Les mécanismes de fonctionnement du pouvoir iranien après le Guide suprême Ali Khamenei, qui a dominé la scène politique pendant près de quatre décennies, restent toutefois flous, malgré la désignation de son fils Mojtaba Khamenei comme successeur, lequel n’est pas encore apparu publiquement, sur fond de rapports évoquant de graves blessures à la suite d’une frappe aérienne.

Ambitieux et opportuniste… Qui est Ghalibaf ?

Le parcours de Ghalibaf, mêlant fonctions militaires et civiles, comprend plusieurs postes, notamment commandant au sein du Corps des gardiens de la révolution islamique, chef de la police de Téhéran, maire de la capitale, jusqu’à son poste actuel de président du Parlement.

Il demeure incertain de savoir si le président du Parlement bénéficie de la pleine confiance de la nouvelle direction dure des Gardiens de la révolution, y compris du commandant général Ahmad Vahidi, et du successeur de Larijani à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale, Mohammad Bagher Zolghadr.

Ghalibaf est connu pour sa grande ambition. Il s’est présenté à plusieurs reprises à l’élection présidentielle iranienne sans succès, notamment en 2005, lorsque le conservateur radical Mahmoud Ahmadinejad l’a emporté.

Des responsables politiques déclarent à son sujet : « En tant que politicien, il s’est montré ambitieux et opportuniste, mais aussi prudent — une caractéristique qui l’a aidé à progresser dans sa carrière jusqu’au sommet du pouvoir sans être écarté, contrairement à beaucoup d’autres. »

Ils ajoutent : « Il fera donc preuve d’une certaine flexibilité pour tester les lignes rouges de Washington et tenter de sortir Téhéran de la guerre, tout en restant largement attaché au cadre défini, veillant à ce que ses positions de négociation reçoivent l’aval des principaux acteurs internes. »

Participation à la répression violente des manifestations

Mohammad Bagher Ghalibaf possède un historique documenté de participation à la répression des troubles civils en Iran, à travers ses fonctions successives au sein des Gardiens de la révolution, des forces de police nationales, puis comme président du Parlement.

Des organisations de défense des droits humains l’accusent d’avoir joué un rôle majeur dans la répression des manifestations, des protestations étudiantes de 1999 au mouvement vert de 2009, jusqu’aux vastes manifestations survenues en janvier 2026.

Manifestations étudiantes de 1999

Lors des manifestations étudiantes de juillet 1999, Ghalibaf était commandant de l’armée de l’air des Gardiens de la révolution. Il faisait partie des 24 hauts commandants ayant signé une lettre de menace adressée au président de l’époque Mohammad Khatami, avertissant d’une intervention militaire si le gouvernement ne réprimait pas le mouvement étudiant. Ces événements ont causé la mort de plusieurs manifestants, des centaines de blessés et des milliers d’arrestations.

En 2003, alors qu’il était chef de la police nationale, il a participé à la répression de nouvelles manifestations étudiantes à l’Université de Téhéran.

Dans un enregistrement audio divulgué en 2013, Ghalibaf a reconnu sa participation personnelle à des violences sur le terrain, déclarant : « Il existe des photos de moi sur une moto… frappant [les manifestants] avec des bâtons en bois. » Il a ajouté qu’il était fier de son rôle « d’utilisateur de matraque » malgré son haut grade militaire.

Dans le même enregistrement, il s’est vanté d’avoir contourné les procédures du Conseil suprême de sécurité nationale afin d’émettre des ordres autorisant l’usage des tirs contre les manifestants.

Il a également indiqué avoir exercé des pressions lors d’une réunion en affirmant avoir « fait du bruit » pour obtenir l’autorisation de faire entrer la police dans les résidences étudiantes et « d’ouvrir le feu » sur les protestataires.

Manifestations iraniennes anti-régime 2025–2026

En tant que président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf a été l’une des figures gouvernementales les plus en vue dans la gestion des manifestations iraniennes de 2025–2026, décrites par des organisations de défense des droits humains et des médias internationaux comme une campagne de répression violente ayant causé la mort de plus de 12 000 manifestants.

Des rapports indiquent que ces opérations auraient été menées sur ordre direct du Guide suprême Ali Khamenei, avec la connaissance et l’approbation des chefs des trois pouvoirs, et sur instruction d’utiliser des munitions réelles émises par le Conseil suprême de sécurité nationale, dont Ghalibaf était membre.

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