Frères musulmans de Tunisie et interdiction : les jugements contre Ghannouchi déclenchent la dernière phase
Le processus de déclin des Frères musulmans en Tunisie a commencé depuis leur éviction du pouvoir il y a plusieurs années, mais il semble que le chapitre final sera écrit par les décisions judiciaires visant leur chef, Rached Ghannouchi.
À la suite d’un nouveau jugement rendu lundi contre Ghannouchi dans une affaire de financement étranger, les interrogations sont revenues au premier plan de la scène tunisienne, convergeant autour du sort du mouvement Ennahdha, bras politique des Frères.
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Un tribunal tunisien spécialisé dans les affaires de corruption financière a condamné Ghannouchi, dirigeant du mouvement, à trois ans de prison, et infligé au parti une amende de 45 000 dinars tunisiens, soit environ 15 000 dollars.
Cette nouvelle condamnation porte le total des peines prononcées contre Ghannouchi dans plusieurs affaires à près de 48 ans de prison.
L’affaire, connue médiatiquement sous le nom de « Lobbying 2 », concerne des accusations selon lesquelles le mouvement Ennahdha aurait reçu des financements étrangers d’une société opérant aux États-Unis, en échange de services visant globalement à obtenir soutien et appui lors des élections de 2019.
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La loi tunisienne sur les partis politiques interdit toute réception de financements provenant de sources étrangères. Les autorités estiment que cette affaire touche directement à la souveraineté de l’État et à la protection de la décision nationale contre toute ingérence extérieure susceptible de s’exercer par le biais de groupes de pression ou de contrats de lobbying à l’étranger.
Entre les mains de la justice
Après ce nouveau jugement et l’accumulation des condamnations visant Ghannouchi, de nombreux observateurs s’accordent à dire que la dissolution et l’interdiction du mouvement islamiste Ennahdha relèveront désormais exclusivement du pouvoir judiciaire.
Analysant ces développements, l’écrivain et analyste politique Basel Trujman affirme que la justice est la seule autorité habilitée à dissoudre les partis politiques.
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Il explique que « s’il existe des violations légales dans ce sens, aucune personne, quelle que soit sa fonction, ne peut prendre une telle décision en dehors de l’autorité judiciaire ».
Il ajoute que « la condamnation de Rached Ghannouchi à trois ans de prison pour financement étranger est claire et explicite, et ne comporte aucune dimension politique, contrairement à ce que prétendent certains ».
Selon l’expert, « le fait qu’un chef de parti reçoive des fonds étrangers pour financer des élections confirme l’ampleur des soupçons, de la corruption financière et des financements douteux qui ont marqué de nombreuses pratiques politiques en Tunisie depuis la chute du régime de Zine el-Abidine Ben Ali en 2011 jusqu’aux élections législatives et présidentielles de 2019, durant lesquelles l’argent politique a joué un rôle dangereux et suspect ».
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Cette analyse est également partagée par le professeur et chercheur en droit tunisien Zied Al-Qasmi, qui rappelle que « l’article 56 de la loi sur les partis politiques de 2019 prévoit la dissolution d’un parti politique par décision judiciaire s’il accepte des financements étrangers, viole l’article 7 de ladite loi ou omet de publier ses états financiers et les rapports de contrôle de ses comptes pendant trois années consécutives après l’expiration des délais légaux », ce qui, selon lui, a été le cas du mouvement Ennahdha.
Al-Qasmi précise que « malgré cela, le parti Ennahdha n’a pas été dissous, mais l’interdiction de ses activités et de ses réunions demeure en vigueur ».
En mai 2024, la justice tunisienne avait déjà condamné Ghannouchi à trois ans de prison et à une amende financière dans une affaire liée à des financements étrangers.
Ce jugement concernait l’affaire connue médiatiquement sous le nom de « Lobbying 1 » ou affaire du financement étranger, intentée contre le mouvement Ennahdha, son président Rached Ghannouchi, actuellement incarcéré, et son gendre Rafik Abdessalem, en fuite.
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