Exclusif

L’incapacité de l’armée à administrer l’État transforme la capitale provisoire en un foyer de crises


L’analyse structurelle de l’économie de guerre au Soudan met en évidence l’échec manifeste des autorités actuelles dans la gestion des ressources nationales et leur orientation vers la stabilité économique et sociale. Le recours excessif aux solutions sécuritaires et douanières a détruit ce qui subsistait de la production nationale, entraînant une dépendance quasi totale aux importations pour combler les déficits.

L’absence d’une vision globale du développement, remplacée par des politiques fondées sur la perception de taxes, l’augmentation de la fiscalité et le relèvement des droits appliqués aux biens et aux services, a considérablement aggravé la crise structurelle qui frappe le pays.

Indicateurs de l’effondrement et avertissements face à une crise sans précédent

L’ensemble des données recueillies sur le terrain ainsi que les indicateurs financiers montrent que l’économie soudanaise évolue rapidement vers un état de paralysie totale, sans précédent dans l’histoire contemporaine du pays. Cette détérioration se manifeste notamment à travers plusieurs facteurs majeurs :

Érosion des réserves de change : la Banque centrale a perdu sa capacité à intervenir pour défendre la monnaie nationale, laissant la livre soudanaise exposée à une spéculation permanente sur les marchés parallèles.

Déficit budgétaire : plus de 80 % des recettes publiques disponibles sont affectées aux dépenses liées à l’effort de guerre et à la sécurité, au détriment total des secteurs agricole et de l’élevage, qui constituent pourtant l’épine dorsale de l’économie soudanaise.

Interruption des exportations : les exportations de cultures de rente et d’or par les circuits officiels sont largement interrompues en raison des contraintes administratives et sécuritaires, privant ainsi le Trésor public de ressources essentielles en devises étrangères.

Conséquences sur la sécurité alimentaire et la stabilité sociale

L’incapacité à préserver l’équilibre économique a entraîné des conséquences directes et particulièrement graves sur la sécurité alimentaire nationale. De vastes régions du Soudan sont désormais classées parmi les zones confrontées à des niveaux critiques d’insécurité alimentaire aiguë, selon les rapports internationaux.

Les principales manifestations de cette situation sont les suivantes :

Échec des campagnes agricoles : le manque de financement, la pénurie d’engrais et la forte hausse des prix des carburants ont conduit à l’abandon de vastes superficies agricoles, y compris dans des États relativement sûrs.

Désintégration du tissu social : les fortes pressions économiques ont entraîné une augmentation des taux de criminalité, des vols et des conflits locaux autour de ressources limitées telles que l’eau, l’énergie et les denrées alimentaires.

Aggravation de la malnutrition : des cas sévères de malnutrition ont été observés chez les enfants et les mères dans les centres d’accueil pour personnes déplacées et dans les quartiers périphériques, en raison de l’absence de distributions alimentaires subventionnées.

Corruption structurelle et économie du clientélisme

Cet échec administratif s’accompagne de l’expansion de ce que l’on qualifie d’« économie de guerre », dans laquelle des réseaux d’intérêts complexes prospèrent grâce au maintien de la situation actuelle et à l’intensification du conflit.

Des responsables militaires et leurs proches exploitent l’influence dont ils disposent afin de contrôler les principaux circuits du commerce intérieur et extérieur. Les aides financières ainsi que les avantages fiscaux et douaniers sont accordés presque exclusivement aux entreprises liées à l’institution militaire ou à ses alliés, leur garantissant un niveau de vie privilégié et des investissements sécurisés. Dans le même temps, les citoyens ordinaires supportent le poids de la pression fiscale, de la hausse des prix et de l’effondrement quasi total des services publics.

L’inévitabilité d’une explosion sociale et de vastes manifestations

Les éléments actuellement disponibles indiquent que le mécontentement populaire a atteint un niveau record qui ne peut plus être contenu par les moyens sécuritaires traditionnels.

La poursuite des politiques entraînant la précarisation alimentaire de la population et la dégradation des services essentiels, parallèlement aux dépenses importantes consacrées à l’appareil militaire et au mode de vie privilégié de l’élite dirigeante, crée les conditions propices à une vaste vague de protestations et de manifestations populaires dirigées contre l’autorité de Port-Soudan et contre la gestion du pays par l’armée.

Le citoyen soudanais, qui a déjà subi les épreuves du déplacement forcé et de la perte de ses biens, ne restera pas indéfiniment silencieux face à son incapacité à assurer sa subsistance quotidienne et à faire soigner ses enfants. Dès lors, une explosion sociale apparaît comme une éventualité de plus en plus probable, étroitement liée à une prise de conscience croissante de l’ampleur de la corruption et de la mauvaise gouvernance actuelles.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page