Les négociations entre le Liban et Israël entrent dans une phase sécuritaire et politique complexe
Le Hezbollah ne sera pas un partenaire direct dans tout accord sécuritaire, l’État libanais étant considéré comme responsable de la sécurité et de la stabilité.
Le processus de négociations indirectes entre le Liban et Israël, mené sous parrainage américain, connaît une transition vers une phase plus délicate et complexe, marquée par une divergence notable dans les calculs et les priorités des parties impliquées.
Selon les informations en circulation, les discussions ne se limitent plus à la consolidation du cessez-le-feu, mais s’élargissent désormais à l’examen d’arrangements sécuritaires et politiques à long terme portant sur l’avenir de la situation dans le sud du Liban, les mécanismes de déploiement de l’armée libanaise dans la région, ainsi que la place et le rôle du Hezbollah dans d’éventuels accords.
Alors que Beyrouth cherche à consolider l’apaisement et à mettre fin aux attaques israéliennes, Washington semble déterminé à instaurer de nouvelles règles d’engagement à travers le lancement d’un processus sécuritaire direct entre le Liban et Israël.
Ce processus est perçu par certains milieux libanais comme un tournant politique qui dépasse les accords classiques de cessez-le-feu pour aller vers des arrangements sécuritaires plus larges susceptibles d’ouvrir la voie à des ententes politiques à long terme.
Un apaisement prévaut entre Israël et le Hezbollah depuis le 17 avril, mais Tel-Aviv le viole quotidiennement, poursuivant une offensive commencée le 2 mars contre le Liban, ayant causé 3042 morts, 9301 blessés et plus d’un million de déplacés, selon des données officielles.
Selon des observateurs, ces évolutions traduisent l’entrée du Liban dans une nouvelle phase politique, des dossiers autrefois considérés comme des « tabous politiques » étant désormais intégrés au débat officiel, notamment la question d’une coordination sécuritaire directe et d’arrangements de longue durée avec Israël.
Des analystes estiment que Washington cherche à redéfinir les règles d’engagement entre le Liban et Israël, afin de garantir un calme durable sur le front nord d’Israël et de poser les bases d’une nouvelle phase d’arrangements sécuritaires régionaux.
En contrepartie, la scène libanaise apparaît divisée entre ceux qui considèrent les négociations comme une opportunité de stabiliser la situation et de mettre fin à l’escalade, et ceux qui y voient une tentative d’imposer de nouvelles réalités politiques et sécuritaires sous la pression de la guerre.
La délégation libanaise participant au troisième cycle des négociations trilatérales à Washington les 14 et 15 mai a annoncé que les discussions avaient abouti à un « progrès diplomatique tangible » en faveur du Liban et à un accord sur la prolongation de l’apaisement pour 45 jours à compter du 17 mai.
Dans un communiqué, la délégation a précisé que cette prolongation vise à permettre le lancement du processus sécuritaire sous parrainage américain le 29 mai, et à « renforcer l’élan politique réalisé ces derniers jours ».
Elle a ajouté que les parties ont convenu d’ouvrir un « processus politique officiel » reflétant « l’engagement constructif du Liban et renforçant les chances de parvenir à une solution pacifique durable », la prochaine session de négociations étant prévue les 2 et 3 juin à Washington.
La délégation a également indiqué que Washington œuvrera à « renforcer la communication et la coordination militaire entre le Liban et Israël » à travers un processus sécuritaire censé débuter officiellement au siège du département américain de la Défense, le Pentagone.
Elle a souligné que les priorités du Liban sont « le rétablissement de la souveraineté sur l’ensemble du territoire, la sécurité des citoyens, le retour des déplacés, la reconstruction, la libération des détenus et la restitution des dépouilles des victimes ».
Israël occupe des zones dans le sud du Liban, certaines depuis des décennies et d’autres depuis la guerre précédente entre 2023 et 2024, et s’est en outre enfoncé d’environ 10 kilomètres à l’intérieur des frontières sud lors de l’offensive actuelle.
Les données indiquent que Washington cherche à passer d’un apaisement temporaire à des arrangements sécuritaires plus globaux portant sur l’avenir de la situation sur le terrain dans le sud du Liban, le mécanisme de déploiement de l’armée libanaise et la nature de la coordination sécuritaire entre Beyrouth et Tel-Aviv.
Le politologue et journaliste Alan Sarkis a déclaré que ce qui se déroule « n’est pas de simples négociations politiques traditionnelles, mais un processus de négociation à forte dimension sécuritaire qui commencera officiellement à être examiné au Pentagone le 29 mai ».
Il a ajouté que ce processus inclut une coordination sécuritaire entre le Liban et Israël sous parrainage américain visant à « organiser la situation sécuritaire dans le sud et à mettre fin aux attaques ».
Il a précisé que l’accord attendu « concernera uniquement les deux États, le Hezbollah n’en étant pas un partenaire direct, puisque l’État libanais est responsable de la sécurité et de la stabilité ».
Les discussions sécuritaires ont effectivement commencé loin des médias, et l’armée libanaise sera l’autorité principale chargée de gérer la sécurité dans le sud du pays « en tant que seule autorité habilitée à le faire », selon Sarkis.
Il a poursuivi en affirmant que Washington exerce une forte pression pour parvenir rapidement à un accord sécuritaire couvrant les zones au nord et au sud du fleuve Litani, ainsi que la zone frontalière que Israël appelle la « ligne jaune ».
En avril dernier, l’armée israélienne a annoncé l’imposition de cette « ligne jaune » au sud du Litani, une bande imaginaire considérée comme une « zone tampon sécuritaire », sur le modèle de la bande de Gaza.
Selon Israël, cette ligne vise à empêcher le retour des déplacés et à considérer tout mouvement armé comme une activité dans une « zone de combat » non soumise aux accords de cessez-le-feu.
Sarkis a ajouté qu’Israël a informé la partie américaine et la délégation libanaise qu’il ne se retirerait pas du sud du Liban avant le « désarmement complet du Hezbollah ».
Cela serait suivi par l’établissement d’un contrôle total de la zone par l’armée libanaise sous supervision américaine directe et coordination militaire continue.
Le gouvernement libanais adopte un plan visant à placer toutes les armes, y compris celles du Hezbollah, sous l’autorité de l’État, tandis que le Hezbollah maintient son arsenal en affirmant être un « mouvement de résistance » face à l’occupation israélienne.
Sarkis estime que l’accord sécuritaire attendu pourrait constituer une porte d’entrée vers des arrangements politiques plus larges, voire vers un futur accord de paix garantissant « la sécurité du Liban et d’Israël ».
Le général à la retraite et analyste militaire Hicham Jaber a, pour sa part, estimé que les exigences israéliennes dans le dossier sécuritaire sont « irréalistes » et dépassent la capacité de la délégation libanaise à prendre des décisions à ce sujet.
Il a déclaré que la priorité israélienne reste le désarmement du Hezbollah, se demandant si la délégation libanaise dispose même de l’autorité nécessaire pour s’engager sur une telle décision.
Il a ajouté qu’une question de cette ampleur nécessite un consensus interne libanais et l’approbation des institutions constitutionnelles, du Conseil des ministres jusqu’au Parlement.
Il a également souligné qu’Israël cherche à imposer des arrangements sécuritaires étendus dans la zone frontalière, y compris la création de zones démilitarisées et des restrictions sur le déploiement des forces libanaises.
Il a estimé que la poursuite des frappes israéliennes affaiblit toute chance de succès de l’apaisement, rappelant que les précédentes périodes de trêve « n’ont comporté aucun engagement réel à cesser les opérations militaires ».
Selon la chercheuse et journaliste Mayssa Abdel Khalek, les négociations actuelles suivent deux voies parallèles : politique et sécuritaire, avec une divergence fondamentale dans les priorités des parties.
Elle a expliqué que le Liban se concentre sur l’arrêt des attaques israéliennes, le retrait des forces des villages frontaliers, le retour des habitants, la reconstruction, la libération des prisonniers et la restitution des corps.
Elle a ajouté que Beyrouth cherche à conclure un accord sécuritaire « qui préserve la souveraineté et la dignité des citoyens » et ramène la stabilité dans le sud.
De leur côté, Israël et les États-Unis considèrent le désarmement du Hezbollah comme une priorité centrale, dans un contexte de discussions croissantes sur des arrangements susceptibles d’évoluer vers un accord politique plus large.
Elle a ajouté que Washington et Tel-Aviv adoptent le discours du « droit d’Israël à se défendre », tandis que l’État libanais considère ces actions comme des « atteintes continues à la souveraineté libanaise ».
Elle a conclu que le succès de tout accord dépend de la capacité des États-Unis à contraindre Israël à cesser ses attaques, ainsi que de la position du Hezbollah vis-à-vis des arrangements sécuritaires proposés.
La nature du processus sécuritaire envisagé a suscité des objections internes, notamment de la part du Hezbollah et de ses alliés, qui mettent en garde contre le risque que les négociations deviennent un moyen d’imposer des conditions israéliennes au Liban.
Le député du bloc parlementaire du Hezbollah, Hussein Hajj Hassan, a déclaré dans un communiqué que les États-Unis poussent vers des arrangements servant leurs propres objectifs et ceux d’Israël, « hostile à la résistance ».
Il a ajouté que l’autorité libanaise avait auparavant refusé d’entrer en négociation avant la consolidation du cessez-le-feu, « mais qu’elle se trouve aujourd’hui au cœur des négociations malgré la poursuite des attaques », estimant que toute discussion sur la paix ou la normalisation avec Israël « ne bénéficie pas d’un large consensus national », de nombreuses forces politiques et populaires libanaises rejetant toute voie menant à la normalisation.
