Grand Maghreb

Les inquiétudes du Polisario face à une évolution de la position algérienne sur le dossier du Sahara


L’accueil favorable par l’Algérie de la voie des négociations reflète une prise de conscience croissante de la difficulté à maintenir les approches précédentes dans un contexte marqué par l’élargissement du soutien international à la solution marocaine.

Les déclarations du ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, dans lesquelles il a affirmé que son pays accueillait favorablement les négociations concernant le dossier du Sahara marocain, ont semé le trouble au sein du Polisario, qui y a vu les prémices d’une évolution de l’approche algérienne traditionnelle à l’égard du conflit. Ces inquiétudes ont conduit Alger à réaffirmer rapidement son attachement à ses positions habituelles, dans une démarche interprétée comme une tentative de rassurer le mouvement séparatiste.

La controverse suscitée par le discours d’Attaf à l’occasion de la « Journée de l’Afrique », à la fin de la semaine dernière, ne s’est pas limitée à un simple débat sur des formulations diplomatiques. Elle s’est transformée en indicateur de la sensibilité croissante entourant la question du Sahara marocain au sein du Polisario, dans un contexte de mutations régionales et internationales accélérées et alors que la proposition d’autonomie sous souveraineté marocaine tend à s’imposer comme l’unique base de règlement du conflit.

Bien qu’Ahmed Attaf ait réaffirmé dans son discours la position traditionnelle de l’Algérie en faveur de ce qu’elle qualifie de « droit à l’autodétermination », l’accent mis sur l’importance du processus de négociation et sur la nécessité d’y participer a alimenté les préoccupations du Polisario quant à la nature de la prochaine phase et à la possibilité que l’Algérie commence à s’adapter aux nouveaux équilibres internationaux, marqués par un soutien croissant à l’initiative marocaine d’autonomie.

Plusieurs militants proches du Polisario ainsi que des acteurs évoluant dans son environnement politique ont exprimé, sur les réseaux sociaux, leur étonnement face au contenu du discours algérien, estimant qu’il contenait des signaux politiques inhabituels par rapport aux positions précédentes.

Dans une tentative manifeste de contenir ces réactions, l’Algérie s’est empressée de profiter des réunions du Comité spécial des Nations unies sur la décolonisation, connu sous le nom de « Comité des 24 », pour adresser des messages de réassurance directs. Lors de la dernière session du comité au Nicaragua, le représentant permanent adjoint de l’Algérie auprès des Nations unies, Toufik Kadri, a insisté sur la constance de la position de son pays, dénonçant ce qu’il a qualifié d’« interprétations erronées » des déclarations d’Ahmed Attaf.

Le choix de ce moment ne semble pas fortuit. Il est intervenu quelques jours seulement après l’intensification des débats au sein des milieux favorables au Polisario, laissant penser qu’Alger souhaitait empêcher que ces inquiétudes ne se transforment en crise de confiance entre les deux parties.

Selon plusieurs observateurs, le simple fait d’avoir dû fournir des clarifications supplémentaires révèle l’existence d’un certain malaise au sein du mouvement séparatiste quant à l’avenir de la position algérienne, d’autant plus que le Polisario a fondé une grande partie de sa stratégie politique et diplomatique sur le soutien que lui apporte l’Algérie depuis plusieurs décennies.

Ces préoccupations s’accentuent également au regard des évolutions enregistrées sur la scène internationale. Depuis l’adoption de la résolution 2797, le dossier est entré dans une nouvelle phase caractérisée par la recherche d’une solution politique réaliste et mutuellement acceptable, une orientation largement perçue comme compatible avec l’initiative d’autonomie en tant que base de règlement du conflit.

Par ailleurs, le retour aux consultations sous l’égide des Nations unies, avec un soutien direct des États-Unis, a créé une nouvelle réalité qui oblige toutes les parties à revoir leurs calculs politiques, y compris l’Algérie, confrontée au défi de concilier son discours traditionnel avec les exigences d’un environnement international en mutation.

Dans ce contexte, certains observateurs interprètent l’ouverture algérienne au processus de négociation comme le signe d’une prise de conscience croissante de la difficulté à maintenir les approches antérieures face à l’élargissement du soutien international aux solutions politiques pragmatiques, sans pour autant y voir un abandon des positions officiellement affichées.

Cette lecture demeure toutefois loin de rassurer totalement le Polisario, qui craint qu’un ajustement progressif des priorités algériennes n’accentue davantage son isolement et n’affaiblisse encore davantage son projet séparatiste, à un moment où les pressions internationales en faveur d’un règlement définitif du conflit se renforcent.

Cette évolution reflète également des inquiétudes plus profondes selon lesquelles les transformations géopolitiques en cours pourraient contraindre l’Algérie à adopter une approche plus pragmatique du dossier, ce qui réduirait à l’avenir la marge de manœuvre dont le Polisario a longtemps bénéficié.

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