Les affrontements de Zawiya révèlent l’échec du gouvernement Dbeibah à contenir les milices
Des appels à une mobilisation populaire contre le chaos sécuritaire émergent, ce qui indique une montée du mécontentement des habitants qui paient le prix des conflits armés répétés.
La ville de Zawiya a été le théâtre d’affrontements meurtriers ayant fait trois morts et semé la panique parmi la population, dans une évolution qui reflète la persistance de la fragilité de la situation sécuritaire et la domination des milices armées, lesquelles continuent de s’imposer comme acteurs majeurs dans l’ouest du pays malgré des engagements répétés visant à limiter les armes aux seules institutions de l’État.
Ces affrontements portent des implications qui dépassent les limites de la ville, car ils remettent en lumière l’un des principaux obstacles à la résolution de la crise libyenne, dans un contexte marqué par la multiplicité des centres de pouvoir armé et l’absence d’institutions sécuritaires et militaires unifiées capables d’imposer la loi et de mettre fin à la logique de la force armée.
Les affrontements ont éclaté dans des quartiers résidentiels le deuxième jour de l’Aïd al-Adha, après la mort de Mohammed Areibi, l’un des membres de l’appareil de lutte contre les menaces sécuritaires. Les combats se sont ensuite étendus et ont fait davantage de victimes, tandis que des renforts armés se sont poursuivis pendant de longues heures, dans un climat de crainte d’une extension des violences.
Malgré un retour à un calme relatif après l’intervention de forces relevant de la « brigade 25 d’infanterie », ces événements ont ravivé le souvenir de scènes récurrentes vécues par la ville ces dernières années, où les différends entre groupes armés se transforment souvent en affrontements ouverts dans des zones densément peuplées, plaçant les civils au cœur du danger.
Les développements récents montrent que le pouvoir effectif dans plusieurs villes de l’ouest libyen demeure entre les mains des formations armées plutôt qu’entre celles des institutions de l’État. Ces affrontements ne constituent qu’un nouvel épisode d’une série de luttes pour l’influence et les intérêts économiques.
Des observateurs soulignent que Zawiya est devenue l’une des zones les plus sensibles de l’ouest libyen en raison de sa position stratégique et de l’implantation de l’une des plus grandes raffineries de pétrole du pays, ainsi que de son lien avec les réseaux de contrebande de carburant et de migration irrégulière. Ces facteurs en ont fait un objectif permanent pour les factions armées rivales.
Des chercheurs en affaires libyennes estiment que la persistance de ces réseaux économiques informels a contribué à consolider l’influence des groupes armés et à leur fournir des sources de financement indépendantes, rendant leur démantèlement ou leur intégration dans les institutions de l’État encore plus complexe.
Depuis le lancement des différents processus politiques sous l’égide des Nations unies, le dossier des milices demeure l’un des plus complexes. Alors que certaines initiatives ont permis des accords politiques temporaires, la question de l’unification des institutions sécuritaires et militaires reste sans solution structurelle.
Les affrontements récents confirment que toute solution politique dépourvue d’un traitement réel de la question des armes en dehors du cadre de l’État reste vulnérable. La capacité persistante des groupes armés à se mobiliser, se déplacer et s’affronter de manière autonome signifie que les équilibres de terrain peuvent encore influencer la scène politique et imposer de nouvelles réalités.
La répétition des violences affecte également les efforts des Nations unies et de la communauté internationale visant à créer des conditions propices à la tenue d’élections et à la fin des phases transitoires successives, car il est difficile d’envisager une stabilité politique durable dans un environnement sécuritaire instable et susceptible d’escalade.
Il est particulièrement notable dans les récents événements de Zawiya l’émergence d’appels locaux à une mobilisation populaire contre la poursuite du chaos sécuritaire, signe d’une montée du ressentiment au sein d’une population qui subit le coût des conflits armés récurrents.
Après des années d’affrontements, d’assassinats et d’incidents de tirs aléatoires, les habitants de la ville réclament désormais la fin de l’influence des groupes armés et la levée de toute couverture politique et juridique dont ils bénéficient, estimant que la poursuite de la situation actuelle menace la sécurité sociale et compromet les perspectives de développement et de stabilité.
Ces développements placent le gouvernement d’unité nationale dirigé par Abdelhamid Dbeibah face à un nouveau test concernant sa capacité à mettre en œuvre ses engagements antérieurs relatifs au démantèlement des groupes armés et à l’affirmation de l’autorité de l’État, alors que Dbeibah est accusé par certains de fermer les yeux sur certaines milices dans le cadre de ses efforts pour se maintenir au pouvoir.
Les critiques estiment que l’approche adoptée ces dernières années a souvent consisté à gérer les équilibres entre factions armées et à reconfigurer les loyautés plutôt qu’à mettre en place un plan global visant à mettre fin à leur influence, ce qui a contribué à la persistance de la fragilité sécuritaire.
En définitive, les affrontements de Zawiya apparaissent comme un nouveau rappel que la crise libyenne reste prisonnière de la problématique des armes incontrôlées et de la multiplicité des centres de pouvoir, et que tout progrès réel vers la stabilité demeure conditionné par la capacité de l’État à rétablir le monopole de la force et à mettre fin à l’influence des milices, qui restent depuis une décennie l’un des principaux obstacles à la transition politique et à la construction de l’État.
