Politique

Le fantôme du Duce : la légende de Mussolini ne quitte pas l’Italie


La dictature de Mussolini a pris fin il y a plus de 80 ans, mais la fascination que certains Italiens continuent d’éprouver pour sa personnalité n’a jamais disparu, et le temps n’est pas parvenu à l’éteindre.

Dans son ouvrage Le Fantôme de Mussolini, Stephen Gundle écrit que « les dictateurs s’ancrent dans la conscience des nations qu’ils gouvernent de manière autoritaire, suscitant des manifestations d’amour et d’admiration qui, aussi perverses ou artificielles qu’elles puissent paraître, et aussi brutal et terrifiant que leur règne ait été, disparaissent rarement ».

Selon le quotidien britannique The Telegraph, cette observation s’applique à l’Italie plus qu’à tout autre pays européen. Le journal souligne que « la dictature de Benito Mussolini, qui s’étendit de 1925 à 1943, était entourée de mythes selon lesquels il aurait revitalisé la société et la politique italiennes, résolu le conflit entre le capital et le travail et fait en sorte que les trains arrivent à l’heure ». Autant de mythes qui n’ont pas disparu après la guerre.

La succession de crises politiques chaotiques et les changements fréquents de gouvernements italiens dans les années 1950, 1960 et 1970 ont également contribué à faire apparaître, au moins rétrospectivement, le régime de Mussolini comme une période de stabilité.

Aujourd’hui encore, le Duce demeure une figure influente dans la vie politique italienne, et certains continuent de le considérer comme un modèle de « leadership fort et viril ».

The Telegraph rappelle que la mâchoire proéminente, le casque d’acier, les discours enflammés prononcés depuis le balcon du palais de Venise, ses mains posées sur les hanches, ses maîtresses ou encore l’assèchement des marais Pontins constituent toujours les principales images associées à Mussolini dans l’esprit de nombreux Italiens.

Ces images éclipsent souvent l’extermination de civils éthiopiens au gaz, son rapprochement avec Adolf Hitler, ainsi que la fin de sa vie, lorsque son corps fut suspendu la tête en bas à une structure métallique d’une station-service en 1945, après avoir été capturé et exécuté par des partisans communistes.

Mussolini conserve aujourd’hui une présence importante dans la culture et la politique italiennes. Ni l’instauration de la République, ni la démocratie, ni l’intégration européenne ne sont parvenues à effacer durablement son empreinte.

En 1996, la Première ministre italienne Giorgia Meloni, alors membre active de la branche jeunesse du Mouvement social italien, avait déclaré que Mussolini était « un homme politique habile » qui avait « fait tout ce qu’il pouvait pour l’Italie ».

L’ancien président du Conseil Silvio Berlusconi partageait une appréciation similaire, affirmant que Mussolini avait « bien fait dans de nombreux domaines ».

Dans son livre, Stephen Gundle explique la persistance de Mussolini dans la mémoire collective italienne par le fait que « le régime fasciste lui-même n’est plus nécessairement perçu de manière négative, mais parfois avec une certaine nostalgie, comme une force modernisatrice en comparaison avec le nazisme, considéré comme plus rétrograde ».

Professeur d’études cinématographiques et télévisuelles à l’Université de Warwick, Gundle analyse avec précision la manière dont les médias audiovisuels et la presse ont représenté Mussolini au cours des 81 années qui ont suivi son exécution.

Plusieurs acteurs ont incarné Mussolini à l’écran, notamment George C. Scott et Bob Hoskins. Mais, selon Gundle, l’interprétation la plus marquante du dictateur reste celle de Rod Steiger dans le film Mussolini: Ultimo atto, également connu sous le titre Les Derniers Jours de Mussolini, sorti en 1974.

Gundle considère également que le culte voué à Mussolini fut « le premier véritable culte moderne de la personnalité », précédant même ceux de Lénine et de Staline. Selon lui, ces dirigeants soviétiques, tout comme Hitler, auraient tiré des enseignements du dictateur italien sur la manière de construire une loyauté quasi religieuse envers un chef.

De nombreux slogans muraux datant de l’époque fasciste sont encore visibles, notamment « La force du travail et sa gloire » et « Rome est destinée à redevenir la principale ville civilisée de toute l’Europe occidentale ».

Les débats sur la restauration d’importants bâtiments publics construits sous Mussolini, en particulier ceux qui présentent « une valeur architecturale et parfois artistique considérable », occupent toujours une place importante dans la vie politique italienne.

Lors de la reconstruction ou de la restauration de ces édifices, on leur permet souvent de conserver ce que l’auteur décrit comme des « ornements pseudo-romains qui constituaient un pilier fondamental du fascisme », contrairement aux symboles nazis, tels que la croix gammée, en Allemagne.

L’une des raisons pour lesquelles Mussolini a, dans une certaine mesure, échappé à l’opprobre durable qui frappe les nazis réside dans l’absence, en Italie, de camps d’extermination spécifiquement destinés aux Juifs.

Cela a parfois conduit à minimiser la nature tyrannique de son régime, pourtant marquée par l’emprisonnement de syndicalistes et de socialistes, l’assassinat de journalistes et le contrôle des médias.

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