La guerre dans l’est du Congo frappe aux portes du Burundi
Malgré le calme fragile qui règne actuellement dans la ville congolaise d’Uvira après le retrait des rebelles, les inquiétudes demeurent vives de l’autre côté de la frontière.
Six mois après la chute d’Uvira, considérée comme la capitale provisoire du Sud-Kivu dans l’est de la République démocratique du Congo, la ville, qui avait été brièvement contrôlée par les rebelles, a retrouvé une stabilité précaire.
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De l’autre côté du lac, sa voisine Bujumbura suit la situation avec une attention soutenue et envisage tous les scénarios possibles dans deux villes liées par des intérêts étroitement imbriqués, selon le magazine Jeune Afrique.
Le palais situé dans le quartier de Kiriri, sur les hauteurs de Bujumbura, offre au président burundais Évariste Ndayishimiye une vue panoramique sur Uvira.
Depuis les marches de cet édifice blanc entouré de deux lions dorés, le chef de l’État burundais peut aisément contempler les sommets embrumés qui dominent la ville voisine.
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Cette position lui permet également d’observer quotidiennement la route qui longe sur une vingtaine de kilomètres la rive nord du lac Tanganyika jusqu’aux premiers quartiers de cette agglomération de 700 000 habitants.
Cependant, Ndayishimiye observe ce paysage paisible avec davantage d’inquiétude que de sérénité. Certes, les rebelles du mouvement du 23 Mars (M23), qui avaient pris le contrôle d’Uvira le 10 décembre 2025, se sont retirés de la ville depuis le 17 janvier.
Mais leurs forces, soutenues par l’armée rwandaise, se trouvaient encore à environ quinze kilomètres de la frontière le jour où le magazine l’a rencontré. « Tant qu’ils sont là, ils constituent une menace et nous devons rester vigilants », avait précédemment déclaré le président burundais.
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Craignant une progression des rebelles ainsi qu’un afflux incontrôlé de milices congolaises sur son territoire, le Burundi avait fermé sa frontière le 10 décembre dernier et ne l’a rouverte que trois mois plus tard, au poste de passage entre Gatumba et Uvira.
Début mai, de longues files de véhicules serpentaient entre les postes de contrôle disséminés le long de la route traversant Gatumba, à la périphérie de Bujumbura.
L’un de ces postes était contrôlé par l’armée, un autre par la police, et ainsi de suite sur plusieurs centaines de mètres. Un autre point de contrôle était équipé d’une pièce d’artillerie dont seule l’extrémité dépassait d’un mur de sacs verts empilés.
Recouvert d’une vaste bâche noire, le canon demeurait orienté vers la République démocratique du Congo, selon le magazine.
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Un retrait aux multiples conséquences
Chaque jour, des milliers de personnes franchissent la frontière entre les deux pays. Cette route est essentielle aux échanges commerciaux entre Uvira et Bujumbura.
À Uvira sont consommés des produits burundais tels que la farine de maïs, les haricots, l’eau minérale et les jus de fruits, bien qu’ils soient importés du Burundi.
De son côté, Bujumbura importe de la République démocratique du Congo du riz, de l’huile de palme, des produits cosmétiques ainsi que du carburant.
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Depuis plusieurs années, le Burundi souffre d’une grave pénurie de carburant due au manque de devises étrangères. Les stations-service de la capitale économique sont donc approvisionnées de manière intermittente et les achats sont limités à trente litres par véhicule.
Cette situation a favorisé l’essor de la contrebande de carburant à la frontière entre Uvira et Gatumba. Le litre d’essence introduit illégalement depuis la RDC est vendu dans des bouteilles en plastique à un prix cinq à sept fois supérieur à celui pratiqué dans les stations-service burundaises.
Selon un représentant des employeurs congolais rencontré par Jeune Afrique à Uvira, « les deux villes dépendent totalement l’une de l’autre sur les plans économique et sécuritaire. Ce qui affecte l’une finit inévitablement par affecter l’autre ».
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Pour Ndayishimiye, maintenir la frontière fermée n’était pas une option viable, malgré sa conviction que Kigali poursuit des objectifs déstabilisateurs. Il continue d’accuser le Rwanda de soutenir les auteurs de la tentative de coup d’État ayant visé son prédécesseur en 2015.
Si Uvira constitue un bastion stratégique face à l’avancée du M23 vers l’ancienne province du Katanga, elle représente également une question de sécurité nationale pour les autorités burundaises.
Les relations entre Bujumbura et Kigali, déjà marquées par des tensions persistantes, se sont encore détériorées avec la résurgence du M23 en 2021. Avant la chute d’Uvira, environ 18 000 soldats burundais étaient déployés dans l’est de la RDC aux côtés de l’armée congolaise, selon plusieurs sources sécuritaires.
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L’aéroport de Bujumbura est également devenu une plateforme stratégique pour l’acheminement des renforts vers l’est congolais.
Ce déploiement, réalisé dans le cadre d’un accord bilatéral conclu avec Kinshasa en août 2023, a suscité la colère du président rwandais Paul Kagame, qu’Évariste Ndayishimiye accuse de soutenir des groupes armés hostiles au Burundi dans l’est de la RDC.
Une source diplomatique a expliqué au magazine : « Après la chute d’Uvira, des réunions ont eu lieu entre les services de sécurité des deux pays afin d’apaiser les tensions et d’apporter certaines garanties. L’un des principaux objectifs du M23, au-delà de la prise d’Uvira et de son avancée vers le Katanga, était de contraindre les forces burundaises à quitter le territoire congolais. »
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Dans cette perspective, l’offensive rebelle a partiellement atteint son objectif, plusieurs milliers de soldats burundais ayant franchi la frontière lors de la chute d’Uvira.
Par la suite, certains sont revenus, mais en nombre plus limité. Plusieurs sources sécuritaires estiment aujourd’hui à un peu plus de 6 000 le nombre de soldats burundais présents sur le territoire congolais.
Une stratégie de maintien de la paix sous pression
Il apparaît clairement que la stratégie burundaise de maintien de la paix a atteint ses limites.
Dans le quartier frontalier de Kavimvira à Uvira, plusieurs soldats burundais occupent un bâtiment délabré situé au pied d’une route rocailleuse.
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Au premier étage, un officier ayant servi deux ans en République démocratique du Congo explique avoir été envoyé dans l’est du pays pour combattre les rebelles.
« Nous sommes ici pour protéger les populations contre ces terroristes », affirme-t-il.
Du côté rwandais, cependant, le président Kagame dénonce depuis des années une coopération présumée entre l’armée burundaise et certaines milices alliées à Kinshasa, notamment les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), mouvement armé fondé par d’anciens responsables du génocide rwandais.
Lors de son entretien avec Jeune Afrique, Évariste Ndayishimiye a rejeté ces accusations, niant tout lien avec les FDLR et affirmant qu’il ne pouvait soutenir « des criminels qui attaquent le Rwanda ».
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Une source diplomatique résume ainsi la situation : « La plaine de la Ruzizi et les hauts plateaux, où opèrent certaines de ces milices favorables à Kinshasa, revêtent une importance capitale pour le gouvernement burundais, qui considère la présence de l’armée rwandaise et du M23 comme une menace existentielle. »
Un espoir fragile
Au-delà des considérations sécuritaires, la présence burundaise en République démocratique du Congo semble également motivée, au moins en partie, par des intérêts économiques.
Cependant, les aspects financiers de cette coopération demeurent peu transparents.
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Selon plusieurs sources diplomatiques et sécuritaires, les soldats burundais déployés en RDC percevraient des rémunérations comprises entre 600 et 800 dollars par mois. Les autorités burundaises n’ont toutefois pas confirmé ces chiffres à Jeune Afrique et sont restées tout aussi discrètes concernant le coût humain de cette présence militaire.
Comme le résume une source diplomatique : « La crainte que ce conflit ne déstabilise le Burundi a créé des tensions au sein même du régime et de l’armée. »
Sous la pression des États-Unis durant plusieurs mois, les rebelles se sont repliés à la mi-mai vers Kamanyola, située à environ 75 kilomètres d’Uvira.
Présenté par les insurgés comme un geste de « bonne volonté », ce retrait a été considéré comme une étape permettant le retour de l’armée congolaise dans plusieurs secteurs de la plaine de la Ruzizi, le long de la frontière burundaise.
