La guerre contre l’Iran et le désarmement du Hezbollah : une opportunité historique et des calculs minutieux
Le Liban se trouve face à un tournant régional susceptible de redessiner les équilibres de pouvoir en son sein, tandis que l’Iran subit des frappes sévères visant son infrastructure militaire et sa direction.
Depuis son entrée en fonction, le président libanais Joseph Aoun a réitéré son engagement à appliquer l’Accord de Taëf et la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, plaçant le désarmement de toutes les milices au cœur des priorités de son mandat.
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Il s’est présenté comme l’homme capable de restaurer la décision souveraine de l’État, misant sur un soutien international financier et technique destiné à renforcer les capacités de l’armée libanaise et à en faire un partenaire fiable dans le maintien de la stabilité, selon le magazine américain The National Interest.
Toutefois, cette ambition s’est heurtée à une réalité de terrain complexe. Les frappes israéliennes contre des positions du Hezbollah dans le sud et dans la Békaa se sont poursuivies, révélant les limites du contrôle de l’armée sur l’ensemble du territoire situé au sud du fleuve Litani et mettant en difficulté le discours officiel sur l’extension de l’autorité de l’État.
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Parallèlement, le Hezbollah a mandaté le président du Parlement, Nabih Berri, pour négocier les arrangements au sud du Litani, tandis que son secrétaire général, Naïm Qassem, a rejeté catégoriquement toute proposition de désarmement et lancé une campagne politique et médiatique contre la présidence, estimant que ces appels répondaient à des pressions israéliennes.
Ce décalage entre la voie des négociations et le discours d’escalade reflète l’ampleur des divisions internes quant à l’avenir de l’arsenal du parti et met en lumière la fragilité de l’équilibre existant entre l’État et le Hezbollah.
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Cependant, les frappes américano-israéliennes contre l’Iran ont bouleversé la donne. Avec le ciblage des centres du programme nucléaire et de l’infrastructure balistique, ainsi que la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei et de plusieurs hauts responsables militaires, Téhéran semble entrer dans une phase de profonde instabilité susceptible de limiter sa capacité à financer et armer ses alliés régionaux.
L’Iran avait déjà commencé à perdre une partie de son influence à la suite des campagnes israéliennes continues au Levant, de la coupure des lignes d’approvisionnement via la Syrie et de l’évolution de ses priorités militaires. Les développements récents rendent toutefois plus difficile, à court terme, toute reconquête de cette influence, plaçant le Hezbollah face à une nouvelle réalité stratégique marquée par le recul du soutien extérieur et la réduction de sa marge de manœuvre.
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Pour le gouvernement libanais dirigé par Nawaf Salam, ce recul iranien constitue une opportunité rare de renforcer la position de l’État, mais à des conditions précises. Les autorités comptent sur la conférence des donateurs de Paris, initialement prévue le 5 mars et reportée en raison de la guerre, afin d’obtenir un soutien financier et matériel pour l’armée libanaise, lui permettant d’accroître son déploiement dans le sud et de renforcer ses capacités.
L’expérience passée montre cependant que, malgré leur importance, les engagements internationaux n’ont pas entraîné de transformation structurelle profonde de l’institution militaire, dans un contexte où les salaires actuels varient entre 250 et 400 dollars par mois, bien en deçà de leur niveau d’avant la crise financière.
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En parallèle de ce pari international, le pays se prépare à des élections législatives prévues le 3 mai, susceptibles de se transformer en référendum implicite sur la vision présidentielle du désarmement. Certes, le Hezbollah et ses alliés ont perdu leur majorité lors des élections de 2022, mais le paysage parlementaire demeure fragmenté, marqué par l’affaiblissement de certaines formations et par l’incertitude au sein de la scène sunnite, notamment en raison de l’ambiguïté entourant la position de la famille Hariri.
Dès lors, toute tentative de convertir le nouveau climat régional en acquis interne exige une gestion politique rigoureuse et la capacité de bâtir des alliances transconfessionnelles autour de l’idée de restituer à l’État la décision de guerre et de paix, selon le même rapport.
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Dans ce contexte, la perception publique devient un facteur déterminant. Si Aoun et Salam parviennent à ancrer l’image d’un Hezbollah affaibli et isolé, ayant perdu une part significative de son soutien extérieur et confronté à une pression internationale et interne croissante, cela pourrait faciliter la mobilisation d’un appui populaire et international en faveur d’un processus progressif de désarmement ou d’intégration dans une stratégie de défense placée sous l’autorité de l’État.
En revanche, si le parti conserve l’image d’une force militaire capable de se repositionner et de se réarmer grâce à des réseaux de financement autonomes, l’élan actuel pourrait rapidement s’estomper, souligne le rapport.
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Le facteur américain demeure déterminant dans cette trajectoire. La présidence libanaise espère que la campagne contre l’Iran se traduira par une position plus claire et plus ferme en faveur du soutien à la souveraineté de l’État libanais.
En conclusion, le magazine estime que les frappes contre l’Iran pourraient ne pas conduire à un désarmement immédiat ou complet du Hezbollah, mais qu’elles sont susceptibles de créer un environnement régional différent, affaiblissant ses piliers stratégiques et offrant à l’État libanais une marge d’initiative élargie.
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Cette opportunité historique reste toutefois tributaire de la capacité de Beyrouth à exploiter ces transformations majeures avec des calculs précis, ainsi que de la volonté de la communauté internationale de soutenir un processus de long terme visant à rétablir l’équilibre du Liban, sans le précipiter dans une confrontation interne ouverte qu’il ne serait pas en mesure de supporter.
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