La faille du plutonium : mises en garde contre la voie secrète de l’Iran vers la bombe atomique
Alors que les efforts diplomatiques se concentrent sur la maîtrise du programme iranien d’enrichissement de l’uranium, des experts de la non-prolifération nucléaire tirent la sonnette d’alarme au sujet d’une faille stratégique susceptible d’échapper à la surveillance internationale : la filière parallèle du plutonium.
À mesure que l’administration américaine se rapproche de la formulation d’un éventuel accord visant à mettre fin à la guerre, les appels se multiplient pour que l’accord attendu ferme explicitement et sans ambiguïté toutes les voies permettant à Téhéran de fabriquer une arme nucléaire à partir de ses installations fondées sur le plutonium.
Selon un rapport de la chaîne Fox News, l’inquiétude centrale réside dans le fait que la focalisation des négociations sur l’uranium pourrait offrir au régime iranien une couverture lui permettant d’exploiter le combustible usé de ses réacteurs nucléaires afin de produire une matière nucléaire propre à un usage militaire.
Un stock suffisant pour deux cents bombes et des avertissements sur les lacunes des inspections
Henry Sokolski, directeur exécutif du Center for Nonproliferation Policy Education et ancien adjoint aux politiques de non-prolifération au Pentagone, met en garde : l’Iran disposerait déjà de quantités considérables de plutonium extrait du combustible usé du réacteur de Bushehr, estimées suffisantes pour fabriquer plus de deux cents bombes nucléaires.
Sokolski révèle que le régime d’inspection actuel est grevé de lacunes temporelles préoccupantes : la dernière visite des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique à Bushehr remonte au 27 août 2025, et même lorsque les visites étaient régulières, elles n’avaient lieu que tous les quatre-vingt-dix jours.
Selon les experts, cet intervalle est amplement suffisant pour détourner le combustible usé et le retraiter secrètement à des fins militaires. Sokolski rappelle que, sous l’administration Obama, Washington n’avait pas insisté pour instaurer une surveillance quasi immédiate du réacteur malgré la demande de l’Agence internationale, demande alors rejetée par Téhéran.
Entre Arak et Bushehr : une insistance iranienne sur la reconstruction
Le risque lié au plutonium ne se limite plus au seul réacteur de Bushehr ; il s’étend également à l’installation d’eau lourde d’Arak, qui a été bombardée à deux reprises par Israël l’année dernière, en juin 2025 puis en mars 2026.
Jason Brodsky, directeur des politiques de l’organisation United Against Nuclear Iran, indique que des renseignements suggèrent que Téhéran a tenté à plusieurs reprises de reconstruire l’installation même après sa destruction, ce qui confirme la volonté persistante du régime de préserver cette voie alternative vers l’arme nucléaire.
Il affirme sans ambiguïté : « Je suis fermement convaincu que tout accord proposé avec l’Iran doit traiter de la filière du plutonium menant aux armes nucléaires. »
Pour faire face à ce défi, Sokolski propose des mécanismes de surveillance militaires et de renseignement efficaces, sans recourir au bombardement des installations iraniennes. Il recommande que le Pentagone supervise la situation afin de s’assurer qu’aucun combustible usé ne soit retiré de Bushehr, au moyen de dispositifs de surveillance spatiale et de drones, comme cela avait été fait par Washington en 2012.
Il insiste sur le fait que tout accord de paix conclu par le président Trump avec Téhéran devrait comporter une clause explicite imposant une surveillance quasi immédiate du réacteur de Bushehr et des bassins de combustible usé, à l’image de celle appliquée par l’Agence internationale de l’énergie atomique aux activités d’enrichissement de l’uranium.
Complexités techniques et défis logistiques pour Téhéran
Face à ces avertissements, David Albright, physicien, ancien inspecteur des armements et président de l’Institute for Science and International Security, exprime de sérieux doutes quant au scénario d’une utilisation militaire du plutonium de Bushehr par l’Iran. Ses réserves reposent sur trois obstacles majeurs. Premièrement, l’Iran devrait concevoir une arme nucléaire fondée sur le plutonium, ce qu’il n’a pas encore fait, les archives nucléaires iraniennes ne contenant aucune indication de tels travaux.
Deuxièmement, tout détournement manifeste de combustible usé entraînerait la suspension immédiate par la Russie de l’approvisionnement en uranium enrichi, compromettant ainsi un investissement de plusieurs milliards de dollars qui alimente la région en électricité. Troisièmement, la majeure partie du plutonium présent dans le combustible usé de Bushehr est de qualité réacteur et non du type idéal pour la fabrication d’armes.
Andrea Stricker, directrice adjointe du programme de non-prolifération à la Foundation for Defense of Democracies, partage l’idée que cette voie est techniquement complexe. Elle souligne que l’Iran ne s’est pas concentré sur la filière du plutonium à des fins militaires depuis le début des années 2000, ce qui signifie qu’il lui faudrait acquérir illégalement une installation complète de retraitement du plutonium et la mettre en service, en plus d’équipements sophistiqués pour manipuler le combustible et le transformer chimiquement.
Elle ajoute : « Tout cela constitue des obstacles majeurs à son utilisation comme combustible pour des armes nucléaires. »
Ces difficultés techniques n’atténuent toutefois pas le consensus sur la nécessité de fermer définitivement cette voie dans tout futur accord. Stricker insiste : « Les États-Unis doivent exiger l’imposition d’une interdiction permanente et vérifiable du retraitement du plutonium en Iran dans le cadre de tout accord. »
Dans une position rare, elle note également que la Russie a pris conscience de ce risque, ayant insisté sur le retour des inspecteurs de l’Agence internationale à Bushehr après les frappes de juin 2025, ce qui s’est concrétisé en août dernier.
Les experts recommandent des mesures pratiques immédiatement applicables, notamment l’augmentation de la fréquence des inspections à un rythme mensuel, le retrait par la Russie du combustible usé accumulé sur le site, et la soumission de l’infrastructure iranienne de production de plutonium à une surveillance stricte et quasi instantanée.
La position américaine demeure claire, comme l’a déclaré un porte-parole du département d’État à Fox News : « L’Iran est aujourd’hui en violation de ses engagements au titre du Traité de non-prolifération des armes nucléaires en raison de son manque de coopération pleine et entière avec l’Agence internationale de l’énergie atomique. Les dirigeants iraniens doivent s’engager dans des négociations diplomatiques sérieuses avec les États-Unis afin de régler définitivement la question nucléaire. »
