Élections en Israël : la violence des colons embrase la Cisjordanie, l’armée met en garde contre une explosion
Rien ne permet d’écarter le lien entre l’intensification des violences commises par les colons en Cisjordanie et l’approche des prochaines élections israéliennes, prévues en octobre.
Les colons, dont le nombre dépasse 750 000 en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, constituent une importante base électorale pour le gouvernement israélien, qui cherche à se maintenir au pouvoir.
Les colons votent notamment en faveur des partis de droite radicale, au premier rang desquels figure le Parti du sionisme religieux, dirigé par le ministre des Finances Bezalel Smotrich, que les sondages donnent vraisemblablement perdant aux élections.
Mais le Premier ministre Benjamin Netanyahu a besoin du maintien de ce parti, ou à tout le moins de sa présence politique, même s’il ne remporte pas les élections, afin d’empêcher l’opposition de les gagner et, par conséquent, de provoquer la tenue de nouvelles élections, ce qui lui permettrait de rester plus longtemps au pouvoir à la faveur de leur renouvellement.
Cette équation n’est d’ailleurs pas un secret. Des ministres, Netanyahu compris, affirment que le gouvernement formé à la fin de 2022 a approuvé la construction de 104 nouvelles colonies, tout en facilitant l’établissement de 160 avant-postes agricoles en Cisjordanie.
Les ministres, au premier rang desquels Smotrich, mettent en garde contre le fait que la formation d’un gouvernement alternatif priverait les colons de cette expansion coloniale sans précédent sur les terres palestiniennes et conduirait à la création d’un État palestinien.
Cependant, les colons, conscients de la dépendance du gouvernement israélien à leur égard, vont toujours plus loin dans leurs attaques contre les terres palestiniennes et les citoyens palestiniens.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires dans les territoires palestiniens occupés (OCHA) a indiqué avoir recensé 1 540 attaques perpétrées cette année par des colons contre des Palestiniens et leurs biens.
Il a précisé avoir enregistré une moyenne de 203 attaques par mois en 2026, contre 153 attaques mensuelles en 2025, 121 en 2024 et 108 en 2023.
Les données font apparaître une nette augmentation du nombre d’attaques depuis l’entrée en fonction du gouvernement à la fin de 2022. L’OCHA avait recensé 71 attaques mensuelles en 2022, 44 en 2021, 32 en 2020 et 31 en 2018.
Malgré les critiques internationales, le gouvernement israélien n’agit pas pour mettre un terme aux violences commises par les colons.
Le gouvernement formule de timides critiques à l’encontre de ces violences, mais n’annonce ni arrestations ni sanctions visant les colons, ce qui soulève des interrogations quant au sérieux de sa volonté de mettre fin à ces attaques.
L’analyste du quotidien Yedioth Ahronoth, Avi Issacharoff, déclare : « C’est la saison des incendies. Non pas à cause de la chaleur extrême, mais en raison des tentatives des éléments de l’extrême droite, à la veille des élections israéliennes, d’allumer la mèche dans les territoires de Cisjordanie. Il n’est un secret pour personne que l’extrême droite et ses représentants au sein du gouvernement israélien, qu’il s’agisse du Parti du sionisme religieux ou des membres du parti Force juive dirigé par Itamar Ben-Gvir, souhaitent dissoudre l’Autorité palestinienne et imposer la souveraineté israélienne sur l’ensemble des territoires. »
Il ajoute : « Certaines actions, comme la dégradation d’un monument commémoratif dans le village de Madama, au sud de Naplouse, par le président de la commission de l’Éducation de la Knesset israélienne, Tzvi Sukkot, un sioniste religieux, visent à atteindre tous ces objectifs en une seule fois : mettre le feu à la région, provoquer des actes de violence palestiniens contre les Israéliens susceptibles d’entraîner une intervention israélienne contre l’Autorité palestinienne et, en fin de compte, renforcer le soutien israélien au parti de Sukkot, compte tenu de la concurrence avec le parti Force juive. En d’autres termes : une situation profitable à Smotrich et à ses alliés, mais beaucoup moins profitable à l’État d’Israël et aux soldats de l’armée israélienne, qu’ils soient d’active ou réserviste. »
Il poursuit : « Il nous faut ici également évoquer ce qui arrive à l’armée israélienne dans les territoires occupés. Il ne s’agit pas seulement de permettre à des centaines d’extrémistes d’affronter occasionnellement les soldats de l’armée israélienne, mais l’armée israélienne est devenue, volontairement ou non, un partenaire de ces extrémistes. »
Il ajoute : « Un ministre de la Défense qui ferme les yeux sur l’extrême droite à chaque occasion, et un Premier ministre qui ne s’est souvenu de la nécessité de se “concentrer” qu’à la veille des élections, mais qui n’a pratiquement rien fait pour mettre fin aux violences des colons en Cisjordanie, du moins jusqu’aux élections. »
De son côté, Matan Golan écrit dans le quotidien Haaretz : « Les avant-postes sont régulièrement établis dans les zones relevant de l’Autorité palestinienne, le long des voies de circulation, sur les sommets des montagnes ou à proximité de nouvelles constructions palestiniennes. Contrairement à l’affirmation officielle selon laquelle ces avant-postes sont établis sans autorisation ni coordination, il semble que cela ne soit pas le fruit du hasard et que les dirigeants politiques en aient connaissance. »
Il ajoute : « Cela ressort également de la conférence du Forum “Retour à la patrie”, organisée à la Knesset sous le titre “La prise de contrôle des espaces ouverts”. La conférence a appelé à l’établissement de 100 avant-postes supplémentaires dans les zones “A” et “B”. De nombreux membres de la Knesset ont participé à la conférence, notamment Simcha Rothman, Tali Gottlieb, Yoav Kisch, Dan Illouz, Shlomo Karhi, Boaz Bismuth, Orit Strook, Tzvi Sukkot et d’autres. »
Il cite le président de la commission de la Sécurité nationale, Tzvika Foghel, qui a déclaré aux membres du forum : « Où que vous alliez et où que vous ayez besoin de moi, je serai avec vous, car c’est la bonne manière de prendre le contrôle des territoires relevant de l’Autorité palestinienne : non pas par les lois ou les paroles, mais par les actes. Ne vous arrêtez pas et ne laissez personne vous arrêter. »
L’armée israélienne met en garde
Le chef d’état-major de l’armée israélienne, Eyal Zamir, a averti la semaine dernière le Premier ministre Benjamin Netanyahu que certaines zones de Cisjordanie pourraient s’embraser, selon le quotidien Yedioth Ahronoth.
Ce dimanche, le journal a rapporté, citant des officiers israéliens, que « la situation en Cisjordanie est désormais au bord de l’explosion ».
Ils ont ajouté que « des colons se dirigent délibérément vers des zones de friction au cœur des territoires palestiniens, en se concentrant sur les zones “A” et “B” ».
De son côté, le quotidien Israel Hayom a rapporté dimanche, citant l’armée israélienne, que « les événements en Cisjordanie pourraient dégénérer en une escalade généralisée ».
Il a ajouté que « l’armée met en garde depuis près de deux semaines contre le potentiel explosif des événements en Cisjordanie et leur impact sur ses opérations militaires ».
Le journal poursuit : « Au sein de l’armée, certaines estimations indiquent que les événements de Qusra ne sont pas isolés, mais qu’ils s’inscrivent dans la continuité d’une série d’incidents menaçant d’embraser la Cisjordanie. »
Le journal indique également qu’« un sentiment croissant prévaut au sein de l’armée selon lequel certains responsables du gouvernement israélien souhaitent une vaste escalade en Cisjordanie ».
