L'Europe

L’Italie resserre l’étau autour des Frères musulmans : une proposition de loi ouvre le dossier des imams et du financement


L’Italie rejoint plusieurs pays européens ainsi que les États-Unis dans le renforcement des mesures contre les Frères musulmans, à travers une proposition législative portée par un parti dirigé par le vice-Premier ministre.

L’Italie s’apprête à renforcer la surveillance des institutions religieuses, notamment des associations islamiques, que certains observateurs considèrent comme un relais des Frères musulmans pour accroître leur influence au sein des sociétés européennes. Cette initiative passe par un ensemble de mesures législatives préparées par la Ligue, parti dirigé par le vice-Premier ministre et ministre italien des Infrastructures et des Transports, Matteo Salvini.

Les principales dispositions

Selon l’agence de presse italienne Adnkronos, le projet proposé demande aux « entités religieuses » de publier leurs données financières et prévoit la création d’une nouvelle infraction visant toute personne qui diffuse des enseignements contraires à la loi, promeut une approche extrémiste ou encourage la radicalisation.

L’agence italienne précise qu’il s’agit des principales dispositions d’un ensemble de textes consacrés à la liberté religieuse et à la lutte contre l’extrémisme, préparé par la Ligue et qui devrait être présenté prochainement au Parlement. L’objectif est de « réglementer les activités des communautés religieuses qui n’ont pas conclu d’accord avec l’État ».

Le parti explique que le projet de loi vise à « combler une lacune législative », estimant que l’absence des accords prévus par l’article 8 de la Constitution a contribué à la multiplication d’institutions, de lieux et de lieux de culte religieux « fonctionnant en dehors d’un cadre clairement défini en matière de règles, de contrôle et de responsabilités ».

Le contrôle

Selon le parti, le projet vise à renforcer « la légalité, la transparence, la traçabilité et la responsabilité », en réglementant le fonctionnement des institutions religieuses, la création de lieux de culte, les activités des responsables religieux ainsi que les flux financiers, notamment « ceux provenant de l’étranger ».

Le texte, qui comporte six articles dans sa section consacrée aux mosquées, prévoit dans son premier article la création d’un registre national des entités religieuses relevant de communautés n’ayant pas conclu d’accord avec l’État, ainsi qu’une « charte des valeurs pour les entités religieuses en Italie ».

La Ligue affirme que l’objectif est de définir des « règles de conduite » conformes à l’ordre juridique italien.

Elle indique que « la référence politique du projet concerne principalement les communautés musulmanes ».

La transparence financière constitue un autre axe majeur du projet. Les entités religieuses seraient tenues de publier leurs états financiers afin de permettre la traçabilité des transferts d’argent. La Ligue accorde une attention particulière aux financements provenant de l’étranger.

L’étau autour des Frères musulmans

Selon des sources participant à l’élaboration de la proposition, une partie de ces flux financiers aboutirait aux Frères musulmans, que ces sources qualifient d’« organisation terroriste dans de nombreux pays », selon l’agence italienne.

Le projet prévoit également la création d’un registre des responsables religieux afin d’identifier les personnes exerçant ces fonctions au sein des communautés religieuses qui n’ont pas conclu d’accord avec l’État.

Le texte propose par ailleurs un régime de sanctions visant les comportements considérés comme incompatibles avec l’ordre juridique. Plus précisément, il créerait une nouvelle infraction visant toute personne qui « adhère à des enseignements ou principes contraires à l’ordre juridique, incite à la haine, promeut une approche extrémiste ou encourage la radicalisation ».

Sanctions pénales

Le texte s’appliquerait lorsque ces comportements apparaissent « sous quelque forme que ce soit au sein de l’institution religieuse ». La nouvelle infraction serait passible d’une peine d’emprisonnement d’un à cinq ans, ainsi que d’une interdiction d’exercer des fonctions publiques.

Le projet vise également à renforcer les pouvoirs des autorités locales et du ministère de l’Intérieur, en accordant de nouvelles compétences aux préfets et au ministère, et en mettant en place un système de contrôle plus strict des institutions, des lieux de culte et des activités qui s’y déroulent.

Toutefois, le projet de loi visant à réglementer les communautés n’ayant pas conclu d’accord avec l’État ne constitue qu’une partie de l’ensemble législatif que la Ligue s’apprête à présenter.

Des précédents

L’initiative italienne s’inscrit dans la continuité de mesures similaires prises dans plusieurs pays européens et aux États-Unis.

Le 13 janvier dernier, le département d’État américain a classé les branches des Frères musulmans au Liban, en Égypte et en Jordanie comme organisations terroristes. Plusieurs États américains ont également pris des mesures visant à interdire les activités du mouvement.

La France a, elle aussi, renforcé son approche à l’égard des réseaux liés aux Frères musulmans. En janvier dernier, des membres du Parlement européen ont soutenu un appel français demandant l’inscription des Frères musulmans sur la liste de l’Union européenne des organisations terroristes. En mars dernier, le Parlement néerlandais a adopté une motion appelant à l’interdiction des Frères musulmans.

Les autorités allemandes ont pris des mesures contre des institutions islamiques qu’elles accusaient d’entretenir des liens avec les Frères musulmans ou avec l’extrémisme. De son côté, l’Autriche mène depuis plusieurs années des actions contre des figures et des réseaux liés au mouvement dans le cadre de sa législation visant l’« islam politique ».

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