Désaccord entre les milices sur la question des armes alourdit la charge du gouvernement d’Al-Zaydi
Moqtada al-Sadr annonce la séparation des Saraya al-Salam du courant national chiite et leur intégration aux institutions de l’État, tandis que les Brigades Sayyid al-Chouhada refusent de renoncer à leurs armes.
Le débat croissant autour du dossier de la limitation des armes aux seules mains de l’État en Irak a révélé de nettes divisions entre les factions armées et les forces politiques chiites, entre ceux qui soutiennent l’intégration des formations armées au sein des institutions étatiques et ceux qui s’accrochent à ce qu’ils appellent « l’arme de la résistance », considérée comme une nécessité liée à la situation sécuritaire et à la souveraineté du pays.
Ces divisions ont émergé au premier plan après l’annonce, mercredi, par le leader du courant national chiite Moqtada al-Sadr, de la séparation des « Saraya al-Salam » de son mouvement et de leur rattachement à l’État, une mesure décrite par des observateurs comme un tournant politique et sécuritaire notable, susceptible d’ouvrir la voie à une réorganisation des relations entre les factions armées et les institutions de l’État irakien.
En revanche, les Brigades Sayyid al-Chouhada ont annoncé leur refus de remettre leurs armes à l’heure actuelle, affirmant que leur position est « ferme et non négociable ». Le porte-parole des brigades, Kazem al-Fartousi, a déclaré à l’agence irakienne kurde Shafaq News que le groupe soutient le gouvernement du Premier ministre Ali Faleh al-Zaydi dans la gestion de l’État et la recherche de stabilité, mais refuse d’abandonner ses armes « tant que les raisons de leur existence persistent ».
Il a ajouté que « l’arme de la résistance n’est pas une arme personnelle, mais est liée à l’existence de menaces et de violations de la souveraineté irakienne », estimant que toute discussion sur la remise des armes ou l’intégration des factions dans les forces de sécurité dépend de « circonstances sécuritaires et politiques précises ».
Al-Fartousi a également critiqué l’idée d’une intégration directe de toutes les formations armées au sein des institutions de l’État, affirmant que « chaque entité a ses propres compétences », en référence à la volonté de certaines factions de conserver une autonomie par rapport à l’armée régulière.
Le positionnement du courant national chiite apparaît en revanche plus enclin à soutenir l’orientation gouvernementale visant à encadrer les armes. Moqtada al-Sadr a expliqué que la rupture entre les Saraya al-Salam et son mouvement découle de « l’intérêt général du pays et des risques auxquels l’Irak est confronté », précisant que les structures civiles affiliées aux Saraya seront transformées en institutions officielles « sans quartiers généraux, sans armes, sans uniformes ni appellations organisationnelles ». Il a appelé les autres factions des Hachd al-Chaabi à s’éloigner des ordres partisans et sectaires et à se placer pleinement sous l’autorité de l’État.
Les Saraya al-Salam constituent la branche militaire du courant national chiite et font partie des formations officiellement intégrées au sein des Forces de mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi). Elles sont déployées dans plusieurs régions, notamment à Samarra.
Le Premier ministre et commandant en chef des forces armées, Ali Faleh al-Zaydi, a salué l’initiative d’al-Sadr, estimant qu’elle « renforce la stabilité interne et consacre le principe de monopole des armes par l’État », appelant les autres factions à opérer sous l’autorité des institutions officielles.
Au milieu de cette controverse, la position de l’Organisation Asaïb Ahl al-Haq apparaît plus proche de la ligne gouvernementale, tout en réaffirmant la spécificité de « l’arme de la résistance ».
Un membre du bureau politique du bloc parlementaire Sadiqoun, Khaled al-Saadi, a déclaré que le mouvement croit en « la souveraineté de l’État et sa puissance » et rejette toute « arme incontrôlée ou hors du cadre institutionnel officiel ». Il a ajouté que le secrétaire général des Asaïb, Qais al-Khazali, avait déjà appelé à limiter les armes à l’État, considérant cela comme une position « patriotique » visant à empêcher toute ingérence extérieure sous prétexte du dossier des armes.
Il a toutefois insisté sur le fait que l’État doit être « capable de protéger l’Irak sur terre, dans les airs et en mer », précisant que les factions de la « résistance islamique » agissent au sein des Forces de mobilisation populaire, considérées comme une entité gouvernementale de soutien et de défense de l’Irak.
Al-Khazali avait affirmé dans son dernier sermon de l’Aïd al-Adha que « la résistance ne se limite plus à l’action militaire, mais inclut la construction d’un État fort, souverain et institutionnel », avertissant que toute résistance dépourvue de projet de construction « se transformerait en fardeau pour la société ».
Le dossier de la limitation des armes aux seules mains de l’État constitue l’un des principaux axes du programme du gouvernement d’Ali al-Zaydi, qui a obtenu la confiance du Parlement en mai dernier. Des discussions font état de compromis au sein du « Cadre de coordination » pour établir des comités et des mécanismes temporels visant à organiser et récupérer progressivement les armes. Toutefois, les divergences entre les factions armées illustrent l’ampleur des défis auxquels fait face le gouvernement dans ce dossier sensible, pris entre la pression de construire un État central fort et l’attachement de certaines forces à leur rôle sécuritaire et militaire sous le slogan de la résistance.
