Des millions de dollars pour les drones et les explosifs : Washington cible les circuits de financement du Hezbollah
Les États-Unis envisagent de renforcer les mesures financières visant des réseaux liés aux Gardiens de la révolution iraniens et au Hezbollah libanais. Cette démarche intervient après de nouvelles informations faisant état du transfert de dizaines de millions de dollars au mouvement pour acheter des explosifs et fabriquer des drones. Washington examine notamment le rôle des bureaux de change et des intermédiaires commerciaux dans le financement de la reconstitution de ses capacités militaires.
Parmi les options envisagées figurent l’élargissement des listes de sanctions, l’identification et la mise en cause des bénéficiaires effectifs des sociétés intermédiaires, ainsi que le renforcement des contrôles sur les transferts d’espèces et les opérations commerciales liés à l’Iran. Parallèlement, les États-Unis demandent aux autorités libanaises d’agir plus efficacement contre les structures qui facilitent le financement du Hezbollah.
Bureaux de change et sociétés intermédiaires dans le viseur
Un responsable du Bureau de contrôle des avoirs étrangers du département américain du Trésor, au fait du dossier des sanctions visant le Hezbollah, indique que l’examen porte sur trois circuits financiers déjà utilisés par les réseaux liés aux Gardiens de la révolution : les bureaux de change, les transferts issus du commerce de marchandises et l’acheminement d’espèces en dehors du système bancaire.
Il précise que la priorité consiste à identifier les acteurs ayant géré les derniers transferts, à établir leurs éventuels liens avec les réseaux déjà sanctionnés et à déterminer si des entreprises ou des particuliers ont assumé de nouvelles fonctions après les précédentes mesures américaines.
Selon cette source américaine, les dossiers à l’étude comprennent une vérification de la propriété des entreprises commerciales et des flux financiers entre sociétés impliquées dans des opérations d’import-export, notamment lorsque celles-ci sont soupçonnées de dissimuler l’identité du bénéficiaire final.
Les éventuelles mesures viseront les personnes et les entités dont il sera établi qu’elles ont apporté un soutien financier au Hezbollah ou fourni des services facilitant son accès aux fonds. Chaque dossier fera l’objet d’un examen des preuves avant toute décision de sanction, souligne le responsable.
En septembre dernier, le département américain du Trésor avait fait état du recours, par la force Al-Qods des Gardiens de la révolution, à des sociétés-écrans et aux recettes des ventes de pétrole pour financer le Hezbollah. Il avait également identifié des agents de change libanais au sein de réseaux de transfert de fonds.
Selon les informations américaines, d’importantes sommes auraient transité par Hussein Ibrahim et Abdallah Hamiyeh entre mai et septembre 2025. Oussama Jaber était également cité parmi les personnes ayant collecté des fonds pour les responsables financiers du Hezbollah.
En août dernier, Washington avait sanctionné dix personnes appartenant à un réseau d’acheminement d’espèces sur des vols commerciaux reliant le Liban, la Turquie, les Émirats arabes unis et l’Iran. Ce dispositif était présenté comme un moyen de contourner les restrictions financières.
La source américaine ajoute que le nouvel examen porte aussi sur un éventuel renforcement de la coopération avec les autorités étrangères, afin de repérer les activités toujours menées par les anciens réseaux et de vérifier si certaines opérations ont été transférées vers des structures non sanctionnées.
Beyrouth face à de nouvelles exigences financières
De leur côté, des sources sécuritaires libanaises expliquent que l’examen des transferts liés aux entités sanctionnées nécessite de recueillir des informations auprès des banques, des bureaux de change et des organismes de contrôle, tout en vérifiant la propriété des sociétés et les opérations commerciales suspectes.
Elles précisent que les procédures comprennent l’analyse des signalements financiers, le recoupement des données avec les listes de sanctions et la transmission des dossiers présentant des soupçons sérieux aux autorités judiciaires compétentes, dans le respect des prérogatives légales de l’organisme concerné.
Selon ces sources, l’un des défis auxquels le gouvernement est confronté tient à l’utilisation d’espèces et de sociétés commerciales en dehors des circuits bancaires traditionnels. Cette pratique nécessite une coopération entre les autorités financières, douanières et judiciaires pour établir la nature des transactions et l’origine des fonds.
Au cours des derniers mois, Washington a élargi ses sanctions contre des structures financières liées au Hezbollah, notamment des entités associées à Al-Qard Al-Hassan, ainsi que des réseaux commerciaux ayant recours à des sociétés-écrans pour effectuer des transactions au profit du mouvement.
De nouvelles sanctions pour entraver le réarmement
Ces développements font suite à un article de Reuters, fondé sur des sources sécuritaires libanaises, selon lequel le Hezbollah aurait récemment reçu des dizaines de millions de dollars de l’Iran. Une partie de ces fonds aurait été consacrée à l’achat d’explosifs, à la production de drones et à la remise en état de ses systèmes de commandement.
La source américaine indique que toute mesure supplémentaire dépendra de l’identification des acteurs chargés du financement et des achats. L’objectif sera de tarir les ressources utilisées pour acquérir du matériel militaire et d’empêcher les sociétés intermédiaires de continuer à fournir des services aux réseaux sanctionnés.
Les sources libanaises soulignent, pour leur part, la nécessité de traduire les informations échangées avec les autorités étrangères en dossiers financiers précis, comprenant l’identité des bénéficiaires, le détail des transactions et les pièces justificatives, afin de permettre des mesures de contrôle et des poursuites judiciaires.
Les prochaines étapes dépendront des conclusions des examens financiers menés aux États-Unis et au Liban. Pendant que Téhéran cherche à maintenir son soutien militaire au Hezbollah, Washington s’efforce de réduire l’accès du mouvement aux fonds nécessaires à son réarmement.
