Politique

Dialogue militaire sous l’égide de la Turquie : la question des mercenaires rebat les cartes de la crise libyenne


L’accueil par la Turquie d’un nouveau cycle de discussions entre les parties libyennes sur l’unification de l’institution militaire a relancé le débat sur le sort des mercenaires présents dans le pays. Ce dossier semble appelé à rester l’un des plus complexes de la crise libyenne.

Des rapports des Nations unies et d’autres instances internationales font état de la présence de milliers de mercenaires mobilisés lors de précédentes phases d’escalade en Libye. Des acteurs influents, dont l’Égypte et la France, ainsi que plusieurs parties libyennes réclament leur départ.

Un dossier particulièrement sensible

Selon Bachir al-Jouini, analyste politique spécialiste de la Libye, l’examen de la dynamique politique actuelle impose de revenir sur deux initiatives : celle des Nations unies, conduite par l’envoyée Hanna Tetteh, et celle des États-Unis, menée par Massad Boulos.

La question de ce que l’on désigne comme les « mercenaires », les forces étrangères et les combattants étrangers a, quant à elle, connu plusieurs évolutions ces dernières années. Celles-ci concernent notamment la manière d’appréhender la présence des forces étrangères, qui avait, à une certaine période, alimenté l’escalade dans le pays.

Al-Jouini a soulevé « trois questions principales : que peut-on faire concernant ces forces présentes sur le terrain ? Comment les qualifier et quel est leur statut juridique ? Quel impact les événements survenant dans certains pays auxquels elles sont liées, comme la Russie, la Turquie et la Syrie, ont-ils sur leur présence ? »

« Ce dossier reste donc extrêmement sensible. Les missions successives des Nations unies ont constamment souligné ce problème, mais il demeure difficile de prévoir si des avancées sont possibles à ce stade », a-t-il ajouté.

L’un des dossiers les plus complexes

Pour Fathi al-Chibli, président du parti libyen La Voix du peuple, « la question des mercenaires et des forces étrangères en Libye restera l’un des dossiers les plus complexes du paysage libyen. Sa gravité n’est pas moindre que celle des divisions politiques et militaires ».

Il estime que les discours sur l’unification des institutions, l’organisation d’élections et la construction de l’État demeurent incomplets tant que le territoire libyen accueille des forces étrangères et des groupes armés liés à des stratégies régionales et internationales.

« Le problème est que les démarches américaines et onusiennes, parallèlement au lancement par la Turquie du processus militaire, semblent se concentrer sur la reconfiguration des équilibres politiques et militaires », a-t-il déclaré.

« Mais la question fondamentale est la suivante : ces initiatives comportent-elles un véritable projet de retrait de l’ensemble des forces étrangères et des mercenaires de Libye, ou ce dossier restera-t-il un levier de pression utilisé par les puissances internationales au gré de leurs intérêts ? »

Il a poursuivi : « Je ne pense pas que la question des mercenaires ait réellement été oubliée. Je crois plutôt qu’elle est désormais soumise aux calculs des intérêts internationaux. La présence de ces forces confère à certains acteurs extérieurs une influence en Libye. Leur départ ne relèvera donc pas d’une simple décision technique ou militaire : il nécessitera des accords politiques et des garanties de sécurité dépassant les frontières libyennes. »

Concernant le processus militaire soutenu par la Turquie, al-Chibli estime que son éventuel succès dans l’unification de l’institution militaire libyenne pourrait constituer un point de départ important pour traiter ce dossier.

Il pose toutefois une condition : « L’unification ne doit pas se limiter à une entente entre les commandements. Elle doit jeter les bases d’une armée nationale unifiée, dont la doctrine soit de protéger la Libye et dont les décisions soient indépendantes de toute injonction extérieure. Cela ne peut se faire en s’attaquant à la présence d’un acteur étranger tout en en ignorant un autre : les mêmes critères doivent s’appliquer à tous. »

« À mon sens, la question des mercenaires ne sera pas réglée tant que l’exigence de leur départ ne sera pas transformée en un engagement explicite, inscrit dans tout accord politique ou militaire, assorti d’un calendrier précis et d’un mécanisme contraignant de contrôle et de mise en œuvre », a-t-il affirmé.

Al-Chibli souligne que la Libye n’a pas besoin d’un accord redistribuant l’influence étrangère sur son territoire, mais d’un projet national lui permettant de retrouver sa souveraineté et son autonomie de décision.

Un État incapable de mettre fin à la présence militaire étrangère sur son territoire conservera une souveraineté limitée. Les élections et l’unification des institutions resteront des démarches inabouties tant que les Libyens ne seront pas seuls maîtres des décisions concernant la guerre, la paix et l’avenir de leur pays.

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