Séisme électoral arabe en Israël : les premiers résultats déjouent les sondages
Le dépouillement se poursuit après la clôture du scrutin pour les élections à la 26e Knesset. Les premiers résultats font apparaître des surprises par rapport aux projections des sondages préélectoraux et des enquêtes réalisées à la sortie des urnes.
La Commission électorale centrale a annoncé un taux de participation de 77,7 % des électeurs inscrits, soit une hausse de 7,1 points par rapport au scrutin précédent. Au total, 5,69 millions de personnes ont voté, portant la participation à son plus haut niveau depuis les élections de 1999.
La mobilisation des citoyens arabes d’Israël a atteint un niveau record de 80 %. Cette participation pourrait permettre aux partis arabes de décrocher au moins 15 sièges, égalant ainsi leur meilleure représentation historique, obtenue lors des élections de 2020.
Des résultats qui bousculent les deux camps
Selon la chaîne israélienne Channel 12, les deux camps sont sous le choc des premiers résultats. Benjamin Netanyahu essuie un sérieux revers : son bloc perdrait entre 10 et 12 sièges par rapport aux élections de 2022. Il en rejette la responsabilité sur Ofer Winter, chef du parti « Peuple d’Israël », accusé d’avoir dispersé les voix de la droite en se présentant sans parvenir à franchir le seuil électoral.
Le bloc du changement est, lui aussi, surpris par les résultats, qui placent le parti Yashar en deuxième position derrière le Likoud, contrairement aux sondages publiés avant le scrutin. Toujours selon la chaîne, l’ensemble du bloc d’opposition obtient par ailleurs moins de sièges que celui de la droite israélienne.
En l’état, ces résultats ne permettraient pas à Gadi Eisenkot de former un gouvernement stable. Il lui faudrait désormais obtenir le soutien des deux listes arabes pour réunir les 61 sièges nécessaires à une majorité et faire approuver son gouvernement.
Plusieurs scénarios possibles
Selon le quotidien israélien Yedioth Ahronoth, des sources proches du président américain Donald Trump ont engagé des discussions avec des responsables israéliens afin d’évaluer les résultats, les perspectives de formation d’un gouvernement d’union nationale et le rôle du premier parti dans la constitution du prochain exécutif.
« Les Américains ne souhaitent pas voir un nouveau gouvernement d’extrême droite dirigé par Ben-Gvir et préfèrent un gouvernement d’union nationale ou un gouvernement stable », rapporte le journal.
Dans cette perspective, Itamar Eichner, analyste politique du quotidien, n’exclut pas que Netanyahu tente d’imposer un gouvernement d’urgence avec Eisenkot s’il ne parvient pas à former une coalition de droite.
En acceptant cette option, Eisenkot risquerait toutefois de précipiter l’éclatement du camp de l’opposition. Netanyahu pourrait également chercher à conclure un accord séparé avec Naftali Bennett, chef du parti « Ensemble », dont le seul ralliement pourrait suffire à lui assurer la majorité nécessaire à la formation d’un nouveau gouvernement de droite.
Les premiers résultats donnent à Netanyahu un avantage politique, le Likoud étant en tête à la Knesset. Il devrait donc revendiquer le mandat de former le prochain gouvernement. Le président israélien confie toutefois généralement cette mission à la personnalité qui recueille le soutien du plus grand nombre de députés, à travers les recommandations des partis représentés au Parlement.
Un gouvernement de droite dirigé par Netanyahu
Après le dépouillement de plus de la moitié des bulletins, le bloc de Netanyahu obtiendrait environ 55 sièges, contre 49 pour celui d’Eisenkot et 16 pour les partis arabes. Netanyahu serait ainsi le plus proche du seuil des 61 sièges nécessaires pour constituer un gouvernement stable.
Dans ce scénario, il chercherait à reconduire la composition actuelle de sa coalition, tout en tentant de rallier un ou plusieurs partis d’opposition représentant au moins six sièges. Il lui faudrait également surmonter les exigences de ses alliés.
Cette option suppose de longues et difficiles négociations. Elle pourrait néanmoins aboutir si Netanyahu parvient à concilier les conditions de ses partenaires actuels et les demandes de la formation qu’il chercherait à intégrer à sa majorité.
Un gouvernement Eisenkot soutenu par les partis arabes
Avant même la conclusion d’un accord, Eisenkot devrait vraisemblablement bénéficier du soutien des partis arabes lors des consultations organisées par le président israélien pour désigner la personnalité chargée de former le gouvernement. S’il souhaite ensuite constituer une majorité, une alliance avec ces partis pourrait devenir incontournable.
Eisenkot et ses partenaires ont pourtant clairement exprimé leur refus d’une telle alliance. Ils pourraient néanmoins devoir revoir cette position s’ils souhaitent former un gouvernement réunissant les différentes composantes du camp opposé à Netanyahu, quelles que soient leurs orientations et leurs sensibilités.
La nécessité de s’entendre avec les deux listes arabes complique davantage cette équation. Le seul soutien de la Liste arabe unie, dirigée par Mansour Abbas et considérée comme plus pragmatique que la Liste commune, ne suffirait pas à atteindre les 61 sièges requis.
La perspective de nouvelles élections
Un nouveau scrutin reste possible si aucun des deux blocs ne parvient à former le prochain gouvernement.
Après la proclamation des résultats définitifs, prévue mercredi prochain, le président israélien Isaac Herzog entamera des consultations avec les représentants des partis. Il désignera, dans les sept jours suivant cette proclamation, un membre de la Knesset chargé de constituer le gouvernement.
La personnalité désignée disposera de 28 jours pour mener cette mission à bien. Le président pourra prolonger ce délai de 14 jours au maximum. En cas d’échec, il pourra confier le mandat à un autre député dans un délai de trois jours. Ce dernier disposera alors de 28 jours, sans possibilité de prolongation.
Si cette deuxième tentative échoue également, une période de 21 jours s’ouvrira. Durant celle-ci, 61 députés pourront demander par écrit au président de confier la mission à un autre parlementaire ayant accepté de l’assumer. Le président devra procéder à cette désignation dans les deux jours, et le candidat disposera de 14 jours pour former un gouvernement.
Si aucun gouvernement ne voit finalement le jour, de nouvelles élections seront organisées dans un délai de 90 jours.
