Politique

Des hommes armés locaux à louer : les rouages cachés des réseaux de recrutement et de financement du Hezbollah au Brésil


Des médias latino-américains et des sources de renseignement informées ont révélé de nouveaux éléments préoccupants sur les réseaux de recrutement de la milice du Hezbollah en Amérique latine, et plus particulièrement au Brésil.

Des sources médiatiques brésiliennes et des enquêtes fédérales ont mis au jour un changement stratégique majeur dans les activités de la milice en Amérique latine.

Plutôt que de s’appuyer sur des militants endoctrinés venus du Moyen-Orient, comme lors d’attentats antérieurs, notamment celui contre le bâtiment de l’AMIA à Buenos Aires en 1994, elle se tourne vers le recrutement de délinquants locaux et de groupes criminels organisés brésiliens pour mener des opérations clandestines et de renseignement.

Se dissimuler derrière la criminalité

Selon l’analyste et chercheuse Vanessa Cárdenas, les milices armées, dont le Hezbollah libanais, adoptent désormais des stratégies consistant à se dissimuler derrière des activités criminelles. Un délinquant local, explique-t-elle, ne suscite pas de soupçons sécuritaires particuliers dans les aéroports ou lors du suivi de ses déplacements, puisqu’il apparaît comme un citoyen ordinaire sans antécédents liés au Moyen-Orient.

Elle ajoute que, si des mouvements suspects sont découverts, les premières pistes orienteront les enquêteurs vers la criminalité transnationale ou le trafic de drogue, plutôt que vers le « terrorisme international ».

Selon certaines analyses sécuritaires, cette évolution montre que le Hezbollah ne mise plus sur des profils moyen-orientaux et recourt désormais à des criminels locaux, des réseaux de narcotrafic et des cartels brésiliens pour dissimuler ses activités.

Des mouvements suspects de réseaux de recrutement ont été signalés dans les zones de São Paulo, de Belo Horizonte et de Brasília. Les investigations et les procédures judiciaires brésiliennes font état de l’envoi de certaines personnes au Liban, en contrepartie d’offres financières attractives, pour y suivre des formations en sécurité et en renseignement militaire. Elles seraient ensuite revenues pour effectuer des missions précises de repérage et de surveillance de sites juifs et israéliens, notamment l’ambassade d’Israël dans la capitale brésilienne et des centres culturels juifs.

Les enquêtes en cours indiquent que l’objectif stratégique consiste à constituer un vivier d’agents entièrement locaux, perçus comme relevant de la criminalité transnationale plutôt que du terrorisme international. Cette configuration donnerait au Hezbollah une importante capacité à nier son implication.

Une structure économique à trois niveaux

Les études et recherches consacrées à l’infrastructure économique soutenant le recrutement distinguent trois niveaux principaux.

Le premier repose sur l’économie grise et des circuits financiers peu visibles, notamment les cryptomonnaies et les transferts numériques. Le financement ne dépendrait plus uniquement des réseaux traditionnels de blanchiment de la région des trois frontières, entre le Brésil, l’Argentine et le Paraguay. Il aurait considérablement évolué, en utilisant des façades commerciales locales, notamment des réseaux de contrebande de produits de consommation, au premier rang desquels les cigarettes électroniques. Ce commerce très lucratif serait devenu un important socle d’investissement pour les puissants acteurs financiers de la région.

Le deuxième niveau concerne les transferts de cryptomonnaies acheminés par des réseaux liés au Corps des gardiens de la révolution islamique iranien. Ils procureraient aux cellules dormantes des liquidités transfrontalières en dehors des circuits bancaires officiels surveillés par les cellules de renseignement financier internationales.

Le troisième tient au manque d’approches préventives permettant de détecter les signes d’activités terroristes dans les pays latino-américains. Leur expérience militaire, opérationnelle et du renseignement se serait principalement concentrée sur les cartels de la drogue et la criminalité organisée, sans les préparer à un phénomène sécuritaire hybride associant terrorisme international et criminalité organisée transnationale.

À cela s’ajouterait l’insuffisance des mécanismes de communication et de confiance réciproque aux frontières poreuses, notamment celles du Brésil avec le Pérou et la Bolivie. Les réseaux criminels et terroristes organisés auraient, à l’inverse, su exploiter ces failles grâce à des communications transcontinentales caractérisées par une grande souplesse et une confidentialité extrême.

Dans ce contexte, les sources de renseignement soulignent que les instruments d’expansion régionale du Hezbollah en Amérique latine ont dépassé le stade du recours aux diasporas et aux cellules idéologiques traditionnelles. Ils entreraient dans une nouvelle phase fondée entièrement sur ce que l’on pourrait appeler la « sous-traitance de services criminels ».

Cette évolution, préoccupante pour les capitales latino-américaines, traduit une stratégie de « gestion des risques » adoptée par les réseaux de relais régionaux. Des dispositifs de renseignement opérés par des criminels locaux rémunérés, financés en cryptomonnaies et dissimulés derrière la délinquance ordinaire obligent les services de sécurité régionaux et internationaux à revoir leurs méthodes. Il ne s’agirait plus seulement de poursuivre les narcotrafiquants, mais aussi de tarir les ressources des « services terroristes sous-traités » avant que les opérations de surveillance ne débouchent sur des attaques.

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