Préparatifs d’une escalade différée : la guerre contre l’Iran perturbe les calculs électoraux de Trump
L’annonce du président américain Donald Trump selon laquelle il ne lancera pas de nouvelles attaques contre l’Iran avant les élections de mi-mandat du Congrès, prévues le mois prochain, a soulevé des interrogations sur les conséquences électorales de la guerre pour les républicains. Cette décision intervient dans un contexte de hausse des prix des carburants et d’opposition croissante à un conflit qui dépasse désormais la durée initialement annoncée par le président.
La position de Trump traduit une prise de conscience accrue des répercussions politiques de la guerre. Le coût de la vie est devenu l’un des principaux défis auxquels sont confrontés les candidats républicains dans des scrutins serrés pour des sièges au Congrès, notamment dans l’Iowa, l’Ohio et la Caroline du Nord, des États que Trump avait largement remportés deux ans auparavant.
Selon une analyse publiée par CNN, l’Iran est parvenu à exploiter les pressions économiques pour affaiblir politiquement Trump, sans toutefois réussir, à ce stade, à l’amener à mettre fin à la guerre aux conditions souhaitées par Téhéran. Une nouvelle escalade au cours des trois prochaines semaines reste donc possible, malgré l’annonce présidentielle d’une suspension des attaques jusqu’aux élections.
La hausse des prix des carburants accentue la pression électorale
Sur sa plateforme Truth Social, Trump a écrit que le blocus visant les exportations pétrolières et les navires iraniens avait placé le pays dans une situation extrêmement difficile, tout en affirmant qu’il n’attaquerait pas l’Iran avant les élections de mi-mandat.
Cette annonce a suivi des informations selon lesquelles l’administration américaine envisageait de reprendre des opérations militaires d’envergure avant le scrutin du 3 novembre, afin d’afficher sa détermination et de convaincre les électeurs que la fin de la guerre et une baisse des prix des carburants étaient proches.
Mais de nouvelles attaques pourraient produire l’effet inverse, d’autant que certains candidats républicains engagés dans des courses serrées réclament une fin rapide du conflit.
Mike Rogers, candidat républicain au Sénat dans le Michigan, a ainsi déclaré, dans une vidéo publiée à la fin du mois dernier, que la guerre en Iran devait prendre fin rapidement.
Les sondages illustrent l’ampleur des pressions qui pèsent sur le parti. Une enquête menée par CNN avec l’institut SSRS a révélé que plus de sept électeurs sur dix dans l’Iowa et l’Ohio estiment que les politiques de Trump ont fait augmenter le coût de la vie.
Un rapport du Pew Research Center indique également que 74 % des Américains se disent préoccupés par les prix des carburants et de l’énergie, contre 43 % avant la guerre.
Aux États-Unis, le prix moyen de l’essence reste à 4,36 dollars le gallon. Le diesel demeure lui aussi à des niveaux élevés, malgré un recul par rapport au pic atteint le mois dernier.
Même si les prix baissent avant les élections, cette diminution ne compensera pas les dépenses supplémentaires supportées par les ménages depuis le début de la guerre.
Le blocus économique n’a pas tranché l’issue de la confrontation
L’Iran cherche à tirer parti des pressions économiques aux États-Unis en perturbant les approvisionnements pétroliers dans le détroit d’Ormuz et dans d’autres zones, dans l’espoir que leurs répercussions poussent Trump à modifier sa position.
Cette stratégie rappelle la crise des otages en Iran, qui avait contribué à affaiblir la présidence de Jimmy Carter avant les élections de 1980.
En mai, Trump avait affirmé ne pas se soucier des élections de mi-mandat, estimant que l’Iran pensait pouvoir supporter les conséquences de la guerre plus longtemps que lui en raison du calendrier électoral américain. Dans des déclarations ultérieures, il a toutefois évoqué la possibilité d’un accord après les élections, considérant que Téhéran attendait de connaître les résultats des républicains.
Malgré l’attachement de l’administration américaine à sa stratégie de blocus, celle-ci n’a pas encore produit de retombées favorables sur la situation électorale du Parti républicain. L’économie iranienne subit certes de fortes pressions, avec une inflation élevée et une dépréciation du rial, mais Téhéran refuse toujours de reconnaître sa défaite.
L’agence de presse officielle iranienne a rapporté que le conseiller à la sécurité nationale Mohsen Rezaei avait décrit la période actuelle comme l’une des plus difficiles traversées par le pays. Dans des déclarations ultérieures, il a néanmoins affirmé que l’Iran ne se rendrait pas, accusant Washington d’avoir perdu la guerre sur le plan militaire et de ne pas avoir atteint ses objectifs économiques.
Dans le détroit d’Ormuz, les flux pétroliers en provenance des pays de la région, à l’exception de l’Iran, ont retrouvé des niveaux proches de la normale grâce à une coordination menée par l’armée américaine. Ces progrès restent toutefois fragiles.
Selon Reuters, le trafic est retombé à sept navires mardi et à dix mercredi, après une intensification des attaques et des actes de harcèlement visant les pétroliers.
L’intensification des combats entre les Houthis au Yémen et l’Arabie saoudite a également accru les risques pour les marchés de l’énergie. Le prix du Brent a progressé de 4 % jeudi.
Une confrontation politique possible après les élections
Trump n’exclut pas de reprendre les attaques après les élections. Selon plusieurs informations de presse, l’administration américaine prévoit d’envoyer un groupe aéronaval supplémentaire ainsi qu’une unité de Marines au Moyen-Orient. Le président aurait également indiqué à ses collaborateurs qu’il s’attendait à reprendre les bombardements contre l’Iran après le scrutin.
Le report des opérations militaires pourrait atténuer la pression électorale immédiate sur Trump, mais aussi aggraver la crise des prix du pétrole et des carburants.
Si les démocrates prennent le contrôle de la Chambre des représentants ou du Sénat, le président pourrait être confronté l’an prochain à une bataille politique plus difficile sur ses pouvoirs en matière de conduite de la guerre et sur le financement des opérations militaires, dont le coût atteignait 45 milliards de dollars à la mi-septembre.
Les élections apparaissent ainsi comme un facteur central dans les calculs des deux camps. Téhéran mise sur les pressions économiques pour limiter la capacité de Trump à poursuivre la guerre, tandis que le président américain cherche à éviter des conséquences électorales susceptibles d’affaiblir son parti. Alors que les perspectives d’un règlement demeurent incertaines, une question reste ouverte à Washington : de nouvelles attaques pourraient-elles modifier la position iranienne, après l’échec des opérations précédentes à produire le résultat recherché par l’administration américaine ?
