L’ange de la mort devant la Cour pénale internationale : un procès historique dans le dossier des crimes commis en Libye
La Cour pénale internationale a fixé lundi au 4 mai 2027 le début du procès d’un ancien directeur d’une prison libyenne tristement célèbre, surnommé « l’ange de la mort », poursuivi pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, notamment pour meurtre, viol et torture.
Khaled Mohammed Ali Al-Hishri, âgé de 48 ans, fait face à 17 chefs d’accusation relatifs à des crimes de guerre et à des crimes contre l’humanité qui auraient été commis dans la prison de Mitiga, située près de la capitale libyenne, Tripoli, entre février 2015 et le début de l’année 2020.
La juge Althea Violet Alexis Windsor a fixé la date d’ouverture du procès. Al-Hishri deviendra ainsi le premier suspect à être jugé devant la Cour pénale internationale dans le cadre de l’enquête ouverte par la Cour sur la Libye, sur mandat des Nations unies en 2011.
La juge a indiqué souhaiter que le procès soit « équitable et rapide… et sans aucun retard injustifié », soulignant qu’au moins six années s’étaient écoulées depuis la commission des crimes présumés, alors que les victimes d’Al-Hishri réclament l’ouverture de son procès dans les meilleurs délais.
Khaled Mohammed Ali Al-Hishri, également connu sous le nom d’« Al-Bouti », est un important chef de milice et le responsable de la prison de Mitiga, contrôlée par la milice Rada au sein de la base de Mitiga.
Le parquet l’accuse d’avoir commis de graves crimes et violations, dont certains sont qualifiés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Ces accusations portent notamment sur la supervision, l’ordre ou la participation à des opérations de meurtre, de torture et de viol au sein de la prison, sur la base de témoignages de victimes et de fuites de documents.
Des accusations graves
Lors d’une précédente audience de la Cour pénale internationale, tenue en mai, la procureure adjointe de la Cour, Nazhat Shameem Khan, a déclaré qu’Al-Hishri était « largement connu comme le tristement célèbre responsable de la prison de Mitiga ».
Elle a rapporté qu’un témoin avait décrit Al-Hishri comme « l’un des pires instigateurs de la violence », tandis qu’un autre témoin a indiqué qu’il était surnommé « l’ange de la mort ».
Shameem Khan a déclaré que, selon les témoignages, l’une des méthodes de torture privilégiées par Al-Hishri consistait à tirer sur les personnes, notamment à la jambe et au genou.
Le parquet l’accuse également d’avoir suspendu des personnes après leur avoir attaché les mains derrière le dos, avant de les frapper avec des pelles.
Selon la procureure adjointe, les violations imputées à Al-Hishri ne se limitaient pas à la supervision ou à l’incitation. Elle l’accuse d’avoir lui-même commis des actes de viol, de meurtre et de torture contre des détenus, en plus d’avoir exhorté les gardiens de la prison à suivre son exemple.
Rejet des accusations
De son côté, l’avocat d’Al-Hishri a déclaré lors de la même audience que son client niait l’ensemble des accusations portées contre lui.
La défense a également contesté la tenue de son procès, faisant valoir que l’affaire de son client ne relevait pas de la compétence de la Cour pénale internationale. La Cour a toutefois rejeté ce recours, ouvrant ainsi la voie à la poursuite de la procédure judiciaire.
La Cour pénale internationale est compétente pour juger les personnes accusées des crimes les plus graves au regard du droit international, notamment les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité.
Le dossier de Mitiga
Les démarches de la Cour dans le dossier libyen ne se limitent pas à l’affaire Al-Hishri. Elle cherche également à juger le chef de la police judiciaire libyenne, Osama Al-Masri Najim, lui aussi accusé de crimes contre l’humanité commis dans la prison de Mitiga.
Najim avait été arrêté en Italie avant d’être remis en liberté et de retourner en Libye, dans une affaire qui avait suscité une vive controverse politique à Rome ainsi qu’une forte indignation au sein de la Cour pénale internationale.
