Politique

Washington ferme les voies de la diplomatie nucléaire à Téhéran depuis l’Autriche


L’Autriche interdit au chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Mohammad Eslami, d’entrer sur son territoire pour participer à la Conférence générale de l’Agence internationale de l’énergie atomique, sous la pression de Trump.

L’Autriche a interdit au chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Mohammad Eslami, d’entrer sur son territoire afin de participer à la Conférence générale de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), une décision prise après des pressions exercées par l’administration du président américain Donald Trump, selon Bloomberg, citant un responsable américain.

Eslami s’apprêtait à prononcer un discours lors de l’ouverture de la conférence lundi, après avoir quitté Téhéran à destination de Vienne, selon l’agence de presse iranienne Mehr. Cependant, une demande présentée par les Nations unies afin d’obtenir une exemption aux sanctions qui lui sont imposées a été rejetée, Washington ayant maintenu son refus d’accorder l’exception qui lui aurait permis d’entrer en Autriche.

L’interdiction faite au responsable iranien d’assister à la réunion illustre la volonté américaine de renforcer les restrictions visant les déplacements des hauts responsables liés au programme nucléaire iranien, alors que Washington intensifie ses pressions politiques et diplomatiques sur Téhéran en raison de ses activités nucléaires.

Un représentant iranien de rang inférieur devrait remplacer Eslami pour prononcer le discours de son pays lors de la conférence, tandis que les États-Unis s’apprêtent à utiliser cette tribune internationale pour renouveler leurs exigences concernant le programme nucléaire iranien.

Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, entend réaffirmer que Washington n’acceptera pas que l’Iran se dote d’une arme nucléaire. Il devrait également appeler Téhéran à coopérer pleinement avec l’AIEA, à respecter ses obligations au titre de l’accord de garanties et à permettre aux inspecteurs d’accéder aux sites qu’ils doivent examiner afin de vérifier la nature des activités nucléaires.

Cette escalade américaine intervient alors que l’AIEA se concentre sur des indices liés à des travaux de construction menés sur le site fortifié de Kuh-e Kolang, que plusieurs rapports associent à des activités relevant du programme nucléaire iranien. La semaine dernière, le président Trump avait évoqué la possibilité d’une attaque contre l’Iran, citant notamment ce site dans le cadre de ses mises en garde concernant les installations nucléaires.

Le message américain ne se limite toutefois pas au dossier iranien. Wright devrait également appeler l’Agence à renforcer son efficacité et à se concentrer sur ses missions techniques fondamentales, tout en affichant la volonté de Washington de coopérer avec elle dans le domaine des technologies nucléaires pacifiques.

Ces développements interviennent après la décision du Conseil des gouverneurs de l’AIEA, composé de 35 pays, de transmettre le dossier nucléaire iranien au Conseil de sécurité des Nations unies. Une telle mesure n’avait pas été prise à l’encontre de Téhéran depuis près de deux décennies et fait suite à des accusations de manquements à ses obligations en matière de non-prolifération des armes nucléaires.

Bien que la capacité du Conseil de sécurité à prendre de nouvelles mesures contre l’Iran demeure limitée en raison du statut de membres permanents de la Russie et de la Chine, qui disposent du droit de veto, cette saisine accroît le niveau de pression internationale sur Téhéran et fournit à Washington un levier supplémentaire dans l’affrontement croissant autour de son programme nucléaire.

À Téhéran, la réponse s’est révélée plus ferme. Le député iranien Rouhollah Najabat, membre de la commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du Parlement, a menacé d’accélérer le développement technique du programme nucléaire en réaction à la saisine du Conseil de sécurité.

L’Iran affirme que son programme est destiné à des fins pacifiques et que le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires lui confère le droit de développer la technologie nucléaire et d’enrichir l’uranium dans les limites autorisées. Téhéran nie également avoir l’intention de fabriquer une arme nucléaire.

Cependant, le niveau d’enrichissement iranien, qui atteint 60 %, demeure une source majeure de préoccupation pour l’AIEA, notamment en raison de l’incertitude persistante concernant la quantité et la localisation des stocks d’uranium hautement enrichi après les frappes qui ont visé des installations nucléaires iraniennes. Selon les estimations de l’Agence, plus de 200 kilogrammes d’uranium enrichi à ce niveau seraient toujours disponibles, une partie étant stockée dans des installations et des tunnels associés au complexe d’Ispahan et au site de Natanz.

Cette évolution ramène le dossier au cœur du différend entre Washington et Téhéran, après l’effondrement de l’accord nucléaire qui imposait des limites aux niveaux d’enrichissement ainsi qu’aux mécanismes d’inspection. Alors que les négociations demeurent dans l’impasse et que les inspecteurs n’ont toujours pas accès à certains sites endommagés, les incertitudes entourant le programme iranien s’accroissent, tandis que l’administration américaine poursuit le durcissement de ses pressions politiques et diplomatiques sur Téhéran.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page