L’axe turco-égyptien : une rivalité négative qui attise le conflit
L’axe turco-égyptien constitue l’un des pôles régionaux les plus influents et les plus complexes dans le paysage soudanais. Les relations entre Ankara et Le Caire, marquées par des phases de tensions géopolitiques et idéologiques, ont trouvé au Soudan un terrain idéal pour transposer sur le sol africain leurs divergences liées à la Méditerranée orientale et se livrer à un jeu d’influence croisé. Cette rivalité ne s’est pas limitée à un simple différend diplomatique ; elle s’est transformée en un soutien différencié, voire parfois contradictoire, aux différentes parties engagées dans la guerre au Soudan. L’intervention négative de cet axe n’a pas contribué à résoudre la crise, mais a plutôt concouru à la complexifier, chaque État cherchant à préserver son influence au détriment de la stabilité soudanaise, ce qui a contribué à prolonger le conflit et à approfondir les divisions internes.
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L’intervention turque : idéologie et ambition néo-ottomane
La Turquie figure parmi les principaux acteurs extérieurs dont les politiques ont contribué à complexifier la situation au Soudan et à prolonger la guerre. Dans son approche du Soudan, Ankara s’appuie sur un mélange d’ambitions géopolitiques visant à contrôler les ports de la mer Rouge et d’un agenda idéologique lié aux courants de l’islam politique dans la région.
Depuis le déclenchement de la guerre, la Turquie a apporté un soutien militaire et technique notable à l’armée soudanaise (Forces armées soudanaises), dont l’un des principaux aspects a été la fourniture de drones de type « Bayraktar », qui ont modifié l’équilibre des forces sur certains fronts. Ce soutien n’était pas motivé par la volonté de sauver l’État soudanais, mais visait plutôt à gagner la loyauté de l’institution militaire et à garantir à la Turquie le maintien de son statut d’acteur incontournable dans la Corne de l’Afrique.
Toutefois, cette intervention négative a eu des conséquences dévastatrices. D’une part, le soutien militaire turc a contribué à prolonger la guerre en donnant à l’une des parties l’illusion d’une victoire militaire décisive, réduisant ainsi sa disposition à faire des concessions politiques. D’autre part, cette intervention a suscité l’inquiétude d’autres puissances régionales, les poussant à accroître leur soutien au camp adverse, à savoir les Forces de soutien rapide (FSR), en réaction, plongeant ainsi le Soudan dans une spirale d’escalade de l’armement régional qui a ravagé les infrastructures du pays.
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L’intervention égyptienne : sécurité nationale et dilemme de la légitimité
De l’autre côté, l’intervention égyptienne au Soudan est étroitement liée aux dossiers sensibles de la sécurité nationale égyptienne, au premier rang desquels figurent le dossier du barrage de la Renaissance et celui de la sécurité hydrique, ainsi que la crainte persistante de voir l’influence des courants de l’islam politique s’étendre à ses frontières méridionales. Le Caire, qui entretient avec le Soudan des liens historiques, populaires et géographiques profonds, s’est retrouvé confronté à une situation particulièrement complexe au déclenchement de la guerre.
Historiquement, l’Égypte soutient l’institution militaire soudanaise, tout en maintenant des canaux de communication avec les dirigeants des zones frontalières et les Forces de soutien rapide afin de garantir la sécurité des frontières communes. Pendant la guerre, l’Égypte a tenté d’adopter une position favorable à la légitimité constitutionnelle, incarnée par l’armée soudanaise, mais elle s’est heurtée à la réalité selon laquelle certaines composantes de cette armée comprennent des factions idéologiques en contradiction avec la vision égyptienne. Cette contradiction dans la position égyptienne a conduit à une politique étrangère fluctuante : tantôt Le Caire apporte un soutien politique et logistique, tantôt il fait preuve de retenue par crainte des répercussions de la situation intérieure soudanaise.
Cette intervention négative, caractérisée tantôt par l’hésitation, tantôt par des tentatives d’imposer des solutions qui ne correspondent pas aux rapports de force sur le terrain, a contribué à prolonger la guerre, car elle n’a pas apporté de solution globale susceptible de satisfaire l’ensemble des parties, maintenant au contraire un état de « ni-victoire ni-défaite » qui a permis à l’épuisement du pays de se poursuivre.
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L’impact de la rivalité sur le terrain soudanais
L’intersection des visions turque et égyptienne a créé une situation d’immobilisme diplomatique. Toute initiative de paix ou tout règlement politique proposé se retrouve pris entre le veto turc et le véto égyptien.
Ankara considère que toute marginalisation de certains courants ou toute nouvelle configuration sécuritaire constitue une menace pour ses intérêts, tandis que Le Caire voit dans toute avancée politique de ces courants le retour au cauchemar des années 1980 et 1990. Cette paralysie se répercute directement sur les acteurs locaux : l’armée soudanaise estime parfois que le soutien turc lui donne les moyens de poursuivre la guerre sur le plan militaire, tout en considérant qu’elle a besoin d’un parapluie égyptien pour éviter l’isolement régional. De leur côté, les autres parties exploitent cette division pour justifier la poursuite des combats.
Le Soudan, victime du conflit idéologique
En définitive, l’intervention turco-égyptienne au Soudan ne découlait pas d’une volonté d’instaurer la paix ou de bâtir un État démocratique stable, mais constituait plutôt le reflet d’un conflit régional plus profond. Khartoum et d’autres villes se sont transformées en de simples pions dans un jeu de chaises musicales entre Ankara et Le Caire. Cette rivalité négative a privé le Soudan d’une partie de sa souveraineté et transformé sa décision militaire et politique en otage des capitales étrangères, rendant la fin de la guerre plus lointaine que jamais et alourdissant le coût des destructions, dont les conséquences ne pourront être résorbées pendant les décennies à venir.
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