Politique

La répétition plutôt que l’intensité… Une nouvelle stratégie russe pour épuiser l’Ukraine


Les récentes attaques russes contre la capitale ukrainienne révèlent un changement notable dans la manière d’opérer de Moscou, qui semble progressivement passer des bombardements massifs et concentrés à une stratégie fondée sur la répétition des attaques et leur prolongation dans le temps, dans le but d’épuiser la population et de mettre à rude épreuve les défenses antiaériennes ukrainiennes.

Kyiv a enregistré un record de durée d’exposition aux alertes aériennes, après avoir passé 872 minutes, soit près de 15 heures, sous la menace de raids en une seule journée, dépassant ainsi le précédent record établi en mars 2022, selon le site Time War Zone.

Selon le ministère ukrainien des Affaires étrangères, les sirènes d’alerte ont retenti à plusieurs reprises tout au long de la journée, tandis que les drones étaient lancés par vagues et en petits groupes, maintenant la capitale dans un état de tension permanente et perturbant les déplacements de la population, le travail, les services publics et les transports.

Selon les analystes, l’objectif ne se limite pas à infliger des dégâts matériels, mais vise également à épuiser la capacité psychologique de résistance de la population en privant les civils de périodes d’accalmie.

Irina Terik, directrice générale de la société Fire Point, spécialisée dans la fabrication de drones, a déclaré que ces attaques visaient à pousser les Ukrainiens au désespoir en les maintenant sous une pression constante.

La tragédie de Mila… Des armes stockées près des civils déclenchent une enquête

Dans le contexte de cette escalade, le village de Mila, près de Kyiv, a été le théâtre de l’un des incidents les plus meurtriers, après qu’une attaque russe de drone contre un entrepôt a fait au moins 37 morts et 15 blessés, à la suite de puissantes explosions secondaires.

L’incident a suscité la colère du président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a qualifié le stockage d’explosifs à proximité de zones résidentielles de « grave négligence et de crime inacceptable », et a ordonné l’ouverture d’une enquête pénale avec la participation du procureur général, du ministère de l’Intérieur et des services de sécurité.

La Russie a affirmé que le site visé était un entrepôt appartenant à la société Fire Point et abritant des drones des modèles FP-1 et FP-2, ainsi qu’un autre dépôt situé dans la banlieue de Chaiky, qui contenait des missiles Flamingo à longue portée.

Alors que Kyiv n’a pas officiellement confirmé la présence d’armes sur le second site, le ministère de la Défense a demandé un examen approfondi des sites de stockage d’armes, soulignant que la présence de dépôts d’explosifs à proximité de zones civiles était inacceptable.

Enlisement des fronts et aggravation de la crise de mobilisation

Sur les lignes de front, les forces russes poursuivent leurs opérations offensives sur plusieurs axes, mais n’ont, selon l’évaluation de l’Institute for the Study of War, enregistré aucune avancée territoriale confirmée à Kharkiv, Donetsk et Zaporijjia, tandis que l’activité militaire à Kherson est restée limitée.

En parallèle, Kyiv est confrontée à un défi croissant pour assurer les effectifs nécessaires à la poursuite des combats. Kyrylo Budanov a reconnu que le pays devait mobiliser au moins 30 000 soldats par mois pour maintenir ses positions, alors que les méthodes de recrutement forcé suscitent un mécontentement grandissant.

Parallèlement, les deux camps se livrent une course au développement des technologies de guerre. L’Ukraine a ainsi créé la plateforme Brave1 Dataroom afin d’entraîner des systèmes d’intelligence artificielle à partir de données réelles issues du champ de bataille. Celle-ci comprend environ cinq millions d’images annotées, avec pour objectif de réduire le temps de réaction de 15 à 20 minutes à quelques secondes.

Kyiv a également intensifié ses attaques contre les bases aériennes russes et est parvenue à détruire un bombardier Tu-95MS sur la base d’Engels, tandis que Moscou travaille à la construction d’abris destinés à protéger ses avions stratégiques. Ainsi, la guerre semble évoluer vers une nouvelle équation dans laquelle l’issue ne dépend plus uniquement de l’ampleur de la frappe, mais aussi de la capacité à maintenir la pression et à épuiser l’adversaire jour après jour.

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