L’Iran tente de rallier ses voisins sous la pression des sanctions américaines
Comment Téhéran peut-il convaincre ses voisins d’adopter des dispositifs de sécurité communs alors que, durant la guerre, ils sont eux-mêmes devenus des cibles directes de ses messages militaires ?
Le président Massoud Pezeshkian a appelé à la mise en place de dispositifs de sécurité communs avec les pays voisins, affirmant que la sécurité d’aucun pays islamique ne devrait se faire au détriment de celle d’un autre. Il a déclaré que Téhéran tendait la main à ses voisins « non pas par faiblesse, mais à la lumière de l’expérience de la guerre ». Toutefois, ce discours conciliant soulève des interrogations quant à la disposition des pays du Golfe à répondre à l’initiative iranienne, notamment parce qu’elle intervient quelques mois après des attaques iraniennes ayant visé des territoires et des installations dans plusieurs États membres du Conseil de coopération du Golfe.
Lors de la « Conférence sur l’unité islamique », Pezeshkian a déclaré que son pays ne menait pas de guerre contre les peuples musulmans ni contre les États voisins, et que l’Iran ne cherchait pas à assurer sa propre sécurité en déstabilisant celle des autres. Il s’agit d’une tentative manifeste de présenter Téhéran comme un partenaire potentiel dans l’élaboration d’une nouvelle architecture régionale de sécurité.
Cependant, les déclarations du président iranien se heurtent au bilan de l’escalade qu’a connue la région depuis le déclenchement de la guerre opposant, d’un côté, l’Iran et, de l’autre, les États-Unis et Israël. Depuis février dernier, plusieurs pays du Golfe ont été visés par des attaques de missiles et de drones, notamment Bahreïn, le Koweït, le Qatar, Oman, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, alors même que ces pays avaient affirmé, à différentes étapes, ne pas être directement parties à la guerre contre Téhéran.
C’est là que réside le principal paradoxe de l’initiative iranienne : comment Téhéran peut-il convaincre ses voisins d’adopter des dispositifs de sécurité communs alors que, durant la guerre, ils sont devenus des cibles directes de ses messages militaires ? Le nouveau discours iranien cherche à tourner la page des attaques et à promouvoir l’idée d’une « sécurité commune », mais les pays du Golfe pourraient l’interpréter différemment, y voyant une tentative de Téhéran de reconstruire son réseau de relations régionales après que la guerre a renforcé leurs inquiétudes concernant les capacités militaires iraniennes.
Pezeshkian a déclaré : « Le commandant suprême du pays, des commandants, des responsables, des scientifiques, des étudiants, des écoliers et des citoyens ordinaires sont tombés en martyrs, et nos villes ainsi que nos infrastructures ont été prises pour cibles. Nous n’avons pas déclenché la guerre, mais nous avons résisté avec force à ceux qui nous ont agressés et nous nous sommes défendus. La défense de notre pays est un droit légitime, et nous avons exercé ce droit. »
L’appel de Pezeshkian ne peut être dissocié du contexte économique et politique dans lequel il a été lancé. Il intervient après une intensification des pressions économiques exercées par l’administration du président américain Donald Trump contre l’Iran, avec l’imposition d’une nouvelle série de sanctions et la menace d’élargir les sanctions secondaires aux pays et aux entreprises qui maintiennent des relations commerciales avec Téhéran.
Les sanctions américaines ont visé des dizaines de personnes, d’entités et de navires liés à l’Iran, tandis que Washington a averti les partenaires commerciaux de Téhéran qu’ils pourraient eux aussi faire l’objet de sanctions s’ils poursuivaient leurs relations commerciales avec le pays.
Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large de pression économique visant les sources de financement, le transport maritime, la technologie, l’or et les actifs numériques, à un moment où l’économie iranienne est soumise à de fortes tensions.
L’appel iranien en faveur de dispositifs de sécurité avec les pays de la région semble ainsi s’inscrire dans une tentative plus vaste visant à briser l’isolement du pays et à empêcher les États voisins du Golfe de devenir partie intégrante du front de pression économique et politique contre Téhéran. Les dirigeants iraniens sont conscients que les sanctions américaines deviennent plus douloureuses lorsque la capacité de l’Iran à utiliser les réseaux commerciaux régionaux se réduit, ce qui explique l’importance de préserver ses relations avec les pays du Golfe, la Turquie et d’autres États de son environnement régional.
La dimension économique apparaît clairement dans les propos du président iranien et dans sa tentative de faire appel au sentiment de solidarité islamique. Il a présenté la situation économique du monde islamique, soulignant que celui-ci, avec une population de deux milliards d’habitants, ne représente que 8,3 % de l’économie mondiale.
Il a expliqué que les 57 États membres de l’Organisation de la coopération islamique, qui s’étendent de l’Asie du Sud-Est à l’Afrique, se trouvent au cœur de routes maritimes et terrestres stratégiques et disposent d’importantes ressources énergétiques, d’une population jeune et d’un vaste marché.
Il a indiqué que l’économie de ces pays avait atteint environ 9 200 milliards de dollars en 2024, mais qu’elle ne représentait que 8,3 % de l’économie mondiale.
Il a également souligné que la part des échanges commerciaux entre ces pays ne dépassait pas 19 %, ce qui signifie que plus de 80 % des exportations des États islamiques restent destinées à des marchés situés en dehors du bloc.
Paradoxalement, le discours conciliant de Pezeshkian a coïncidé avec des messages plus fermes de la part d’autres responsables iraniens. Téhéran a averti certains pays voisins contre toute participation aux efforts américains visant à lui imposer un isolement économique, tandis que certaines déclarations laissent entendre que les États contribuant au renforcement du blocus économique pourraient être considérés comme des adversaires.
