Grand Maghreb

Les partisans de Kadhafi se préparent à commémorer la Fatah malgré les menaces des milices


La commémoration intervient quelques mois après la mort de Saïf al-Islam Kadhafi, fils de Mouammar Kadhafi, qui était la figure la plus importante du courant des « Verts » et capable de rallier une partie importante de ses partisans autour d’un même projet politique.

Les partisans de l’ancien régime libyen prévoient de commémorer la « Fatah » le 1er septembre, alors que des groupes armés dans l’ouest du pays ont renforcé leur niveau de préparation en prévision d’éventuels mouvements des partisans de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. Cette situation intervient dans un contexte de division politique et sécuritaire persistante, ainsi que de craintes que cette commémoration ne devienne une nouvelle source de tensions, alors que les efforts visant à unifier les institutions de l’État et à organiser des élections générales restent dans l’impasse.

La commémoration de la « Fatah » remonte au 1er septembre 1969, lorsque Mouammar Kadhafi et un groupe de jeunes officiers ont renversé le roi Idris al-Senussi et instauré un régime qui a gouverné la Libye pendant plus de quatre décennies avant sa chute en 2011. Depuis lors, cette date demeure présente dans la mémoire politique libyenne : certains la considèrent comme une partie de l’histoire du pays, tandis que d’autres l’associent à l’héritage du régime renversé lors de la révolution de 2011.

Cette année, la commémoration revêt une importance particulière pour les partisans de Mouammar Kadhafi, puisqu’elle intervient quelques mois après la mort de son fils, Saïf al-Islam Kadhafi. Celui-ci était la figure la plus importante du courant des « Verts » et était capable de rassembler une partie importante de ses partisans autour d’un même projet politique. Plusieurs villes et régions devraient connaître des initiatives visant à commémorer cette date, alors que la nature exacte des activités que les partisans de l’ancien régime envisagent d’organiser n’a pas encore été précisée.

L’approche de cette commémoration a suscité des inquiétudes parmi certains groupes armés de l’ouest de la Libye, les poussant à mettre en garde contre tout mouvement qu’ils estiment susceptible de devenir une source de troubles sécuritaires. La « Chambre des opérations des révolutionnaires de Libye » a annoncé le relèvement du niveau de préparation de formations armées dans le djebel Nafoussa, sur la côte et dans la région centrale, évoquant des informations concernant des mouvements qu’elle a jugés suspects et qu’elle a liés à de possibles tentatives de porter atteinte à la sécurité et à la stabilité.

La chambre a également mis en garde contre l’existence de ce qu’elle a qualifié d’agendas extérieurs et de résidus de l’ancien régime cherchant à exploiter cette commémoration pour provoquer le chaos dans la capitale. Elle a appelé les formations qui lui sont affiliées à se préparer à toute évolution éventuelle. Ce discours reflète la persistance de la sensibilité entourant le retour des partisans de l’ancien régime sur la scène publique, en particulier dans un contexte marqué par la prolifération des armes et la multiplicité des centres d’influence dans l’ouest du pays.

À l’inverse, les partisans du courant favorable à Kadhafi estiment que la commémoration de la « Fatah » constitue une activité politique pacifique qui ne devrait pas être interdite, alors que le pays est confronté à des divisions de plus en plus profondes entre les forces rivales. Le vice-président du Parti de la Nation libyenne, Ahmed Douga, a déclaré que les partisans de Kadhafi avaient le droit de s’exprimer et de se mobiliser pacifiquement, estimant que le refus de tout rassemblement pacifique allait à l’encontre des principes démocratiques.

Toutefois, la capacité de ce courant à transformer la mobilisation attendue en une force politique organisée semble incertaine. Selon Ahmed Douga, la mort de Saïf al-Islam Kadhafi a affaibli la cohésion de ses partisans, dont une grande partie associait son avenir politique à sa personne. Le courant n’est pas encore parvenu à s’entendre sur un dirigeant alternatif bénéficiant d’une large acceptation, ce qui accroît le risque de voir ses actions se disperser entre différentes initiatives locales et plusieurs personnalités.

Cette situation intervient alors que la Libye continue de souffrir d’une division entre des autorités et des institutions rivales, tandis que les Nations unies poursuivent leurs efforts pour encourager les différentes parties à s’engager dans un processus politique susceptible de conduire à l’unification des institutions de l’État et à l’organisation d’élections générales. Toutefois, les différends concernant les règles électorales, les arrangements relatifs au pouvoir ainsi que la répartition de l’influence sécuritaire et politique continuent d’entraver toute avancée décisive.

L’absence de contrôle sécuritaire et la prolifération des groupes armés ajoutent également à la complexité de la situation. Tout mouvement populaire de grande ampleur pourrait devenir une source de tensions en l’absence d’institutions sécuritaires et militaires unifiées. Des milieux politiques craignent qu’une escalade entre les groupes armés et les partisans de l’ancien régime ne conduise à une reprise des affrontements locaux, notamment si les mobilisations prennent un caractère provocateur ou sortent du cadre pacifique.

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