Washington recourt à une arme moins coûteuse et plus efficace pour faire plier Téhéran
Mise à part la transformation de la dégradation des conditions de vie en facteur de pression politique, susceptible d’amener les citoyens à s’interroger sur l’intérêt de poursuivre la confrontation.
Un responsable de la Maison-Blanche a indiqué, dans la nuit de mercredi, que « les sanctions et le blocus maritime ont complètement mis Téhéran en faillite », soulignant que le président américain Donald Trump dispose de nombreux leviers de pression sur l’Iran et pourrait les utiliser au cours des prochains mois, parallèlement à la poursuite des efforts diplomatiques visant à mettre fin au conflit. Selon lui, l’arme économique est notamment moins coûteuse et plus efficace dans le contexte iranien.
Le regain d’attention accordé à l’affaiblissement de l’économie iranienne, une approche désignée sous le nom de « pression maximale » durant le premier mandat de Trump, marque un changement notable dans la politique de l’administration américaine, qui, quelques jours auparavant encore, menaçait d’élargir la campagne militaire contre Téhéran après près de six mois de guerre, selon Bloomberg.
La pression économique cumulative pourrait devenir un instrument de négociation plus efficace que l’escalade militaire directe, en poussant l’Iran vers une situation dans laquelle la poursuite de la confrontation deviendrait plus coûteuse que l’acceptation de concessions à la table des négociations.
Cette approche repose sur le durcissement des sanctions, parallèlement au blocus maritime qui a restreint les exportations de pétrole et le commerce iraniens, accentuant ainsi les pressions exercées sur une économie déjà confrontée à des déséquilibres structurels persistants. Cette situation s’est directement répercutée sur le pouvoir d’achat et le niveau de vie des Iraniens. Du point de vue de l’administration américaine, la poursuite de cette dynamique pourrait réduire la marge de manœuvre du gouvernement iranien, notamment si la baisse des recettes s’accompagne de difficultés à assurer l’approvisionnement en carburant et en biens essentiels ainsi que d’une hausse du coût de la vie, accentuant ainsi les pressions sociales exercées sur le pouvoir.
L’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, a déclaré à Fox News, le 10 août, que « l’opération de colère économique menée par le secrétaire au Trésor Scott Bessent, inflige des ravages à l’économie iranienne ». Il a ajouté que l’Iran pouvait « supporter les bombardements », mais que, selon lui, les Iraniens craignaient davantage Bessent que le secrétaire à la Défense Pete Hegseth.
Trump a tenu des propos similaires au média Axios dimanche dernier, affirmant qu’il traitait la question iranienne avec calme, avant d’ajouter : « Nous nous contentons de regarder l’Iran souffrir d’une inflation massive et du fait qu’il n’a pas d’argent. »
Bessent a également défendu la même approche quelques semaines auparavant, lors d’un entretien avec Fox News, déclarant que « c’est le gouvernement qui fait souffrir le peuple, et nous continuerons à accroître la pression ».
Ces positions rejoignent les analyses de certains experts qui estiment que le régime iranien se rapproche du bord de l’effondrement économique.
Cependant, le pari américain ne consiste pas uniquement à affaiblir l’économie, mais aussi à transformer la dégradation des conditions de vie en facteur de pression politique susceptible d’amener la population à s’interroger sur l’intérêt de poursuivre la confrontation. Plus la crise se prolonge, plus l’impatience de la population iranienne pourrait devenir un facteur supplémentaire limitant la capacité de Téhéran à rejeter les exigences américaines, d’autant que l’allègement des sanctions, la réouverture des canaux commerciaux et le rétablissement des revenus pétroliers pourraient constituer des incitations directes en échange de concessions sur les dossiers litigieux.
Les négociations actuelles montrent que l’économie est désormais au cœur de l’équation diplomatique. Téhéran réclame la levée du blocus et la libération des fonds gelés, tandis que Washington conditionne l’allègement de la pression à une modification du comportement iranien et à l’ouverture de la voie à des arrangements concernant le détroit d’Ormuz.
Cette stratégie reste néanmoins risquée, car l’Iran a appris à composer avec les sanctions. Il pourrait choisir de répartir le coût de la crise sur la société, de garantir l’approvisionnement en produits essentiels et de mettre en place une économie de survie, permettant ainsi au régime de résister plus longtemps que ne le prévoient les autorités américaines. Le succès de la stratégie américaine dépendra donc de la capacité de la pression économique à dépasser celle de Téhéran à s’adapter, ainsi que de la question de savoir si la dégradation des conditions de vie se transformera réellement en pression politique sur les dirigeants ou, au contraire, en une mobilisation accrue contre les États-Unis.
Jeremy Banner, associé du cabinet Hughes Hubbard & Reed et spécialiste du suivi des sanctions visant les secteurs pétrolier et pétrochimique iraniens, a déclaré que les États-Unis avaient imposé environ 2 200 sanctions à l’Iran depuis que Trump avait commencé à élargir le régime de sanctions en 2018, dont près de 350 dans le cadre de la campagne de « colère économique » menée par Bessent.
Malgré cela, ces mesures n’ont jusqu’à présent pas réussi de manière significative à pousser Téhéran à revenir sur certaines de ses « lignes rouges », que ce soit concernant son programme nucléaire ou le dossier du détroit d’Ormuz.
Les États-Unis disposent toujours de la capacité de rendre plus difficile la vente du pétrole iranien ou le rapatriement de ses recettes vers Téhéran, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles options pour renforcer l’étau économique.
