La Cisjordanie confrontée à des changements radicaux face à l’intensification de la colonisation
La poursuite de la colonisation et la modification de la répartition du contrôle territorial pourraient compromettre davantage les perspectives d’établissement d’un État palestinien viable.
Un analyste militaire israélien a averti que la Cisjordanie occupée connaît une transformation accélérée de la nature du contrôle du territoire, dans un contexte marqué par l’intensification des attaques commises par des colons et l’expansion des avant-postes de colonisation. L’armée et la police israéliennes sont accusées de faire preuve de laxisme face à ces attaques, voire, dans certains cas, de coopérer avec leurs auteurs. Cette évolution dessine un tableau préoccupant pour l’avenir des territoires palestiniens, alors que les craintes grandissent de voir les nouvelles réalités imposées sur le terrain constituent une étape vers l’annexion de vastes portions de la Cisjordanie.
Amos Harel, analyste militaire au quotidien Haaretz, a déclaré que les forces de sécurité israéliennes avaient « complètement perdu le contrôle » de la Cisjordanie au cours des derniers mois. Il souligne que les colons bénéficient du soutien politique de ministres et de membres de la coalition au pouvoir, intensifient leurs activités dans les territoires palestiniens, y compris dans la zone B, qui est censée relever de l’administration civile palestinienne et du contrôle sécuritaire israélien.
Ces développements coïncident avec une expansion notable des fermes et des avant-postes de colonisation, notamment dans les zones rurales, où la présence des colons crée de nouveaux points de friction avec les communautés palestiniennes. Selon Harel, l’objectif dépasse la simple expansion des colonies et consiste également à pousser les Palestiniens à quitter leurs terres par une succession d’attaques et de pressions cumulatives : démolition de maisons et d’infrastructures, destruction de terres agricoles et entraves à l’accès des agriculteurs à leurs moyens de subsistance.
Ces évolutions revêtent une importance accrue au regard de la division administrative de la Cisjordanie établie par les accords d’Oslo II en 1995 en zones A, B et C. L’Autorité palestinienne dispose de larges prérogatives civiles et sécuritaires dans la zone A, tandis que les compétences civiles et sécuritaires sont partagées dans la zone B. La zone C, qui représente environ 60 % de la superficie de la Cisjordanie, est quant à elle placée sous contrôle israélien intégral. L’expansion des colonies dans ces zones permet, dans les faits, de remodeler le contrôle du territoire indépendamment de tout règlement politique définitif.
Dans ce contexte, la dimension politique des évolutions sécuritaires apparaît également au premier plan. Harel estime que le discours radical de certains responsables israéliens est aussi lié à des considérations de politique intérieure, notamment à l’approche des élections primaires du Likoud, alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu cherche à renforcer ses perspectives politiques en vue des élections générales prévues en octobre prochain.
L’incident survenu lundi dans le village de Qusra illustre la nature de la tension croissante. Selon Harel, une unité de l’armée israélienne a protégé des colons qui avaient établi un avant-poste sur des terres palestiniennes privées, tandis que les propriétaires tentaient de se rapprocher de leurs biens. Des journalistes de Haaretz auraient également été empêchés d’accéder au lieu des événements. Selon son analyse, cette situation traduit une évolution du rôle de l’armée, qui serait progressivement passée d’une mission censée être centrée sur l’application de la loi à une fonction de plus en plus axée sur la protection des colons.
Ces faits ont des conséquences qui dépassent largement le seul cadre sécuritaire. La poursuite de la colonisation et la modification de la répartition du contrôle territorial pourraient compromettre davantage les perspectives d’établissement d’un État palestinien viable, tandis que les Palestiniens avertissent que la consolidation des nouvelles réalités sur le terrain pourrait ouvrir la voie à des mesures israéliennes en faveur d’une annexion officielle.
Ce qui se déroule en Cisjordanie ne semble donc pas se limiter à une nouvelle vague de violences commises par des colons. Il s’agit plutôt d’un processus dans lequel s’entrecroisent des considérations sécuritaires, politiques et démographiques. Si l’expansion des avant-postes de colonisation se poursuit et que les institutions israéliennes voient leur capacité à faire respecter la loi à l’égard des colons continuer de diminuer, les transformations territoriales pourraient s’ancrer davantage, rendant encore plus difficile un retour à des arrangements politiques fondés sur les frontières et les divisions territoriales antérieures à la vague actuelle d’expansion.
