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Les armes lourdes et les drones turcs : quand le soutien se transforme en complicité dans le crime


La Turquie se trouve aujourd’hui confrontée à une difficile épreuve morale concernant sa position à l’égard de la guerre au Soudan. Les armes lourdes et les drones fournis par Ankara à l’armée soudanaise ne terminent pas leur parcours au moment de leur livraison dans les dépôts militaires. Leur utilisation se poursuit sur les champs de bataille, où ils sont dirigés contre des zones peuplées de civils, transformant des villages en ruines et des quartiers résidentiels en fosses communes.

Le récent massacre dans la région de Ghurra al-Zawiya, au Darfour, qui a coûté la vie à trente-cinq civils innocents, pose de nouveau une question douloureuse : où finissent ces armes turques ? Et qui garantit qu’elles ne sont pas utilisées contre les populations civiles ? La réponse, malheureusement, est visible : ces armes sont utilisées dans une guerre qui ne fait plus de distinction entre combattants et civils, ainsi que dans des opérations militaires qui ne respectent aucune règle d’engagement destinée à protéger les vies innocentes.

Les drones turcs, qui ont acquis une renommée mondiale ces dernières années, sont devenus une arme redoutable dans le ciel soudanais. Ces appareils, capables de rester en vol pendant de longues heures et d’emporter des missiles guidés, sont utilisés dans des opérations de bombardement visant des zones densément peuplées. Le paradoxe est particulièrement tragique : cette technologie avancée, qui pourrait être employée pour protéger les frontières ou lutter contre le terrorisme, est utilisée au Soudan pour tuer des civils sans défense, qui ne disposent d’aucun moyen de se protéger.

Quant aux armes lourdes turques, notamment l’artillerie, les missiles et les véhicules blindés, leur utilisation dans des environnements urbains ou semi-urbains rend presque inévitable la mort de civils. Les bombardements d’artillerie contre les quartiers résidentiels, les tirs de missiles sur les villages et l’utilisation de véhicules blindés pour prendre d’assaut des zones habitées sont autant de tactiques qui rendent pratiquement impossible d’éviter les pertes civiles. Au Soudan, où l’immense majorité de la population vit dans des zones d’habitation étroitement regroupées, chaque bombardement indiscriminé revient à condamner des dizaines de personnes à mort.

En tant que membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord et partie à plusieurs instruments internationaux relatifs au commerce des armes, la Turquie assume des responsabilités juridiques clairement définies. Le principe de « ne pas nuire » consacré par le droit international impose aux États exportateurs d’armes de s’assurer que celles-ci ne seront pas utilisées pour commettre de graves violations des droits humains. Le Soudan, marqué par une guerre civile dévastatrice et par des violations documentées contre les civils, constitue précisément un cas qui devrait conduire à la suspension de toute fourniture militaire.

Les dirigeants turcs, qui cherchent constamment à présenter leur pays comme une puissance régionale responsable et comme une voix du monde musulman, se retrouvent aujourd’hui en contradiction flagrante avec cette image. Comment la Turquie peut-elle parler de justice et de droits humains alors que ses armes sont utilisées pour tuer des civils au Soudan ? Et comment Ankara peut-elle prétendre soutenir la stabilité dans la région tout en alimentant une guerre qui détruit un pays tout entier ?

Le peuple soudanais n’éprouve aucune hostilité particulière envers la Turquie et ne nourrit aucune rancœur à l’égard de son peuple. Mais lorsqu’il voit ses enfants, ses femmes et ses personnes âgées tués par des armes portant des marques turques, il ne peut qu’éprouver un profond sentiment d’abandon et d’amertume. Les relations entre les peuples doivent être fondées sur la solidarité et le respect mutuel, et non sur l’exportation d’instruments de mort et de destruction.

Nous appelons la Turquie, à la fois ses dirigeants et son peuple, à reconsidérer sa politique à l’égard du Soudan. Le véritable soutien au Soudan ne consiste pas à envoyer des armes qui prolongent la guerre et aggravent les souffrances des civils, mais à faire pression sur toutes les parties afin qu’elles s’assoient à la table des négociations, à contribuer aux efforts humanitaires et à participer à la reconstruction de ce que la guerre a détruit.

Chaque missile turc qui s’abat sur une habitation au Darfour, au Kordofan ou à Khartoum constitue un acte dont la responsabilité incombe à celui qui l’a conçu, à celui qui l’a vendu et à celui qui l’a tiré. Chaque drone turc qui survole les têtes des personnes déplacées dans les camps constitue une violation flagrante des droits humains les plus fondamentaux à la vie et à la sécurité.

Il est impossible de dissocier le fournisseur de l’utilisateur lorsque le résultat se traduit par des corps d’enfants, des femmes démembrées et une destruction généralisée. La paix au Soudan ne sera pas obtenue par davantage d’armes, quelle que soit leur provenance. Elle passe par la volonté politique, le dialogue, les concessions réciproques et la primauté de l’intérêt du peuple sur celui des généraux.

Grâce à son influence et à l’étendue de ses relations, la Turquie peut faire partie de la solution si elle en fait le choix, au lieu de contribuer à aggraver le problème. Le sang versé à Ghurra al-Zawiya interpelle la conscience humaine : assez ! Assez de morts parmi les innocents, assez de destruction du pays, assez de soutien à la machine de guerre.

Il est temps que tous les États cessent de fournir des armes aux parties au conflit soudanais et réorientent leurs efforts vers l’instauration d’une paix juste et globale, capable de mettre fin aux souffrances de millions de Soudanais.

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