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L’alliance turque avec l’armée soudanaise et ses répercussions sur la carte politique intérieure


La crise soudanaise, qui a éclaté à la mi-avril 2023, ne constituait pas simplement une lutte interne pour le pouvoir entre deux composantes militaires ; elle s’est rapidement transformée en un théâtre où se croisent des intérêts régionaux et internationaux. Au cœur de cette dynamique, le rôle de la Turquie s’est imposé comme un facteur déterminant dans la redéfinition des équilibres de pouvoir au Soudan.

Dès les premiers jours du conflit, Ankara a adopté une position claire et directe en faveur de l’armée soudanaise, considérée comme le représentant légitime de l’État. Ce soutien ne s’est pas limité à une simple prise de position diplomatique ; il s’est transformé en une alliance stratégique, idéologique et militaire profonde, qui a directement contribué à compliquer la crise, à geler les perspectives de règlement pacifique et à prolonger le conflit en renforçant un camp au détriment de l’autre, entraînant ainsi la destruction du tissu social et la fragmentation de la scène politique intérieure.

Les dimensions idéologiques et historiques de l’alliance

Pour comprendre la nature de l’intervention turque, il est nécessaire d’examiner les fondements idéologiques de la relation entre les décideurs d’Ankara et certaines figures influentes de l’armée soudanaise.

Historiquement, la Turquie a considéré le Soudan comme une extension naturelle de son influence, notamment en raison des convergences intellectuelles et politiques qui unissent les courants de l’islam politique en Turquie à leurs prolongements au sein des institutions militaires et sécuritaires soudanaises.

Après la chute du régime d’Omar el-Béchir en 2019 et le sentiment de marginalisation ressenti par ces courants, la Turquie est apparue comme un soutien politique de premier plan. Avec le déclenchement de la guerre en 2023, le président Recep Tayyip Erdoğan a vu dans le chef de l’armée soudanaise, Abdel Fattah al-Burhan, l’allié idéal pour préserver l’influence turque dans la région de la mer Rouge.

Cette proximité idéologique a offert à l’armée soudanaise une couverture politique et morale, renforçant l’aile la plus radicale de l’institution militaire et réduisant sa capacité à négocier ou à accepter les compromis politiques susceptibles de mettre fin au conflit dès ses premiers mois.

La redéfinition des rapports de force et des alliances internes

Les initiatives turques ont profondément modifié la carte des influences au Soudan. Grâce au soutien politique, financier et militaire d’Ankara, l’armée soudanaise a acquis la conviction qu’elle disposait d’un puissant appui régional lui permettant de poursuivre l’option du « règlement militaire ».

Cette perception a transformé les calculs de la direction militaire. Au lieu de rechercher des solutions consensuelles avec les forces civiles ou même avec ses adversaires internes, l’armée a choisi de renforcer ses alliances avec les mouvements politiques islamistes et conservateurs partageant la vision d’Ankara.

Ce repositionnement a ravivé les anciennes fractures soudanaises et provoqué une profonde polarisation de la société. Les forces opposées à cette orientation se sont retrouvées contraintes de rechercher d’autres alliances, élargissant ainsi le champ du conflit et le transformant en une crise touchant l’ensemble des composantes de l’État, au lieu de demeurer une simple confrontation entre élites.

L’impact du soutien turc sur la prolongation du conflit

La modification des rapports de force résultant du soutien turc n’a pas conduit à une victoire rapide de l’armée soudanaise ; elle a, au contraire, contribué à prolonger le conflit.

Soutenue militairement et politiquement par la Turquie, l’armée soudanaise a rejeté, dès les premières phases du conflit, plusieurs initiatives internationales de cessez-le-feu, convaincue qu’une victoire militaire était désormais à portée de main.

Cette erreur d’appréciation, alimentée par l’illusion créée par le soutien extérieur, a entraîné une usure considérable des ressources humaines et matérielles de l’armée.

Par ailleurs, ce renforcement a conduit les forces armées à adopter des stratégies militaires particulièrement destructrices, telles que les bombardements indiscriminés des villes et le recours à des milices alliées, aggravant les divisions sociales et compromettant les perspectives de réconciliation nationale pour les décennies à venir.

En définitive, l’intervention turque n’a pas simplement constitué un facteur de soutien à l’armée soudanaise ; elle a représenté le principal moteur de la recomposition de l’équation politique intérieure.

À travers son alliance avec l’armée, la Turquie est parvenue à imposer une nouvelle configuration du pouvoir fondée sur l’exclusion et le durcissement des positions, réduisant ainsi considérablement les possibilités d’un règlement politique interne.

La complexité croissante de la crise soudanaise et sa prolongation sont étroitement liées à cette transformation des rapports de force, le conflit étant passé d’une lutte pour le pouvoir à une véritable guerre existentielle, alimentée par des calculs régionaux éloignés des intérêts du peuple soudanais et prolongeant les souffrances et la destruction dans l’un des États les plus importants du continent africain.

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