Al-Sadr s’en prend aux milices et refuse d’entraîner l’Irak dans la guerre
Le dirigeant religieux et politique appelle le Corps des gardiens de la révolution islamique ainsi que les factions armées à ne pas entraîner l’Irak dans le conflit régional, exhortant le gouvernement à imposer l’autorité de l’État et à garantir la sécurité.
Le chef du Courant national chiite, Moqtada al-Sadr, a imputé jeudi ce qu’il a qualifié d’« agissements des milices » à la mort de membres des Forces de mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi) lors des frappes américano-saoudiennes, réaffirmant son opposition au rôle des factions armées pro-iraniennes opérant en dehors du cadre de l’État.
Dans un communiqué, Al-Sadr a déclaré que « les agissements arrogants des milices et le refus de réserver le monopole des armes à l’État ont été et demeurent la cause du martyre de combattants du Hachd al-Chaabi et des forces de sécurité, sans aucune justification ». Il a ajouté que « leurs dirigeants vivent dans la sécurité, le confort et prospèrent dans les affaires. Il est temps de mettre un terme à ces comportements individuels et irrationnels ». Il a présenté ses condoléances aux familles des victimes, affirmant : « Il n’y a pas de condoléances pour ceux dont les actes ont été à l’origine de leur perte. »
Bien qu’il n’ait désigné aucun groupe en particulier, ses propos sur les « comportements individuels et irrationnels » sont largement interprétés comme une critique directe des factions armées liées à l’Iran, que leurs adversaires accusent de prendre des décisions militaires indépendamment des institutions de l’État et d’entraîner l’Irak dans des agendas régionaux dépassant ses intérêts nationaux.
Les déclarations d’Al-Sadr interviennent dans un contexte particulièrement sensible, marqué par l’escalade des tensions militaires dans la région et la poursuite des frappes réciproques entre les États-Unis et l’Iran, alimentant les craintes de voir l’Irak redevenir un théâtre d’affrontements par procuration.
Le leader du courant sadriste défend depuis longtemps un discours prônant la neutralité de l’Irak face aux conflits régionaux. Il estime que l’utilisation du territoire irakien pour lancer des attaques ou répondre aux adversaires de l’Iran menace la sécurité nationale et expose le pays à des sanctions ainsi qu’à des frappes militaires contraires aux intérêts du peuple irakien.
Mercredi déjà, il avait appelé le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien et les « milices » à ne pas entraîner l’Irak dans le conflit régional, demandant au gouvernement d’affirmer pleinement la souveraineté de l’État et de renforcer le contrôle sécuritaire.
Le dirigeant religieux et politique répète régulièrement que les agissements des milices et l’absence de monopole des armes entre les mains de l’État entraînent la mort de membres du Hachd al-Chaabi et des forces de sécurité. Cette position reflète son rejet de la poursuite d’un pouvoir décisionnel militaire en dehors des institutions étatiques, une situation qui expose l’ensemble des forces irakiennes aux attaques tandis que les dirigeants politiques et militaires des factions demeurent à l’abri des conséquences de ces confrontations.
Le principe du monopole des armes par l’État constitue depuis plusieurs années l’un des fondements du discours d’Al-Sadr. Selon lui, la multiplication des centres de décision sécuritaire affaiblit l’autorité de l’État, fragilise ses institutions et permet à des acteurs non étatiques de décider du sort du pays en matière de guerre et de paix.
Cette position prend une importance accrue dans le contexte de l’aggravation des tensions régionales. Les attaques menées par des factions irakiennes contre des cibles américaines ou des pays du Golfe, comme cela s’est produit au Koweït et en Arabie saoudite, risquent d’entraîner des ripostes militaires sur le territoire irakien ainsi que des crises diplomatiques avec les États voisins. Ces incidents ont placé le gouvernement dans une situation délicate, alors qu’il avait à plusieurs reprises promis l’ouverture d’enquêtes qui, jusqu’à présent, n’ont abouti à aucun résultat concret.
Les déclarations d’Al-Sadr illustrent la persistance des divergences entre son projet, fondé sur le principe de « l’État avant tout », et celui des factions armées qui considèrent le maintien des armes en dehors de l’institution militaire comme un élément essentiel de « l’Axe de la Résistance » face aux États-Unis et à Israël.
Selon plusieurs analystes, les propos d’Al-Sadr véhiculent deux messages parallèles. Le premier, adressé au gouvernement irakien, souligne que la stabilité du pays ne pourra être garantie qu’à travers le monopole exclusif des armes par l’État et l’interdiction faite à toute partie de prendre seule des décisions militaires.
Le second message s’adresse à l’extérieur et affirme qu’une partie des forces politiques chiites rejette l’idée de transformer l’Irak en plateforme de règlement des rivalités régionales. Ce courant appelle à maintenir le pays à l’écart de la guerre qui secoue la région, afin de préserver la sécurité, la stabilité et d’éviter la répétition des scénarios d’escalade dont l’Irak a payé le prix au cours des dernières années.
Alors que les tensions régionales persistent, l’appel d’Al-Sadr à réserver le monopole des armes à l’État apparaît plus que jamais comme une démarche visant à protéger l’Irak contre toute implication dans un conflit ouvert. Selon lui, l’unification de la décision sécuritaire et militaire constitue le seul moyen de préserver la souveraineté de l’État et d’empêcher le pays d’être entraîné dans des conflits dépassant ses frontières et les intérêts de son peuple.
