L'Europe

Les Frères musulmans en Suisse : un réseau familial, des activités financières et un risque institutionnel


« Infiltration continue des institutions, structures proches de clans familiaux et activités financières » : trois dimensions de la présence des Frères musulmans en Suisse qui font du pays le deuxième centre d’influence le plus important du mouvement en Europe.

Selon le journal suisse Schweizermonat, la Suisse constitue un refuge stratégique pour les Frères musulmans depuis l’arrivée du dirigeant islamiste Saïd Ramadan dans le pays en 1961.

À l’époque, le secrétaire personnel et gendre du fondateur Hassan al-Banna était parvenu à présenter l’islam politique comme un rempart contre le communisme, alors même que les services de renseignement le considéraient comme une « personnalité fasciste » et un individu « conspirateur », selon le journal.

D’après des experts en sécurité, la Suisse représente aujourd’hui, après l’Angleterre, le deuxième principal bastion européen des Frères musulmans. Ils soulignent que certaines organisations sont dominées, sur le plan des ressources humaines, par ce qui peut être décrit comme des « clans » ou des « familles fréristes » : les Ramadan à Genève, les Kermous à Neuchâtel et dans le canton de Vaud, ainsi que les familles Nada et Hemmat au Tessin et à Zurich.

La famille Ramadan, installée à Genève, s’efforce de perpétuer l’héritage du fondateur du mouvement, Hassan al-Banna, et dirige le Centre islamique de la ville. Son petit-fils, Tariq Ramadan, a largement contribué à la diffusion des idées des Frères musulmans en Europe. Toutefois, un tribunal suisse l’a reconnu coupable, en 2024, de viol et de contrainte sexuelle à l’encontre d’une femme.

Ce verdict a été confirmé par le Tribunal fédéral l’année suivante. En mars dernier, une cour pénale parisienne a également condamné Tariq Ramadan à dix-huit ans de prison assortis d’une interdiction définitive d’entrer sur le territoire français pour le viol de trois femmes.

Interconnexions

La famille Kermous, dirigée par Mohamed et Nadia Kermous dans les cantons de Neuchâtel et de Vaud, a fondé plus d’une douzaine d’associations dédiées à l’activisme politique et au lobbying, parmi lesquelles figure la « Ligue des musulmans de Suisse », considérée par les enquêteurs comme proche des Frères musulmans.

Par ailleurs, des personnalités influentes telles que Youssef Nada et Ali Ghaleb Hemmat ont établi des structures à Lugano et à Zurich, décrites par des responsables d’une organisation de sécurité interrogés par le journal comme des centres financiers du mouvement.

Selon le quotidien, Youssef Hemmat, fils d’Ali Ghaleb Hemmat, dirige le « Forum des organisations européennes musulmanes de jeunesse et d’étudiants ».

Les membres de ces différentes familles occupent fréquemment des fonctions au sein des conseils d’administration des organisations contrôlées par d’autres familles. Ainsi, Hani Ramadan, frère de Tariq Ramadan, siège au conseil d’administration de la fondation « Wakef-Suisse », présidée par Mohamed Kermous.

Il occupe également des postes dans des organisations liées à la famille Hemmat au Tessin et est décrit par les services de renseignement français comme le « trésorier » du réseau des Frères musulmans.

Selon le journal, cette imbrication des familles dans la gestion des différentes structures crée un réseau opaque.

Une infiltration persistante

L’expérience actuelle des Frères musulmans en Suisse illustre l’ampleur de leur implantation dans les institutions helvétiques, ainsi que leur stratégie d’infiltration ciblée, parfois discrète, des organisations occidentales.

Nida-Erfram Adjimi, également connue sous le pseudonyme de Nidounit, a été nommée en 2024 première prédicatrice musulmane de l’armée suisse. Si cette nomination a été saluée comme une victoire pour l’intégration, ses détracteurs y voient un exemple de l’influence croissante des mouvements islamistes politiques jusque dans les institutions étatiques.

Dans un entretien accordé au journal Liberté, Nidounit avait déclaré : « Je suis une personnalité explosive. »

Cette phrase relevait peut-être de l’humour, mais son père, l’avocat Reza Adjimi, est considéré par plusieurs experts comme une figure centrale des Frères musulmans tunisiens.

Par ailleurs, selon le même journal, Arben Ademi, fondateur d’une célèbre entreprise de parfumerie et principal sponsor d’un grand club de football suisse, aurait, d’après un rapport de la police criminelle suisse, soutenu des campagnes liées aux Frères musulmans par le biais de « contributions financières importantes ».

De son côté, Khaldoun Dia-Eddine enseigne à l’Université des sciences appliquées de Zurich (ZHAW). Il est membre du conseil consultatif du Centre d’islam de l’Université de Fribourg et vice-président de la Fédération des organisations islamistes en Suisse. Il a également siégé dans les conseils d’administration d’organisations dirigées par des personnalités des Frères musulmans, telles qu’Ali Ghaleb Hemmat.

Dia-Eddine a dirigé la branche genevoise de l’organisation IICO, à laquelle plusieurs services de renseignement attribuent des liens avec le Hamas. Parallèlement, il collabore régulièrement avec les autorités fédérales et participe à la formation des policiers chargés d’appliquer l’interdiction du port du voile intégral.

Après avoir exposé les raisons pour lesquelles les Frères musulmans constituent, selon elle, une menace, la publication estime que la transparence financière, l’interdiction stricte des organisations affiliées au mouvement ainsi qu’un contrôle rigoureux des nominations dans des secteurs sensibles tels que l’armée et la police fédérale constituent des mesures défensives indispensables face à leur infiltration.

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