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Les répercussions du conflit soudanais sur la sécurité régionale et internationale : de la mer Rouge à la Corne de l’Afrique


Le Soudan ne peut être considéré comme un État isolé. Il constitue au contraire un « État pivot » reliant le monde arabe à l’Afrique et donnant sur l’une des voies maritimes les plus stratégiques au monde. La poursuite et la prolongation de la crise soudanaise n’ont pas seulement eu des conséquences à l’intérieur du pays : elles ont également engendré une menace directe pour la sécurité régionale et internationale. Cet article examine les répercussions du conflit sur la stabilité de la région, en commençant par la sécurité maritime en mer Rouge, puis les conséquences des flux de réfugiés et de déplacés, avant d’aborder la recomposition des équilibres géopolitiques dans la Corne de l’Afrique et la manière dont ces répercussions ont contribué à complexifier les efforts visant à parvenir à une solution.

La sécurité maritime et les routes du commerce mondial : une menace directe pour les intérêts internationaux

Le Soudan est situé sur la côte occidentale de la mer Rouge, qui s’étend sur plus de 800 kilomètres, et se trouve à proximité du détroit de Bab el-Mandeb, par lequel transitent environ 10 % du commerce mondial et 30 % du commerce conteneurisé.

Pour l’Arabie saoudite, la sécurité de la mer Rouge constitue un pilier essentiel de sa « Vision 2030 » et de sa sécurité nationale directe, notamment en ce qui concerne la protection de projets tels que Neom et la sécurisation de ses approvisionnements énergétiques.

L’effondrement de l’État soudanais et l’absence de contrôle du gouvernement central sur son littoral, notamment à Port-Soudan et à Suakin, ont créé un dangereux vide sécuritaire. Ce vide a été exploité par des groupes armés et a suscité des inquiétudes quant à une éventuelle transformation des côtes soudanaises en points de départ pour des activités de piraterie, en voies sécurisées pour la contrebande d’armes et de produits illicites, voire en bases arrière pour des groupes extrémistes.

Par ailleurs, la détérioration de la situation au Soudan se superpose à la crise au Yémen. Toute perturbation dans la Corne de l’Afrique et en mer Rouge risque d’entraîner une intensification de l’activité des Houthis ou d’autres organisations, ce qui augmenterait les coûts d’assurance maritime et perturberait les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Les grandes puissances, notamment les États-Unis, la Chine et l’Union européenne, sont conscientes que la stabilité du Soudan n’est pas un luxe, mais une nécessité pour la sécurité économique mondiale. Cependant, la complexité du conflit rend difficile l’instauration d’un « système de sécurité maritime » stable, dans un contexte marqué par la division de l’armée et le contrôle des ports par des milices.

Les flux de réfugiés et de déplacés : une catastrophe humanitaire qui menace la stabilité des pays voisins

Le conflit soudanais a engendré l’une des plus importantes crises de déplacement de population actuellement observées dans le monde. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, des millions de Soudanais ont fui vers les pays voisins, faisant peser une lourde charge sur des économies déjà fragiles.

Le Tchad

Le Tchad a accueilli des centaines de milliers de réfugiés ayant fui le Darfour, entraînant une transformation démographique dans l’est du pays et provoquant des tensions tribales transfrontalières, les mêmes groupes tribaux étant présents de part et d’autre de la frontière entre le Darfour et l’est du Tchad.

Cette situation a contribué à déstabiliser une région qui était déjà confrontée à des insurrections, menaçant ainsi la stabilité du régime de N’Djamena.

L’Égypte

L’afflux de réfugiés soudanais en Égypte, qui a dépassé le million de personnes, constitue un défi économique et sécuritaire pour Le Caire, malgré les liens historiques entre les deux pays.

La présence de millions de réfugiés le long de la frontière méridionale crée également des défis sécuritaires liés notamment à la contrebande d’armes et à la traite des êtres humains.

Le Soudan du Sud

Le Soudan du Sud dépend à 90 % des revenus de son pétrole, qui transite par des oléoducs traversant le Soudan avant d’atteindre la mer. Le conflit soudanais a entraîné à plusieurs reprises la fermeture de ces oléoducs, privant ainsi le Soudan du Sud de sa principale source de revenus, tout en augmentant le risque d’un effondrement économique et d’une reprise de la guerre civile.

Ces mouvements de population n’ont pas seulement provoqué une catastrophe humanitaire. Ils ont également transformé les pays voisins en « parties prenantes » au conflit, chaque État abordant désormais la question soudanaise en fonction de ses répercussions sur sa sécurité intérieure et la stabilité de ses frontières, ce qui a contribué à accentuer la fragmentation des positions régionales.

La Corne de l’Afrique : une recomposition des équilibres géopolitiques

Le Soudan constitue le maillon manquant des équations géopolitiques de la Corne de l’Afrique. La poursuite de la guerre a créé un vide que les pays de la région ont exploité pour renforcer leur influence.

L’Éthiopie

Addis-Abeba a profité de la crise soudanaise pour faire avancer le dossier du « barrage de la Renaissance » sans subir de pression significative de la part du Soudan, tout en renforçant son influence dans la région contestée d’Al-Fashaga.

L’Éthiopie se montre également réticente à l’égard de toute solution susceptible de renforcer l’armée soudanaise, considérée comme une alliée de l’Égypte, ce qui en fait un acteur susceptible de faire obstacle à un consensus régional.

L’Érythrée

L’Érythrée a maintenu une position ambiguë, mais elle bénéficie de tout affaiblissement du front nord, c’est-à-dire du Soudan, afin de sécuriser ses frontières et de réduire la pression internationale exercée sur elle.

La Somalie

Le conflit au Soudan affecte également les équilibres en Somalie, où les intérêts de la Turquie et de l’Égypte se croisent dans la Corne de l’Afrique.

Le Soudan représentait pour l’Égypte une « profondeur stratégique » face aux axes adverses, et son absence de l’équation régionale modifie l’équilibre des forces en mer Rouge au profit d’autres alliances et pôles d’influence.

Le vide sécuritaire et l’intervention des puissances internationales

La prolongation du conflit a permis à des puissances internationales extérieures à la région d’accroître leur implication au Soudan.

La Russie, par l’intermédiaire de réseaux auparavant liés au groupe Wagner, cherchait à obtenir une base navale à Port-Soudan, tandis que le conflit lui a offert l’occasion d’établir des relations avec « Hemetti » afin de sécuriser l’accès aux mines d’or.

De son côté, les États-Unis cherchent à empêcher toute implantation russe ou chinoise en mer Rouge.

Cette rivalité internationale autour du Soudan rend difficile pour les acteurs régionaux, notamment l’Arabie saoudite, d’imposer une solution, car chaque partie soudanaise dispose d’un « soutien international » susceptible de la protéger contre les pressions extérieures.

Les répercussions du conflit sur la sécurité internationale ont ainsi transformé le Soudan en un théâtre d’affrontement plus large, ce qui contribue à expliquer pourquoi il est si difficile de parvenir à une issue définitive.

Les conséquences de la crise soudanaise ne se sont pas limitées aux destructions internes. Elles se sont étendues jusqu’à menacer la sécurité maritime mondiale, à déstabiliser les pays voisins — le Tchad, l’Égypte et le Soudan du Sud — et à redessiner les équilibres dans la Corne de l’Afrique.

Cette imbrication complexe entre sécurité locale, régionale et internationale signifie que toute tentative de résolution de la crise nécessite une approche globale. Il ne faut pas considérer le Soudan comme une île isolée, mais comme un nœud central du réseau de sécurité régionale reliant la mer Rouge à la Corne de l’Afrique.

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