Politique

L’armée d’al-Burhan et les combattants du Tigré : les déclarations d’Abiy Ahmed renforcent les accusations de recours à des combattants étrangers


Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a déclaré que de jeunes hommes originaires de la région du Tigré étaient recrutés de force et envoyés combattre dans la guerre en cours au Soudan voisin.

Cette déclaration est susceptible de renforcer les accusations visant l’armée soudanaise, accusée de recourir à des combattants étrangers dans le conflit qui secoue le pays. Ces allégations circulent depuis le déclenchement des affrontements avec les Forces de soutien rapide (FSR) à la mi-avril 2023, les deux parties s’accusant mutuellement de s’appuyer sur des combattants non soudanais.

« Les défis les plus graves »

S’exprimant devant la Chambre des représentants du peuple lors de sa trentième session ordinaire, en réponse aux questions et observations des députés, Abiy Ahmed a ajouté que des « provocations quotidiennes » étaient menées par certaines forces au Tigré.

Le Premier ministre éthiopien a qualifié cette situation de « défi le plus grave auquel le pays est actuellement confronté », affirmant que « des jeunes du Tigré sont contraints de partir au Soudan pour participer à la guerre civile qui y fait rage », selon le journal Addis Standard.

Il a ajouté : « Le plus grave est que des jeunes du Tigré sont vendus de force pour être envoyés dans la guerre au Soudan. Ces jeunes perdent la vie dans un conflit dont ils ignorent tout. »

Le Premier ministre n’a toutefois pas précisé quelle partie était responsable du recrutement ou de l’envoi de ces jeunes au Soudan. Ses déclarations interviennent néanmoins dans un contexte où des accusations récurrentes visent le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), principale force d’opposition au gouvernement éthiopien, auquel plusieurs médias prêtent des liens avec l’armée soudanaise.

Accusations antérieures contre l’armée

En octobre 2024, le commandant des Forces de soutien rapide, Mohamed Hamdan Dogolo, dit « Hemedti », avait accusé le chef de l’armée soudanaise, Abdel Fattah al-Burhan, de faire appel à des combattants étrangers, notamment des Éthiopiens originaires du Tigré.

Selon le site soudanais Dabanga, citant des témoignages de citoyens ayant publié des vidéos, des combattants tigréens seraient toujours présents dans l’État d’Al Jazirah, où ils sont accusés d’avoir commis des exactions contre des civils.

D’autres médias soudanais, dont le journal Al-Rakoba, ont également publié des informations faisant état d’une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux plus tôt cette année, montrant un haut responsable de l’armée soudanaise remerciant des combattants tigréens engagés aux côtés des forces gouvernementales.

Selon le journal, l’officier apparaissant dans la vidéo est Al-Sunni Haidar, membre du mouvement islamique (les Frères musulmans), qui aurait rejoint les milices des Brigades Al-Baraa Ibn Malik et procédé au recrutement de combattants tigréens.

La guerre au Soudan a fait des dizaines de milliers de morts et provoqué le déplacement de plus de 11 millions de personnes, dans ce que les Nations unies qualifient de plus grave crise mondiale en matière de faim et de déplacement forcé.

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