Moyen-Orient

Les avant-postes de colonisation : l’arme d’Israël pour absorber la Cisjordanie avant les élections


Les Palestiniens vivant en Cisjordanie occupée traversent une période particulièrement difficile à l’approche des élections israéliennes, dans un contexte marqué par une intensification des violences commises par des colons et par la multiplication des appels à l’expansion de la colonisation.

Les Palestiniens de Cisjordanie sont confrontés à une recrudescence des attaques menées par des colons israéliens ainsi qu’à une accélération de l’appropriation de nouvelles terres. Cette dynamique s’inscrit dans une véritable course contre la montre orchestrée par les figures de proue du mouvement de colonisation au sein de la coalition gouvernementale de droite radicale dirigée par Benjamin Netanyahou, avec pour objectif de consolider leurs acquis avant les élections générales prévues en octobre prochain.

Le quotidien britannique The Guardian a mis en lumière cette accélération de la création de faits accomplis sur le terrain, alors que les perspectives d’un recul du bloc de l’extrême droite israélienne lors des prochaines élections deviennent de plus en plus crédibles après plus de trois années de domination politique.

Selon le journal, les dirigeants du mouvement des colons s’emploient à imposer en Cisjordanie des réalités irréversibles.

L’un des exemples cités est celui du village d’Aïn Arik et de ses environs, où les agriculteurs palestiniens seraient confrontés à des campagnes systématiques d’intimidation ainsi qu’à des attaques nocturnes visant leurs principaux moyens de subsistance, notamment par la destruction des réseaux d’irrigation et l’arrachage d’oliviers et de vignes, dans le but de les contraindre à quitter leurs terres tant sur le plan psychologique qu’économique.

Selon un rapport conjoint des organisations de défense des droits humains Kerem Navot et La Paix Maintenant (Peace Now), l’expansion ne se limite plus aux grandes colonies traditionnelles nécessitant des procédures complexes de planification et de construction. L’attention se porte désormais principalement sur les « avant-postes agricoles et pastoraux », tels que celui de Maoz Tzur.

D’après le journal, ces avant-postes sont généralement occupés par de petits groupes de colons qui recourent directement à la violence afin de chasser les éleveurs et les agriculteurs palestiniens de vastes étendues de terres.

Le rapport indique que ces avant-postes contrôlent actuellement plus d’un million de dunums (environ 100 000 hectares), soit près de 18 % de la superficie totale de la Cisjordanie, dont un tiers aurait été saisi au cours de la seule année 2025.

Le document souligne également que le gouvernement israélien dirigé par Benjamin Netanyahou a accéléré, à un rythme sans précédent, le processus d’annexion de facto de la Cisjordanie grâce à des réformes structurelles, à l’extension des colonies et à la légalisation rétroactive d’avant-postes établis sans autorisation officielle.

Ce système est piloté par le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, figure de l’extrême droite, qui exerce des compétences dépassant largement son portefeuille ministériel, notamment la supervision des procédures d’approbation des colonies, une responsabilité transférée du ministère de la Défense.

En avril dernier, Bezalel Smotrich s’est rendu à l’avant-poste de Maoz Tzur afin de célébrer sa reconnaissance officielle comme colonie par le gouvernement. À cette occasion, il a déclaré ouvertement que de tels avant-postes avaient pour objectif de « détruire l’idée d’un État palestinien au cœur du territoire ».

Parallèlement, des colons empêchent les Palestiniens d’accéder à leurs terres et fragmentent les villages au moyen de portails métalliques et de barrages en pierre, tandis que de nouvelles routes exclusivement réservées aux colons sont construites afin de relier les nouveaux avant-postes et d’isoler davantage les localités palestiniennes les unes des autres.

Des habitants de Cisjordanie ont affirmé que les voies de recours judiciaires et administratives leur étaient désormais totalement fermées depuis la nomination d’Itamar Ben Gvir au poste de ministre de la Sécurité nationale à la fin de l’année 2022.

Des agriculteurs ainsi que des responsables de conseils locaux ont indiqué que leurs avocats leur conseillent désormais d’attendre les résultats des élections israéliennes prévues à la fin de l’année, estimant que les autorités policières et judiciaires actuelles soutiennent pleinement les colons.

Sur le plan international, plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada, la France et la Norvège, ont imposé des sanctions contre des réseaux de financement et de soutien impliqués dans les violences commises par des colons. La France a également interdit à Bezalel Smotrich d’entrer sur son territoire.

Toutefois, selon des observateurs cités par The Guardian, ces mesures demeurent d’une efficacité limitée en raison du soutien dont bénéficie le gouvernement israélien de la part de l’administration du président américain Donald Trump, qui permet la poursuite des saisies informelles de terres, ainsi que des divisions persistantes au sein de l’Union européenne.

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