Moyen-Orient

L’appauvrissement des Yéménites, une arme aux mains des Houthis : un rapport sur les droits humains dénonce une famine politique 


Un rapport d’une organisation yéménite de défense des droits humains met en garde contre la volonté délibérée des Houthis d’appauvrir les habitants des territoires qu’ils contrôlent afin de détourner leur attention des revendications en faveur de leurs droits politiques.

Le rapport, publié samedi par l’organisation non gouvernementale Deyment pour les droits et le développement, recense 761 violations commises par les milices houthies dans la capitale Sanaa et ses dix districts au cours d’une seule année.

Selon ce document, la misère et la faim à Sanaa sont devenues une véritable arme utilisée par les Houthis pour détourner les citoyens de leurs revendications politiques et les enfermer dans une lutte quotidienne pour assurer leur simple subsistance.

Le rapport affirme que « tout au long de l’année 2025, la politique de famine mise en œuvre par les Houthis a dépassé la simple confiscation des moyens de subsistance et l’assèchement des sources de revenus pour évoluer vers une famine politique et intellectuelle fondée sur la privation de la sécurité personnelle, de la liberté d’expression, de l’inviolabilité du domicile et du droit à l’identité nationale yéménite ».

Le rapport confirme également des informations, selon lesquelles les milices houthies auraient créé, en mai 2025, un nouvel appareil répressif baptisé « Service de sécurité de la Révolution », chargé de mener des campagnes d’arrestations massives et préventives, de neutraliser l’espace civique et de réprimer les opposants.

La famine comme punition collective

Les milices houthies auraient utilisé l’appauvrissement économique comme un instrument de punition collective. L’interruption délibérée du versement des salaires de 70 % des employés du secteur public, conjuguée à l’imposition de prélèvements forcés, aurait entraîné une chute de 80 % du pouvoir d’achat.

Selon la même source, la guerre menée par les Houthis aurait fait basculer 80 % des familles sous le seuil de pauvreté, tandis que la moitié des habitants du gouvernorat de la capitale se trouveraient désormais en situation d’insécurité alimentaire aiguë.

Dans ce que le rapport décrit comme une tentative de détourner l’aide humanitaire et de priver des millions de personnes vulnérables de leur principale source de survie, les milices houthies auraient également pris pour cible les organisations humanitaires et les agences des Nations unies. Le rapport documente 129 violations commises contre ces organisations, comprenant l’arrestation de 52 employés et la disparition forcée de 31 autres dans des centres de détention secrets administrés par le groupe soutenu par l’Iran.

Les symboles nationaux n’ont pas non plus échappé à cette politique répressive. Le rapport recense, pour le seul mois de septembre, 156 violations visant des citoyens uniquement parce qu’ils avaient brandi le drapeau national ou participé à la commémoration de la révolution yéménite du 26 septembre. Ces violations comprennent l’arrestation de 103 personnes, parmi lesquelles des femmes et des enfants, la disparition forcée de 27 autres ainsi que la perquisition de 12 domiciles.

Des boucliers humains

Le rapport révèle également des détails particulièrement graves concernant la catastrophe survenue dans le quartier de Khashm Al-Bakrah, dans le district de Bani Al-Harith à Sanaa, le 22 mai 2025. Selon le document, l’explosion d’un dépôt secret d’armes et de missiles installé par les milices sous des habitations civiles aurait provoqué la mort ou des blessures chez plus de 90 civils, décimé plusieurs familles entières et détruit près de 50 maisons.

L’organisation considère cet incident comme une preuve manifeste de l’utilisation de civils comme boucliers humains par les milices houthies ainsi que du stockage d’explosifs dans des quartiers résidentiels. Selon elle, ces pratiques constituent une violation flagrante des Conventions de Genève et pourraient relever de crimes de guerre ainsi que de crimes contre l’humanité au regard du Statut de Rome. L’organisation rappelle que de tels crimes sont imprescriptibles.

L’organisation yéménite appelle enfin la communauté internationale et le Conseil de sécurité des Nations unies à dépasser les simples expressions de préoccupation et à assumer pleinement leurs responsabilités juridiques afin de mettre un terme à ces violations, de contraindre les milices houthies à évacuer les villes de leurs bases militaires et de leurs dépôts d’armes, ainsi qu’à garantir que les responsables ayant ordonné ou exécuté ces actes rendent compte de leurs actions.

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