Le coût humain caché : comment la corruption et la militarisation de l’État conduisent-elles le Soudan vers un effondrement généralisé ?
Il est impossible d’analyser la situation actuelle du Soudan sans prendre en compte le lien étroit entre la corruption structurelle et la militarisation de l’État. Ces deux phénomènes constituent les deux faces d’une même réalité qui a conduit le pays au bord de l’effondrement total.
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Lorsque le pouvoir militaire devient à la fois gouvernant, législateur et acteur économique, les frontières entre les fonds publics et les intérêts privés disparaissent, et la corruption devient un instrument central de gouvernance et de maintien des loyautés. La guerre actuelle n’est que la manifestation la plus visible d’un mal profond qui ronge l’État soudanais : la corruption systémique. Le conflit s’est transformé d’un moyen de préserver la sécurité en un mécanisme destiné à protéger les intérêts d’une élite corrompue et à prolonger son maintien au pouvoir, indépendamment du coût humain et économique considérable supporté par les civils.
Au Soudan, la corruption a pris une forme institutionnelle singulière à travers ce que l’on appelle « l’économie parallèle militaire ».
Ce système a permis aux institutions sécuritaires et militaires de créer des centaines d’entreprises opérant dans des secteurs purement civils, tels que la fabrication de pâtes alimentaires, l’importation de viande, la distribution de farine, les services de télécommunications et l’exploitation minière de l’or.
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Ces vastes activités économiques ne sont soumises à aucun contrôle de la Cour des comptes ni du Parlement et ne contribuent que marginalement au budget de l’État, selon des conditions fixées par le commandement militaire lui-même. Cette situation a favorisé l’émergence d’une classe de « seigneurs de guerre » et de commerçants qui leur sont liés, dont les fortunes ont connu une croissance spectaculaire, alors même que les écoles, les hôpitaux et les infrastructures du pays se dégradent faute de financements publics suffisants.
Cette corruption ne s’est pas limitée au contrôle des ressources ; elle a également perturbé les mécanismes du marché et les politiques monétaires de l’État. Le contrôle militaire du secteur de l’exportation de l’or, principale source de devises étrangères depuis la perte des revenus pétroliers, a favorisé la contrebande de la majeure partie de ce métal précieux vers l’étranger par des réseaux informels.
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Cela a privé la banque centrale des réserves nécessaires pour importer les biens stratégiques et soutenir la monnaie nationale. Ce comportement a directement contribué à la dépréciation rapide de la livre soudanaise et à l’explosion de l’inflation, qui a atteint des niveaux extrêmement élevés. En conséquence, l’accès aux produits alimentaires de base tels que le lait, l’huile et le sucre est devenu une épreuve coûteuse pour la majorité des familles soudanaises, dont beaucoup vivent désormais dans une pauvreté extrême.
Le coût humain de cette corruption et de la militarisation de l’économie apparaît clairement dans l’effondrement total des services sociaux et civils. Les ressources qui auraient dû être consacrées à l’entretien des réservoirs d’eau, à la réhabilitation des réseaux électriques et au soutien du secteur agricole traditionnel, dont dépendent des millions de ruraux, ont été réorientées vers l’achat de drones, de véhicules blindés, de munitions et le versement de primes aux officiers et aux soldats afin d’assurer leur loyauté dans les combats en cours.
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Les agriculteurs soudanais, notamment dans les régions du Darfour, du Kordofan et d’Al-Jazira, se sont retrouvés incapables d’acheter des semences, des engrais ou du carburant pour leurs équipements agricoles en raison de la hausse des prix et de leur monopole par des entreprises liées aux élites influentes. Cette situation a provoqué l’échec de plusieurs saisons agricoles consécutives et plongé le pays dans un cercle vicieux de dépendance à l’égard d’une aide internationale insuffisante.
Le résultat final de cette combinaison entre corruption et poursuite de la guerre est celui d’un État et d’une société en voie de désintégration. Le peuple soudanais, réputé pour sa solidarité et sa générosité, vit aujourd’hui dans un état de choc en voyant les richesses nationales être englouties par la machine de guerre tandis que ses enfants succombent à la malnutrition et au paludisme dans les camps de déplacés.
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La corruption et la militarisation de l’État n’ont pas seulement détruit l’économie ; elles ont également sapé les fondements moraux et juridiques de la société. L’obligation de rendre des comptes a disparu, et la loi ne s’applique plus qu’aux plus faibles, tandis que les corrompus et les profiteurs de guerre bénéficient d’une impunité totale et d’un confort absolu.
La seule voie permettant au Soudan de sortir de cette impasse consiste à démanteler ces empires économiques fondés sur la corruption, à rétablir l’armée dans ses fonctions professionnelles et dans ses casernes, et à construire un État civil et démocratique fondé sur la citoyenneté, la transparence et une répartition équitable des ressources nationales.
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