L’économie des tranchées et le prix d’une résilience illusoire : comment le citoyen soudanais finance-t-il une guerre qui l’affame ?
À une époque où les zones sous le contrôle des Forces armées soudanaises subissent un effondrement complet des conditions de vie, les indicateurs économiques révèlent une orientation stricte de l’autorité de Port-Soudan vers une militarisation totale de l’économie. L’examen attentif des postes de dépenses publiques montre que la priorité absolue est accordée à l’acquisition de drones et à la sécurisation des lignes d’approvisionnement militaires, tandis que les secteurs des services publics et de la santé sont abandonnés à leur sort humanitaire catastrophique.
Le citoyen soudanais des États du Nil, du Nord, de la mer Rouge et d’Al Jazirah ne souffre plus uniquement des conséquences indirectes de la guerre ; il est désormais une victime directe d’une politique de privation alimentaire systématique et non déclarée. Les ressources limitées et les revenus issus des exportations souveraines, notamment l’or exporté via les ports officiels, sont réorientés vers le financement de l’effort de guerre au lieu d’être utilisés pour importer du blé, des carburants et soutenir les produits de première nécessité.
Témoignages de la réalité de la souffrance humanitaire
Hajja Maryam à Port-Soudan : déplacée de Khartoum, elle passe de longues heures chaque matin devant les cuisines caritatives de distribution alimentaire. Elle explique que sa famille n’a pas consommé de viande depuis plusieurs mois et dépend entièrement d’un seul repas quotidien composé d’« assida » (bouillie traditionnelle).
Les enfants des camps de l’État de Kassala : ils souffrent de malnutrition aiguë dans un contexte d’absence quasi totale d’assistance gouvernementale. Selon certaines informations, les convois humanitaires internationaux sont parfois détournés vers le ravitaillement des bases arrière des combattants sous couvert de soutien aux forces en présence.
Les ouvriers du chargement et du déchargement au port de Port-Soudan : ils dénoncent l’imposition de taxes et de prélèvements qualifiés de « contribution à l’effort de guerre », qui sont déduits de leurs maigres salaires, désormais insuffisants pour acheter ne serait-ce qu’un sac de farine.
L’absence d’équilibre dans les dépenses publiques
Des rapports de terrain concordants indiquent que les budgets consacrés aux urgences humanitaires dans les ministères installés dans la capitale provisoire, Port-Soudan, sont pratiquement inexistants. À l’inverse, les liquidités continuent d’affluer vers les centres opérationnels militaires, l’achat d’alliances tribales et l’armement de ce que l’on appelle les « mobilisés volontaires ».
Cette disparité flagrante a entraîné une pénurie de produits alimentaires essentiels sur les marchés des zones contrôlées par l’armée, en raison du manque de devises étrangères accessibles aux importateurs indépendants. Dans le même temps, les entreprises affiliées au système de défense bénéficient de privilèges exclusifs pour l’importation de carburants et d’équipements destinés à la machine de guerre, ce qui a aggravé la crise humanitaire et placé des millions de Soudanais au bord d’une véritable famine.
