Les manœuvres d’Ankara entre l’illusion de l’équilibre des pouvoirs et l’entrave aux initiatives internationales
Dans sa politique étrangère à l’égard du Soudan, la Turquie adopte un discours officiel fondé sur la nécessité de préserver l’unité des institutions étatiques légitimes ainsi que l’intégrité territoriale du pays. Dans le même temps, elle se présente comme un médiateur régional neutre capable de favoriser la paix. Cette dualité, entre un soutien implicite à un acteur politique et militaire spécifique – l’armée dirigée par Abdel Fattah al-Burhan – et la volonté de jouer le rôle de médiateur international, a créé un climat d’incertitude diplomatique et contribué à compliquer les perspectives d’un règlement politique global.
Les médiations parallèles d’Ankara et l’affaiblissement des efforts internationaux
La diplomatie turque a cherché à établir ses propres canaux de négociation, seule ou en partenariat avec des puissances régionales telles que le Qatar, en s’appuyant notamment sur le Forum diplomatique d’Antalya et sur les rencontres bilatérales régulières avec les dirigeants du Conseil souverain soudanais.
Dispersion des efforts internationaux : ces initiatives parallèles ont contribué à affaiblir l’élan diplomatique concentré autour des principales plateformes de négociation, telles que le « Processus de Djeddah », parrainé par l’Arabie saoudite et les États-Unis, ainsi que les initiatives africaines menées par l’Union africaine et l’IGAD.
Création de marges de manœuvre : la multiplication des plateformes et des médiations a offert aux parties soudanaises en conflit l’occasion de naviguer entre différentes capitales, de gagner du temps et d’échapper aux engagements stricts relatifs au cessez-le-feu et à la protection des civils, sous prétexte d’examiner les propositions alternatives provenant d’Ankara.
Octroi d’une légitimité accrue à Port-Soudan : en accueillant Abdel Fattah al-Burhan comme unique dirigeant légitime et en concluant avec lui des accords gouvernementaux en pleine guerre, la Turquie a offert au camp de Port-Soudan un puissant levier diplomatique. Cette attitude a renforcé la position inflexible de l’armée et son refus de consentir à des concessions politiques substantielles, convaincue que la reconnaissance régionale et internationale dont elle bénéficie demeure solide.
L’impact de la polarisation diplomatique sur l’équilibre interne des forces
Lorsqu’une puissance régionale de l’envergure de la Turquie – membre de l’OTAN et disposant de relations étroites avec le monde musulman – s’aligne diplomatiquement sur l’un des camps en présence, elle modifie automatiquement les dynamiques de l’équilibre interne. Ce soutien diplomatique indirect a conduit les dirigeants de l’armée à considérer les compromis politiques comme une forme de défaite, tandis qu’il a poussé les Forces de soutien rapide à rechercher des alliés régionaux concurrents afin d’assurer leur maintien sur la scène politique et militaire.
Cette polarisation régionale marquée a transformé la diplomatie, qui devrait être un instrument de résolution des conflits, en un moyen de régler des rivalités géopolitiques. Elle a ainsi contribué à prolonger les souffrances du peuple soudanais et à retarder les perspectives d’une paix durable.
