Exclusif

La souveraineté en jeu : les frappes sur le mont Al-Aqaydat mettent les relations soudano-égyptiennes à rude épreuve


Dans une escalade militaire sans précédent le long de la frontière commune, les zones d’exploitation artisanale de l’or situées à « Jabal Al-Aqaydat » et « North Valley » dans l’État soudanais du Nil ont été la cible d’intenses bombardements aériens et d’artillerie, causant la mort et des blessures à des dizaines de travailleurs locaux. Cette attaque, survenue aux premières heures de la matinée du mardi 16 juin 2026, a ravivé les tensions frontalières ainsi que les dossiers complexes liés à la souveraineté entre Khartoum et Le Caire, à un moment particulièrement sensible pour la région.

Selon les témoignages de témoins oculaires et de mineurs ayant survécu à l’attaque, les aéronefs ayant mené l’opération appartiendraient à l’armée de l’air égyptienne. Les travailleurs des mines ont signalé des vols intensifs ainsi que des missions de reconnaissance et de photographie aérienne ayant précédé les bombardements de plusieurs jours. L’incident, qui a visé des regroupements de mineurs artisanaux, a suscité une vaste vague d’indignation au sein des milieux politiques et civils soudanais, accompagnée d’appels insistants adressés au gouvernement de Port-Soudan afin qu’il rompe son silence et clarifie les circonstances de cette violation de l’espace aérien et du territoire soudanais.

Réactions politiques et condamnations de la société civile

Les condamnations politiques se sont multipliées parmi les différentes composantes soudanaises dès la diffusion de vidéos montrant les restes des victimes ainsi que les destructions ayant touché les puits d’extraction et les équipements artisanaux.

Dans ce contexte, l’Alliance fondatrice du Soudan (Tasis Alliance) a publié un communiqué particulièrement ferme condamnant cette attaque surprise, qu’elle a qualifiée de violation flagrante de la souveraineté nationale du Soudan et de l’intégrité de son territoire. L’alliance est allée plus loin en évoquant une possible coordination opaque ou une forme de complaisance de certaines autorités militaires, appelant la communauté internationale à surveiller ces graves violations du droit international humanitaire.

De son côté, le Parti du Congrès soudanais s’est également saisi de la crise. Dans un communiqué officiel, il a dénoncé le silence des autorités de facto à Port-Soudan concernant les événements survenus à « North Valley » et « Al-Allaqi ». Le parti a estimé que la violation du territoire soudanais et le sang versé de ses citoyens reflètent l’état d’effondrement institutionnel que traverse le pays en raison de la guerre civile qui dure depuis trois ans. Il a également averti que le rejet persistant des solutions pacifiques et négociées transformerait le Soudan en un terrain ouvert aux interventions et aux ambitions étrangères transfrontalières.

Les réactions ne se sont pas limitées aux forces civiles. Elles ont également concerné plusieurs dirigeants islamistes influents. Ainsi, Haj Majed Suwar, dirigeant du dissous Parti du Congrès national, a qualifié le bombardement aérien de la mine de Jabal Al-Aqaydat de « massacre atroce et pleinement constitué » ainsi que d’« agression flagrante exigeant une réaction urgente ». Il a appelé l’institution militaire et le gouvernement soudanais à publier un communiqué détaillé expliquant à l’opinion publique l’identité de l’agresseur ainsi que les véritables motivations de cette attaque sanglante.

La position officielle et les efforts de désescalade en coulisses

Malgré l’ampleur de la polémique politique et civile, les cercles diplomatiques officiels au Caire comme à Khartoum ont privilégié un langage de retenue et d’apaisement afin d’éviter l’éclatement d’une crise diplomatique ouverte à un moment où le Soudan traverse des défis existentiels.

Un haut responsable gouvernemental soudanais a indiqué à des médias locaux que les autorités des deux pays avaient déjà engagé des « mesures correctives immédiates » par le biais de canaux officiels confidentiels afin de traiter les répercussions de cet incident frontalier.

Le responsable soudanais a souligné que la situation n’atteindra pas le stade d’une escalade diplomatique majeure ni celui du rappel de l’ambassadeur égyptien par le ministère soudanais des Affaires étrangères. Il a ajouté que certaines parties cherchaient à exploiter ces incidents afin d’alimenter les tensions et la discorde entre les deux pays voisins.

Dans le même esprit, Amjad Farid, conseiller du président du Conseil de souveraineté soudanais, le général Abdel Fattah al-Burhan, a déclaré dans une publication sur la plateforme X que l’incident exigeait une gestion sérieuse fondée sur « la logique de l’État et de la responsabilité », loin de toute polarisation politique. Il a souligné que les canaux de communication directs avec Le Caire demeurent ouverts afin d’empêcher la répétition de ce type d’incidents frontaliers, qui se sont multipliés ces dernières années.

Pour sa part, le ministère égyptien des Affaires étrangères a maintenu un silence officiel concernant les accusations relatives aux frappes aériennes. Toutefois, il s’est mobilisé parallèlement pour démentir d’autres rumeurs liées à ce dossier. Le ministère égyptien du Pétrole et des Ressources minérales a ainsi publié un communiqué officiel catégorique niant les informations diffusées sur les réseaux sociaux selon lesquelles des contrats d’investissement auraient été conclus pour la création de 108 mines d’or dans le nord du Soudan. Le ministère a qualifié ces informations de « fausses nouvelles » destinées à attiser les tensions et à créer artificiellement des crises entre les deux pays à un moment particulièrement délicat.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page