Moyen-Orient

Une vache rousse et une prophétie juive annoncent-elles une escalade à Jérusalem ?


L’annonce par le « Temple Institute », organisation juive radicale, de la naissance d’une vache entièrement rousse dans la région de la Galilée, au nord d’Israël, a suscité une nouvelle vague de controverses religieuses et politiques, dans un contexte marqué par les avertissements palestiniens et islamiques concernant les implications stratégiques et sécuritaires de cet événement, qui touche directement à l’avenir de la mosquée Al-Aqsa.

L’institut, The Temple Institute, dont le siège se trouve à Jérusalem, a indiqué que la nouvelle vache était née le dimanche 14 juin dans une exploitation laitière locale, à la suite d’une insémination artificielle réalisée neuf mois auparavant sur une vache laitière.

L’institut a considéré que le moment de cette naissance, coïncidant avec les opérations militaires en cours et les tensions persistantes sur le front nord avec le sud du Liban, constituait un « signe divin et un miracle naturel » justifiant l’absence de toute intervention humaine concernant la détermination de sa couleur.

Surmonter les réserves rabbiniques

Cette vache revêt une importance exceptionnelle pour les mouvements du Temple, davantage encore que les cinq vaches rousses importées par Israël en 2022 depuis l’État américain du Texas et élevées dans des colonies de Cisjordanie.

La naissance de cette nouvelle vache sur ce qui est désigné comme la « Terre d’Israël » selon la conception biblique permettrait de surmonter un obstacle juridique et religieux majeur. Les vaches importées des États-Unis avaient fait l’objet d’importantes controverses rabbiniques en raison de leur naissance hors du territoire considéré comme biblique, ce qui, selon certains avis religieux, les empêchait de satisfaire pleinement aux exigences du rituel. La nouvelle vache née en Galilée apparaît ainsi comme une solution à cette divergence doctrinale.

La vache rousse occupe une place centrale dans la pensée juive orthodoxe. Ce rite trouve son origine dans le chapitre 19 du Book of Numbers, l’un des livres traditionnellement attribués au prophète Moïse. Il concerne la purification de « l’impureté liée à la mort » par l’aspersion d’une eau mélangée aux cendres de la vache après son sacrifice et sa crémation.

Selon l’interprétation religieuse traditionnelle, ces cendres ont disparu depuis la destruction du Second Temple par les Romains en l’an 70 de notre ère, ce qui placerait tous les Juifs dans un état d’« impureté rituelle » les empêchant, selon de nombreuses autorités rabbiniques classiques, d’accéder au « Mont du Temple », site sur lequel se trouve aujourd’hui la mosquée Al-Aqsa.

Historiquement, seules neuf vaches rousses auraient été sacrifiées au cours de la longue histoire juive, la dernière remontant à plus de deux mille ans.

Certains croyants considèrent la vache actuelle comme la « dixième vache rousse », associée à la venue du « Messie » et à la reconstruction du supposé « Troisième Temple » sur l’emplacement d’Al-Aqsa.

Des chercheurs et observateurs estiment que la découverte d’une vache locale répondant à tous les critères requis pourrait constituer la condition essentielle permettant de lever les restrictions religieuses traditionnelles et de fournir une légitimation religieuse à une augmentation du nombre de visiteurs juifs sur l’esplanade de la mosquée Al-Aqsa. Cela permettrait également de dépasser certaines limitations rabbiniques qui avaient jusque-là restreint la participation à ces visites, malgré l’adhésion croissante à ces idées au sein de la droite sioniste.

Des critères extrêmement stricts

La vache rousse doit répondre à des conditions particulièrement rigoureuses :

  • Avoir dépassé l’âge de deux ans et présenter une robe entièrement rouge, sans même deux poils d’une autre couleur.
  • Être totalement exempte de blessures, de défauts ou de malformations physiques.
  • Ne jamais avoir été traitée, avoir mis bas, ni avoir été utilisée pour des travaux agricoles tels que le labour ou le transport, et ne jamais avoir porté de corde autour du cou.

Dans cette perspective, le Temple Institute a mis en place depuis 1986 un programme de recherche intensif consacré à cette vache et a créé une structure spécialisée appelée « Institut national de la vache rousse ».

Bien que l’institut ait annoncé à plusieurs reprises par le passé avoir identifié des candidates potentielles, celles-ci perdaient finalement les caractéristiques requises à mesure qu’elles vieillissaient et atteignaient l’âge prévu pour le sacrifice rituel.

Ces développements récents suscitent d’importantes inquiétudes dans les milieux palestiniens et islamiques. Selon ces observateurs, l’intensification des activités des groupes liés au Temple reflète des tentatives concrètes de modification du statut historique et juridique de Jérusalem, transformant des croyances religieuses en projets sur le terrain susceptibles de menacer l’identité islamique de la mosquée Al-Aqsa.

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