Politique

Déclin de l’influence et rétrécissement de la base sociale : rejet populaire du Hezbollah en Syrie et au Liban


Dans un contexte reflétant l’érosion de l’influence des relais armés liés à Téhéran, de nouveaux sondages révèlent un rejet sans précédent, en Syrie et au Liban, du rôle du Hezbollah libanais.

Les habitants des deux pays estiment que la présence militaire du mouvement et ses politiques nuisent à leur sécurité et à leur stabilité, redessinant ainsi la carte des influences dans deux États ayant connu, pendant des décennies, les interventions de milices ayant entraîné guerres et tensions et aggravé les crises humanitaires et économiques.

Les résultats, obtenus par le Washington Post et réalisés par le Council on American Security en coopération avec YouGov, montrent un changement profond des opinions à Damas et à Beyrouth à l’égard du groupe classé comme organisation terroriste. Plus des deux tiers des Syriens qualifient l’intervention du Hezbollah dans leur pays de négative, tandis que la majorité des Libanais soutient les efforts de leur président visant à désarmer les milices et à placer toutes les forces armées sous l’autorité de l’État.

Les Syriens jugent le Hezbollah

En Syrie, où les milices libanaises ont joué un rôle central dans le maintien au pouvoir de Bachar al-Assad pendant les années de guerre, le sondage indique que 68 % des Syriens considèrent l’intervention du Hezbollah comme négative, dont 52 % comme « très négative ». Seuls 6 % expriment une opinion positive, tandis que 26 % ne se prononcent pas.

Ce résultat constitue l’un des indicateurs les plus significatifs du basculement des perceptions dans un pays qui sort à peine d’une période de conflit intense, où l’opinion publique porte désormais un jugement clair sur les milices ayant contribué à la survie de l’ancien régime.

Commentant ces résultats, Jennifer Sutton, directrice exécutive du Council on American Security, a déclaré que les Syriens, près de dix-huit mois après la chute du régime Assad, ont rendu un verdict clair sur les milices qui ont contribué à maintenir ce pouvoir, ajoutant que ce qui était autrefois tabou dans le débat public syrien est désormais exprimé ouvertement, signe d’une ouverture politique et sociale sans précédent.

53 % soutiennent un accord sécuritaire avec Israël

Autre évolution notable, 53 % des Syriens interrogés soutiennent la conclusion d’un accord de sécurité officiel entre leur gouvernement et Israël, contre 11 % d’opposition, tandis que 37 % n’ont pas exprimé d’opinion.

Selon les analystes, ces chiffres traduisent une prudente attente quant à l’avenir des relations avec l’État hébreu, tout en reflétant une volonté de réorienter les priorités sécuritaires loin de l’axe iranien.

Par ailleurs, 57 % des Syriens estiment qu’une paix avec Israël est possible à l’avenir, contre 16 % qui la jugent improbable et 27 % indécis.

Le sondage observe toutefois un léger recul de l’enthousiasme envers les États-Unis par rapport à une enquête précédente réalisée en janvier. Le soutien à un rôle américain en Syrie est passé de 65 % à 51 %, tandis que 22 % s’y opposent. Le recul est particulièrement marqué chez les jeunes de moins de 45 ans, ce qui suggère des dynamiques sociales en évolution.

Liban : 59 % estiment que le Hezbollah menace leur sécurité nationale

Au Liban, les sondages révèlent un changement profond des perceptions à l’égard du Hezbollah. 59 % des habitants estiment que sa présence militaire a un impact négatif sur la sécurité du pays, contre seulement 11 % qui la jugent positive, tandis que 40 % ne se prononcent pas.

Ce chiffre contredit l’idée selon laquelle la société libanaise serait divisée de manière équilibrée sur la question des milices, et indique que la majorité silencieuse considère désormais l’arsenal du Hezbollah comme un fardeau pour l’avenir du pays.

Dans une évolution encore plus significative, 58 % des Libanais soutiennent les efforts du président Joseph Aoun visant à renforcer le rôle de l’armée libanaise et à négocier le désarmement du Hezbollah, afin que toutes les forces armées soient placées sous l’autorité de l’État central, illustrant une aspiration nationale à mettre fin au phénomène de « l’État dans l’État ».

Méthodologie et portée du sondage

Ces résultats proviennent de deux enquêtes réalisées par YouGov en arabe via une plateforme en ligne pour le Council on American Security, entre le 26 mai et le 1er juin. La première a porté sur 252 Syriens et la seconde sur 260 adultes libanais, avec une marge d’erreur de ±5 points.

Ces données interviennent dans un contexte régional sensible marqué par des négociations américano-iraniennes visant à mettre fin au conflit, donnant à ces perceptions publiques une importance particulière en tant que reflet de transformations profondes dans les opinions syriennes et libanaises, susceptibles de redéfinir l’ensemble des dynamiques régionales.

 

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