L’annonce d’une quatrième région suscite des protestations en Libye
Les habitants des villes de Beni Walid et Tarhouna sont descendus dans la rue pour protester contre l’inclusion de leurs municipalités dans la nouvelle région.
L’annonce de la création de ce qui a été appelé la « Région du Centre » a ouvert un nouveau débat politique en Libye, après avoir suscité des réactions contrastées entre partisans, qui y voient une étape visant à renforcer la coopération entre les municipalités, et opposants, qui considèrent qu’il s’agit d’une mesure dépourvue de base juridique et susceptible d’ajouter une nouvelle couche de division à un paysage libyen déjà complexe.
Quelques heures seulement après l’annonce de cette initiative, les villes de Beni Walid et Tarhouna ont connu des mouvements de protestation rejetant l’intégration de leurs municipalités dans cette nouvelle région. Les manifestants ont exprimé leur mécontentement face à ce qu’ils considèrent comme des décisions affectant l’avenir de leurs territoires sans consultation préalable de la population ni larges concertations locales. Ils estiment que de telles démarches devraient bénéficier d’un consensus social avant toute mise en œuvre.
L’entité annoncée regroupe neuf municipalités réparties dans une zone géographique s’étendant entre le littoral et l’intérieur du pays : Misrata, Beni Walid, Tininai, Al-Mardoum, Zliten, Al-Khoms, Tarhouna, Qasr Al-Akhyar et Msallata. Les promoteurs du projet le présentent comme un cadre de coordination dans les domaines du développement, des services publics et de l’administration locale. Toutefois, cette présentation n’a pas dissipé les inquiétudes concernant les dimensions politiques de l’initiative, notamment dans un contexte marqué par les débats persistants sur la forme de l’État libyen et l’avenir de son système de gouvernance.
Cette initiative s’est rapidement transformée en sujet de controverse parmi les élites politiques et universitaires. Alors que certains y voient une tentative de dynamiser l’action commune entre les municipalités et de remédier à certaines lacunes administratives, d’autres estiment qu’elle pourrait rouvrir le débat sur les régions historiques et le partage des compétences entre les différentes zones du pays, un dossier particulièrement sensible depuis la chute du régime de Muammar Gaddafi.
Des experts juridiques soulignent que la création de régions administratives ou toute modification de la structure administrative de l’État relève des prérogatives des institutions législatives nationales et non des conseils municipaux. Des interrogations ont ainsi émergé concernant le statut juridique de cette nouvelle région, l’étendue réelle de ses compétences et la question de savoir si elle restera une simple plateforme de coordination ou si elle évoluera vers un projet politique plus ambitieux.
Ces développements revêtent une importance particulière compte tenu de la situation actuelle du pays. La Libye continue de souffrir d’un blocage politique chronique en raison des désaccords portant sur la base constitutionnelle et les lois régissant les élections, ainsi que de la persistance des divisions entre les institutions rivales se disputant le pouvoir. Selon plusieurs observateurs, toute initiative à caractère régional pourrait être interprétée comme le signe d’une perte de confiance dans la capacité des institutions centrales à gérer les affaires publiques et à garantir un équilibre entre les différentes régions.
Cette controverse est survenue parallèlement à la clôture des travaux du dialogue structuré libyen, auquel ont participé des personnalités politiques et sociales issues de différentes régions du pays dans le but de rechercher des solutions à la crise persistante. Toutefois, le débat autour de la « Région du Centre » a montré que la question de la répartition du pouvoir et des relations entre le centre et les périphéries demeure l’un des sujets les plus sensibles en Libye.
Ces discussions remettent également au premier plan l’héritage historique des divisions régionales du pays. Lors de son indépendance, l’État libyen reposait sur un système fédéral regroupant les régions de Tripolitaine, Cyrénaïque et Fezzan, avant que ce modèle ne soit abandonné au début des années 1960 au profit d’un État centralisé. Entre ces deux visions, le débat se poursuit aujourd’hui sur la meilleure manière de gouverner un pays qui cherche encore une formule stable pour mettre fin à des années de division et d’instabilité.
