Politique

Nouveaux visages et bras de substitution : le plan des Frères musulmans pour se dissimuler face à la désignation terroriste 


Une nouvelle manœuvre est mise en œuvre par les Frères musulmans, classés comme organisation terroriste dans plusieurs pays, afin d’échapper aux mesures successives visant à interdire leurs activités.

Du changement de façades et d’entités organisationnelles à la création de structures alternatives apparemment sans lien avec le mouvement, en passant par la promotion de dirigeants auparavant inconnus, l’organisation tente d’occulter ses réseaux et de tromper les services de sécurité qui surveillent ses activités.

Tel est le tableau actuel : les Frères musulmans et leur organisation internationale ont commencé à exécuter un plan visant à dissimuler les contours de leur structure organisationnelle et à modifier l’apparence de leurs réseaux connus, parallèlement au lancement par les États-Unis d’un examen de leurs activités, ayant déjà conduit à l’interdiction de quatre de leurs branches dans le monde.

Lors de la réunion de l’organisation internationale des Frères musulmans tenue à Lahore, au Pakistan, en novembre dernier, la direction a approuvé un plan global de restructuration des institutions, incluant la création de façades alternatives sans lien apparent avec l’organisation.

Ce plan prévoit également la promotion de nouveaux dirigeants répondant à des critères précis, notamment l’absence de notoriété préalable et l’absence de dossiers sécuritaires ou de positions politiques, sécuritaires ou religieuses controversées, en particulier en Europe, afin de diriger les dossiers actuels et futurs.

Cependant, la mise en œuvre de ce plan révèle également une nouvelle dimension de la lutte interne au sein du mouvement : Mahmoud Al-Ebiary, secrétaire général de l’organisation internationale et responsable du secteur européen, cherche à renforcer son contrôle sur la structure en plaçant des proches à des postes exécutifs clés, afin de constituer un bloc de soutien à son accession au poste de chef par intérim, en remplacement de Salah Abdel Haq.

Selon les sources, le plan de « reconfiguration » a été conçu par Al-Ebiary avec la participation de plusieurs dirigeants, dont l’Irakien Anas Al-Tikriti.

Le plan ne se limite pas à un changement de façades, mais inclut également une relocalisation stratégique vers des pays considérés comme refuges, ainsi que la recherche de nouvelles destinations, dont l’Iran, avec laquelle le mouvement chercherait à renforcer ses relations en échange d’un effort d’amélioration de l’image de Téhéran dans le monde arabe.

Des dirigeants de substitution : montée des deuxième et troisième rangs

Les sources indiquent que la faction dite « Londres », dirigée par Salah Abdel Haq et contrôlant l’organisation internationale, a promu récemment de nouveaux cadres pour des fonctions d’un an, tandis que les anciennes figures conservent leurs postes sans apparition médiatique.

Les dirigeants de premier rang devraient se retirer progressivement de la scène médiatique, à l’exception de Helmy El-Gazzar, qui devrait rester la principale vitrine publique du mouvement.

Parallèlement, les deuxième et troisième rangs sont appelés à occuper une place plus visible, après des années de résistance des dirigeants historiques à cette transition.

Parmi les noms promus figurent Yahya Saad Farhat et Mohamed Affan.

Les sources indiquent également que certains cadres académiques sont désormais intégrés à des rôles consultatifs et médiatiques, dans le cadre d’une stratégie d’ouverture et de diversification.

Il est à noter que Yahya Saad Farhat a été condamné dans une affaire liée à l’évasion de prisons en janvier 2011, comportant des accusations de coordination avec des acteurs régionaux, ce qui signifie qu’il ne présente pas un parcours sécuritaire exempt de controverses.

Dans le même contexte, le mouvement s’appuie sur des personnalités académiques telles que Saif El-Din Abdel Fattah pour fournir des conseils politiques.

Réorganisation des bureaux et réseaux à l’étranger

Dans le cadre de ces changements, Amr Fayed supervise la restructuration du bureau politique en coordination avec Helmy El-Gazzar, tandis que la présidence exécutive est confiée à Fayed.

En Turquie, le bureau principal du mouvement à l’étranger a été confié à Amr Taman.

L’un des changements majeurs concerne la restructuration de la Ligue des Frères musulmans égyptiens à l’étranger, avec la séparation de son secteur européen sous la supervision directe de Mahmoud Al-Ebiary.

Ce dernier contrôle désormais les ressources financières du réseau en Europe.

Les sources indiquent également des changements en cours concernant les mécanismes de transfert financier, les contributions des membres et les sociétés affiliées.

Enfin, des discussions sont en cours pour désigner de nouveaux responsables des autres secteurs de la Ligue, notamment en Afrique, avec des réunions prévues après l’Aïd al-Adha pour finaliser les nominations.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page