Politique

Casques bleus entre maintien et retrait… le financement étrangle des missions onusiennes en Afrique


De la République démocratique du Congo à la République centrafricaine, des craintes grandissent quant à un possible retrait des missions de l’ONU, qui créerait un vide sécuritaire susceptible de raviver les violences.

Entre rester et partir, le fil est ténu et, selon des observateurs, il est essentiellement lié au financement, à l’heure où les missions voient leurs dépenses augmenter pour accomplir des tâches souvent menées dans des théâtres instables.

Lors d’une réunion devant le Conseil de sécurité, Viviane van de Perre, Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies en République démocratique du Congo, a appelé les États membres à fournir des ressources supplémentaires pour exécuter le mandat confié à la mission « MONUSCO » en décembre dernier.

Van de Perre occupe également le poste de cheffe par intérim de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo, connue sous l’acronyme « MONUSCO ».

Dans un exposé présenté jeudi soir devant le Conseil de sécurité à New York sur la situation dans l’est de la RDC, la Représentante spéciale du Secrétaire général a réitéré la nécessité de mettre fin aux violences et aux attaques de drones dans la région.

Elle a également appelé, dans son intervention, à garantir la poursuite de l’acheminement de l’aide humanitaire et à la mise en œuvre rapide des engagements diplomatiques pris à cet égard.

Enfin, la cheffe par intérim de la MONUSCO a demandé une augmentation du budget de la mission afin de recruter et de déployer des forces supplémentaires pour soutenir le mécanisme de cessez-le-feu, comme l’avait demandé le Conseil de sécurité en décembre dernier.

Compensation

Bien que la mission « MONUSCO » ait déployé de nouvelles technologies pour protéger plus efficacement les civils et réorganisé ses forces dans les zones où leur impact est le plus important — par exemple en établissant six bases mobiles en Ituri —, la force manque actuellement de ressources suffisantes pour accomplir cette mission, a expliqué Viviane van de Perre.

La responsable onusienne a indiqué qu’après une réduction des effectifs de 25 %, la MONUSCO ne dispose plus que de 7 700 soldats sur le terrain.

Elle a ajouté : « Bien qu’il s’agisse d’une nouvelle mission, la ligne de cessez-le-feu se situe au Sud-Kivu, une province dont nous nous sommes retirés le 30 juin 2024, ce qui signifie que sa surveillance nécessitera un redéploiement partiel. Nous avons donc besoin de ressources supplémentaires. »

Alors que le budget additionnel demandé par la « MONUSCO » est actuellement à l’examen par les États membres de l’ONU, la mission demande également aux parties belligérantes de rouvrir l’aéroport de Kavumu et de garantir la liberté de mouvement des forces de maintien de la paix en tant que garanties.

Une réunion entre les États-Unis, le Rwanda et la RDC devrait se tenir en avril prochain pour finaliser le cessez-le-feu, Kigali semblant plus disposée à négocier à la suite des sanctions imposées par Washington.

Inquiétudes

En République centrafricaine, la situation de la mission onusienne ne paraît pas meilleure du point de vue du financement.

Selon la radio française RFI, une seule question occupe actuellement l’esprit des habitants : la « Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine » (MINUSCA) met-elle fin à sa présence dans le pays, ou s’agit-il simplement d’une réorganisation de sa stratégie opérationnelle sur le terrain ?

Cette question suscite débat et inquiétude parmi les populations à travers le pays, d’autant que plusieurs bases de la mission de l’ONU ont commencé à fermer progressivement leurs portes, après plus de dix ans de présence continue pour certaines.

La « MINUSCA » a été déployée en 2014 par décision du Conseil de sécurité de l’ONU, dans le contexte d’une crise profonde ayant suivi le coup d’État du 24 mars 2013.

Face aux rumeurs persistantes d’un retrait définitif, la mission a jugé nécessaire de répondre, niant officiellement, lors de sa conférence de presse hebdomadaire, toute intention de départ et évoquant plutôt une réorganisation de son déploiement.

Néanmoins, dans de nombreuses zones de la RCA concernées par le redéploiement de la « MINUSCA », les habitants craignent le retour d’une insécurité auparavant contenue grâce à la présence des Casques bleus.

Le 19 mars, la base de « Dekoa » a été officiellement fermée, marquant une nouvelle étape dans ce processus.

Cette décision a suscité l’inquiétude de nombreux habitants face aux groupes armés. Suzanne, une résidente locale, s’interroge auprès de l’Agence France-Presse : « Nous craignons désormais les attaques et les exactions. Pourrons-nous nous rendre dans nos champs, emprunter les routes rurales ou exercer nos activités ? »

De son côté, la « MINUSCA » évoque d’importantes contraintes financières. Selon le commandant de la force, Humphrey Nyone, la mission prévoit de fermer 21 bases d’ici la fin du mois de mars. Il précise toutefois que la plupart de ces installations étaient temporaires et que leur fermeture ne signifie ni le retrait des forces ni l’abandon des populations.

Les bases fermées ont été remises aux autorités centrafricaines et à leur armée, en tant que principaux responsables de la sécurité du pays.

La porte-parole de la mission, Florence Marchal, a voulu rassurer en déclarant : « Cette réorganisation n’est pas un retrait définitif du pays. Une telle décision, comme rappelé, relève exclusivement de la compétence du Conseil de sécurité des Nations unies. »

La MINUSCA compte actuellement plus de 17 000 soldats et policiers chargés d’appuyer l’armée centrafricaine dans le rétablissement de la paix, ainsi que du personnel civil.

La République centrafricaine, l’un des pays les plus pauvres du monde, connaît des crises militaires et politiques depuis son indépendance de la France en 1960.

Malgré une amélioration notable, le pays demeure marqué par des tensions, notamment dans les zones frontalières avec le Soudan et le Soudan du Sud à l’est, ainsi qu’avec le Tchad au nord.

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