L’Irak négocie avec l’Iran pour autoriser le passage de ses pétroliers par le détroit d’Ormuz
Il est peu probable que les autorités iraniennes répondent favorablement aux demandes irakiennes dans le contexte de cette guerre, notamment en raison de leur volonté d’utiliser le détroit d’Ormuz comme levier pour perturber la navigation maritime et le secteur énergétique.
Le ministre irakien du Pétrole, Hayan Abdel-Ghani, a déclaré mardi, selon l’Agence de presse irakienne officielle, que Bagdad est en contact avec l’Iran afin d’obtenir l’autorisation de faire transiter certains pétroliers à travers le détroit d’Ormuz, dans le cadre des efforts visant à atténuer les perturbations des exportations de brut consécutives aux récentes attaques contre des navires pétroliers dans les eaux territoriales irakiennes.
Il apparaît que le gouvernement irakien cherche à exercer une pression sur la partie iranienne pour permettre le passage des navires, notamment après que les autorités de Téhéran auraient autorisé le transit de deux navires indiens en échange de la libération de trois pétroliers iraniens — une information démentie par un porte-parole du ministère indien des Affaires étrangères — ainsi que des informations évoquant l’autorisation accordée à un pétrolier pakistanais de franchir le détroit.
Selon des observateurs, il est peu probable que les autorités iraniennes répondent positivement aux demandes irakiennes en pleine guerre, compte tenu de leur détermination à utiliser le détroit d’Ormuz comme un outil de pression sur la navigation maritime et le secteur énergétique, ce qui pourrait avoir des répercussions majeures sur les États-Unis et l’économie mondiale.
Des groupes armés, pour la plupart liés à « l’axe de la résistance » et soutenus par l’Iran, ont mené une série d’attaques contre des installations pétrolières et des infrastructures énergétiques dans différentes régions d’Irak, en utilisant des missiles et des drones. Ces attaques ont visé des champs pétroliers et gaziers dans la région du Kurdistan, entraînant l’arrêt temporaire de la production sur certains sites à la suite de frappes directes attribuées par les autorités à des « milices hors la loi ». Ces opérations, menées à l’aide de drones et de missiles variés, ont exercé une pression significative sur les infrastructures du secteur pétrolier et menacé la capacité opérationnelle des sites visés.
Ces attaques interviennent à un moment où l’économie irakienne subit de fortes pressions en raison du conflit régional en cours, le pays dépendant presque entièrement des recettes pétrolières pour financer son budget.
Pour faire face à ces répercussions, le ministre du Pétrole a déclaré dans une allocution vidéo diffusée lundi que l’Irak cherche également à remettre en service un oléoduc à l’arrêt permettant d’acheminer le pétrole directement vers le port turc de Ceyhan sans passer par la région du Kurdistan.
Il a ajouté que l’Irak achèvera dans une semaine l’inspection d’un tronçon de 100 kilomètres de cet oléoduc, en vue de reprendre les exportations directes depuis Kirkouk.
La réouverture de l’oléoduc Kirkouk-Ceyhan, fermé depuis plus de dix ans, offrirait une voie alternative, à un moment où la navigation dans le détroit stratégique d’Ormuz est fortement perturbée par le conflit en cours au Moyen-Orient.
Les exportations via cet oléoduc long de 960 kilomètres, qui transportait auparavant environ 0,5 % de l’approvisionnement mondial, ont été interrompues en 2014 à la suite d’attaques répétées menées par des éléments de l’organisation État islamique.
Selon le ministère du Pétrole, les exportations via cette ligne pourraient initialement atteindre environ 250 000 barils par jour, avant de s’élever à près de 450 000 barils par jour en cas d’ajout du brut provenant des champs du Kurdistan.
Bagdad a tenté d’utiliser l’oléoduc du Kurdistan comme solution temporaire pour l’exportation du brut, affirmant que le gouvernement régional impose des conditions abusives pour son utilisation, et avertissant qu’il pourrait recourir à des actions en justice en cas d’entrave aux exportations.
Les autorités de la région du Kurdistan ont rejeté ces accusations, affirmant qu’elles n’entravent pas les exportations et que Bagdad n’a pas su faire face aux défis sécuritaires et économiques auxquels est confronté le secteur pétrolier dans la région.
