Trump mobilise en faveur d’une alliance d’Ormuz et d’une implication internationale dans la guerre contre l’Iran
L’appel du président américain comporte des risques et pourrait entraîner un élargissement des affrontements avec l’Iran si certains États répondaient favorablement à sa demande de participation de grandes puissances à la protection du détroit d’Ormuz, alors que nombre d’entre eux demeurent réservés à l’égard de cette initiative.
Des sources bien informées ont révélé que le président américain Donald Trump travaille à la formation d’une coalition internationale destinée à protéger la navigation dans le détroit d’Ormuz et à le rouvrir au trafic maritime mondial, une initiative qui reflète l’ampleur des inquiétudes internationales face aux répercussions de la guerre en cours entre les États-Unis et Israël d’une part et l’Iran d’autre part.
Cette démarche intervient alors que le marché mondial de l’énergie connaît de fortes turbulences après l’interruption d’une grande partie des exportations de pétrole et de gaz transitant par ce détroit.
Le site d’information Axios a rapporté, citant quatre sources, que Trump prévoit d’annoncer l’initiative de cette coalition plus tard dans la semaine, dans le but de mobiliser un large soutien international afin d’assurer la continuité des flux énergétiques à travers l’une des voies maritimes les plus importantes au monde. Le détroit d’Ormuz constitue en effet une artère essentielle du commerce mondial, puisque près d’un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié y transitent, ce qui signifie que toute perturbation a des répercussions directes sur l’économie mondiale.
Dans une interview accordée au Financial Times, Trump a averti que l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord pourrait faire face à un avenir « très difficile » si les alliés des États-Unis ne contribuaient pas à sécuriser la navigation dans le détroit. Il a souligné que la protection de ce passage maritime ne devait pas être uniquement la responsabilité de Washington, mais une responsabilité partagée entre les pays bénéficiant du commerce et de l’énergie qui y transitent.
Trump a déclaré que des pays tels que la Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud et le Royaume-Uni devraient participer aux efforts internationaux visant à protéger le détroit, notamment en envoyant des navires de guerre ou en fournissant un soutien militaire et logistique. Il a ajouté que l’aide requise pourrait inclure le déploiement de dragueurs de mines ainsi que de moyens défensifs capables de contrer les drones et les mines maritimes susceptibles de menacer la navigation.
Cependant, plusieurs États ont jusqu’à présent exprimé des réserves à l’égard de cette idée, tandis que certains s’y sont opposés ouvertement, déclarant qu’ils n’enverraient aucune force dans la région. Beaucoup estiment qu’ils ne sont pas parties prenantes de la guerre déclarée contre l’Iran depuis le 28 février et considèrent que ceux qui l’ont déclenchée doivent assumer la responsabilité de ses conséquences.
Le président américain a également souligné que la Chine, en particulier, dépend fortement du pétrole transitant par le détroit, affirmant qu’environ 90 % des importations pétrolières de Pékin passent par cette voie maritime, ce qui rendrait logique sa participation à la protection de ce passage. Dans ce contexte, Trump a laissé entendre qu’il pourrait reporter son sommet prévu avec le président chinois Xi Jinping si la position de Pékin concernant la participation à la sécurisation du détroit ne devenait pas plus claire.
Ces déclarations interviennent alors que Paris accueille des discussions économiques entre le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent et le vice-premier ministre chinois He Lifeng, dans le cadre d’une tentative de résolution des différends commerciaux entre les deux pays et de préparation d’une éventuelle visite de Trump à Pékin à la fin du mois de mars.
Parallèlement, Trump a continué d’adresser des avertissements à l’Iran, indiquant que les forces américaines pourraient mener de nouvelles frappes contre l’île de Kharg, qui constitue le principal centre d’exportation du pétrole iranien. Il a affirmé que ces installations pourraient être ciblées en quelques minutes si nécessaire, laissant entendre que Washington est prêt à élargir le champ de ses opérations militaires.
L’Iran avait effectivement fermé le détroit à la suite des attaques américaines et israéliennes lancées contre lui il y a plus de deux semaines, ce qui a fortement perturbé une partie du trafic maritime mondial. Les forces iraniennes ont également mené des attaques à l’aide de drones et de missiles contre des infrastructures énergétiques dans la région, en réponse aux opérations militaires dirigées contre elles.
Ces développements ont rapidement eu un impact sur les marchés pétroliers mondiaux, les prix ayant fortement augmenté au cours des dernières semaines. Les cours du pétrole brut ont progressé de plus de 40 % durant le mois en cours, atteignant leur niveau le plus élevé depuis 2022, après l’interruption du flux d’importantes quantités de pétrole à travers le détroit.
Toutefois, les prix ont légèrement reculé au début des échanges lundi à la suite des déclarations de Trump appelant d’autres pays à participer à la protection de la voie maritime : le Brent est tombé à environ 102,9 dollars le baril, tandis que le West Texas Intermediate a reculé à environ 97,6 dollars.
Dans le même temps, des installations pétrolières dans la région ont été la cible de nouvelles attaques : des drones iraniens ont frappé une importante station pétrolière à Fujaïrah, aux Émirats arabes unis, avant que les opérations de chargement de pétrole ne reprennent par la suite. Fujaïrah constitue un point clé pour l’exportation du pétrole émirati en dehors du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un million de barils par jour de brut Murban.
Des analystes estiment que les options envisagées par les États-Unis pour rouvrir le détroit comportent d’importants risques d’escalade. Parmi ces options figurent de nouvelles frappes contre des infrastructures iraniennes, voire la prise de contrôle de l’île de Kharg, ainsi que le déploiement de forces chargées de protéger la navigation maritime.
Dans une tentative d’apaiser les marchés, l’Agence internationale de l’énergie a annoncé que plus de 400 millions de barils de réserves stratégiques de pétrole seraient bientôt injectés sur le marché afin de compenser le déficit causé par l’arrêt d’une partie des approvisionnements mondiaux.
Alors que le conflit entre dans sa troisième semaine, les inquiétudes grandissent quant au risque d’un élargissement de la confrontation dans la région, ce qui pourrait avoir des répercussions profondes sur l’économie mondiale et les marchés de l’énergie. La fin de la crise demeure incertaine malgré les déclarations américaines prévoyant une fin du conflit dans les semaines à venir.
