Iran

L’empire économique des Gardiens de la révolution iraniens : le dragon protège son trésor 


Une enquête de la radio française 20 Minutes a révélé la manière dont les Gardiens de la révolution iraniens ont accumulé une immense richesse, malgré les sanctions internationales imposées au pays.

Alors que l’économie iranienne souffre sous le poids des sanctions et des bombardements, les Gardiens de la révolution disposent d’immenses ressources grâce à leur contrôle sur une large part de l’économie nationale.

À travers des entreprises telles que Khatam al-Anbiya, l’attribution de grands contrats publics, la contrebande et leur influence sur les institutions religieuses, ils ont réussi à bâtir un système économique opaque, presque indépendant de toute forme de contrôle ou d’imposition fiscale.

Tandis que l’élite du régime continue de consolider ces richesses et d’en transférer une partie à l’étranger afin de les protéger des conséquences de la guerre, la population iranienne s’enfonce dans la pauvreté et la dégradation des conditions de vie, tandis que la stagnation économique nationale s’aggrave.

Bombardements et sanctions

Dans le contexte des frappes américaines et israéliennes, le président américain Donald Trump a promis une « destruction totale du régime iranien », y compris sur le plan économique.

De son côté, Thierry Coville, chercheur français à l’Institut de relations internationales et stratégiques et spécialiste de l’Iran, a souligné que « l’économie iranienne était déjà en difficulté après les bombardements de juin, lors de la première phase de confrontation irano-israélienne en 2025, lorsque l’activité économique s’est pratiquement arrêtée. Le pays est entré en récession et l’inflation dépassait 40 % au début de l’année 2026 ».

Il ajoute que « dans ces conditions, les Gardiens de la révolution surveillent leur richesse comme un dragon surveille son trésor ».

Des centaines de milliards

La fortune des Gardiens de la révolution est parfois estimée à plus de 200 milliards de dollars. Toutefois, le manque de transparence du système rend toute estimation précise extrêmement difficile, selon Michel Makinsky, directeur général du cabinet de conseil Agerom.

Ces richesses ne figurent dans aucun budget officiel et ne sont soumises à aucun contrôle institutionnel. Elles relèvent uniquement de l’autorité du Guide suprême.

Le politologue français spécialiste de l’Iran Thierry Coville estime que les entreprises liées aux Gardiens de la révolution contrôlent entre 10 et 20 % de l’économie iranienne, un niveau considérable pour une institution militaire.

Khatam al-Anbiya

Le principal bras économique des Gardiens de la révolution, également appelés Pasdaran, est le conglomérat industriel Khatam al-Anbiya. Cette holding obtient les principaux contrats dans les secteurs de la construction et de l’énergie, notamment pour le développement de vastes parties du champ gazier de South Pars, le plus grand gisement de gaz au monde, souvent sans appel d’offres officiel.

Les Gardiens de la révolution contrôlent également une grande partie des activités de contrebande grâce à leur influence sur les ports et les postes frontaliers terrestres. Cela leur permet de percevoir des commissions sur chaque cargaison transitant par ces points. Ce système quasi parallèle échappe largement aux contrôles de l’État et n’est soumis à aucune taxation.

Une corruption systémique

Après la révolution iranienne, les institutions religieuses ont pris le contrôle des biens appartenant à l’ancien shah et à son entourage. Avec le temps, les Gardiens de la révolution ont progressivement infiltré la plupart de ces institutions.

En 2013, l’agence Reuters estimait la valeur de la fondation Setad, affiliée au Guide suprême, à environ 95 milliards de dollars, un montant qui pourrait avoir doublé depuis.

Michel Makinsky affirme que « la corruption est massive et systémique ».

Lors des dernières manifestations, de nombreux Iraniens scandaient des slogans tels que « À bas le dictateur » et « À bas les corrompus ».

Thierry Coville souligne que « beaucoup considèrent que les privilèges accordés aux Gardiens de la révolution et leur exemption fiscale sont profondément anormaux ».

L’or de certains… et le sang des autres

Alors que les Gardiens de la révolution et l’élite du régime continuent d’accumuler des richesses, le secteur privé iranien et la population subissent durement les effets des sanctions internationales, censées exercer une pression sur le régime mais qui touchent d’abord les citoyens.

Thierry Coville explique que « les Gardiens de la révolution vivent dans des conditions bien meilleures, sans payer d’impôts, tout en contrôlant les réseaux de contrebande et des circuits commerciaux internationaux illégaux ».

Par ailleurs, la fortune du nouveau Guide suprême est estimée à plusieurs centaines de millions d’euros, incluant des biens immobiliers à Londres ainsi que des hôtels de luxe en Allemagne et en Espagne, selon une enquête publiée par l’agence Bloomberg.

Tandis que l’élite du régime continue d’accumuler ses richesses, la population iranienne s’enfonce dans la pauvreté et l’économie nationale s’effondre sous l’effet combiné des sanctions et de la guerre. Ce contraste met en lumière l’opposition frappante entre l’or accumulé par les Gardiens de la révolution et les souffrances d’un peuple confronté à une crise profonde.

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