Moyen-Orient

Trois ans après le 7 octobre : qu’est-ce qui a changé dans l’armée israélienne ?


Le site israélien de langue hébraïque Walla a publié un rapport sur les changements apportés par l’armée israélienne après l’attaque du 7 octobre 2023. Il indique que la Direction du renseignement militaire, Aman, a revu sa doctrine d’alerte précoce, tandis que l’armée de l’air a renforcé son niveau de préparation et que les commandements militaires ont redéfini leur approche de la défense.

Selon le rapport, l’armée israélienne a publié mercredi des données sur ses activités sur les différents fronts, trois ans après le déclenchement de la guerre « Épées de fer ». Elle a également abordé la situation de ses effectifs et l’application des enseignements tirés du 7 octobre dans les différentes composantes, les commandements, les unités et les services.

Walla estime que l’armée cherche à mettre en évidence une transformation profonde, particulièrement depuis la prise de fonctions du chef d’état-major Eyal Zamir, en mars 2025. Toutefois, les informations publiées ne traitent pas de la refonte globale de la culture institutionnelle militaire, alors que celle-ci est présentée comme l’un des facteurs ayant conduit à « la plus grande catastrophe » de l’histoire d’Israël depuis sa création.

La Direction du renseignement militaire

Selon Walla, le chef de la Direction du renseignement militaire, le général de division Shlomi Binder, a engagé une vaste transformation au sein de cette structure, ébranlée comme elle ne l’avait plus été depuis les défaillances de la guerre d’octobre 1973.

La mission principale consistait, selon le rapport, à rétablir la confiance dans la direction et à la préparer à faire face à différents défis. Binder a placé au premier rang de ses priorités l’alerte précoce face à une guerre, une activité hostile, une menace ou une évolution susceptible de mettre en danger Israël et sa population.

Il a également défini quatre principes fondamentaux : la responsabilité, le professionnalisme, l’humilité et la vérité.

Au cours des deux dernières années, la doctrine opérationnelle d’alerte a été actualisée. Les modèles existants ont été réévalués et de nouveaux modèles élaborés. Les cellules d’alerte ont été renforcées à différents échelons et sur tous les fronts, tandis que des programmes de formation avancée ont été créés au sein du dispositif de formation de la Direction du renseignement, selon le rapport.

Walla ajoute que des mesures ont été prises pour traiter de manière globale les « signaux provenant du terrain ». Elles comprennent la création d’une cellule d’alerte du renseignement couvrant plusieurs fronts et réunissant différentes spécialités, afin d’établir une appréciation unifiée du renseignement, ancrée dans la réalité opérationnelle.

Le rapport présente Binder comme le seul responsable ayant accordé une attention majeure à une transformation profonde de la culture et des processus du renseignement. Cette démarche consiste à placer les risques de surprise et l’incertitude au cœur de la réflexion institutionnelle et quotidienne, à adopter une approche critique et sceptique, et à encourager la remise en question des propres analyses ainsi que le débat interne.

Binder a également décidé d’adopter une doctrine d’alerte et des méthodes professionnelles permettant de détecter les changements dans les préparatifs de l’adversaire, tout en réduisant le poids accordé aux évaluations de ses intentions et à ce que le rapport appelle les « signaux rassurants ».

Cette évolution comprend la reconstruction de modèles d’alerte fondés sur des « indicateurs révélateurs », destinés à fournir un langage commun aux commandants opérationnels, aux analystes du renseignement et aux services de collecte d’informations.

Le service de contrôle a été reconstitué avec un périmètre élargi afin de remettre systématiquement en question les conceptions et les évaluations de la direction. Parallèlement, une institution consacrée à la formation des cadres du renseignement, la Midrasha, a été créée.

Dans le même cadre, une nouvelle unité technologique est actuellement mise en place au sein de la Direction du renseignement pour centraliser et traiter les informations et les connaissances.

Cette unité s’inscrit dans l’adaptation aux défis futurs. Elle développera les méthodes de travail du renseignement et cherchera à exploiter pleinement les informations détenues par l’institution, grâce à une intégration avancée des infrastructures informatiques, des données et des technologies d’intelligence artificielle.

Le commandement sud

Au sein du commandement sud, les données présentées à l’état-major mettent l’accent sur l’élimination de la chaîne de commandement et des combattants ayant participé à l’attaque du 7 octobre, dans le cadre d’une coopération entre l’armée de l’air, la Direction du renseignement et la Direction des opérations.

Selon ces données, quatre dirigeants de la branche militaire du Hamas, 17 commandants de brigade, environ 60 commandants de bataillon et quelque 300 commandants de compagnie ont été tués pendant la guerre.

Le rapport précise néanmoins que les responsables de l’appareil sécuritaire israélien savent que l’approche appliquée jusqu’ici, qui comprend ce que l’on appelle la « ligne jaune », ne permettra pas de vaincre le Hamas. Le mouvement continue, à ce jour, de se préparer à poursuivre les combats contre Israël.

Les infrastructures et les dispositifs de protection des localités et des colonies ont également été modernisés, tandis que les capacités de réaction et de préparation aux situations d’urgence ont été renforcées.

Le long de la « ligne jaune », soumise à d’importants défis posés par le Hamas, environ 40 positions militaires ont été établies sur des points dominants. La clôture, qui avait été franchie en plus de 60 endroits, a fait l’objet de réparations et de travaux de modernisation.

Selon les données publiées, des infrastructures utilisées par les combattants ont été détruites en surface et sous terre. Plus de 4 000 opérations d’excavation ont également été menées pour localiser et détruire des tunnels.

L’armée de l’air

À la lumière des enseignements du 7 octobre et de son incapacité à arrêter des milliers de combattants pendant les premières heures de l’attaque, l’armée de l’air a renforcé sa préparation à une guerre de grande ampleur déclenchée par surprise sur plusieurs fronts, y compris à des scénarios de défense des frontières.

Des ordres opérationnels spécifiques ont été élaborés, les prérogatives des échelons de terrain ont été élargies et les efforts de collecte du renseignement ont été ajustés. La doctrine de défense et d’attaque de l’armée de l’air a également été modifiée.

Selon Walla, le volume des forces en alerte a été multiplié jusqu’à quatre par rapport à la veille de la guerre, et jusqu’à six dans certaines formations.

Le dispositif de commandement et les mécanismes permettant d’établir une appréciation de la situation ont aussi été renforcés afin d’assurer une réaction immédiate, tant défensive qu’offensive. La préparation aux scénarios de surprise est continuellement évaluée à travers des entraînements et des exercices destinés aux échelons de terrain et à l’état-major des opérations.

Les changements comprennent également un approfondissement de la coopération pour la protection des frontières, une réduction du délai de réaction aérienne dans les zones frontalières, un renforcement de la protection de l’espace aérien israélien à basse altitude et une meilleure défense des bases aériennes. L’application des enseignements tirés dans ces domaines fait également l’objet d’un suivi.

Le rapport souligne toutefois que, malgré l’ampleur de la surprise, l’armée de l’air a réussi à se ressaisir. Selon le site, elle a accompli depuis le 7 octobre des réalisations « de portée internationale » sur les différents fronts.

La Direction des opérations

Selon Walla, le chef de la Direction des opérations, le général de division Itzik Cohen, a augmenté le nombre d’exercices organisés par l’état-major, en mettant l’accent sur la défense, les scénarios de surprise sur plusieurs fronts et les évaluations conduites par le chef d’état-major.

Les mesures comprennent la vérification de l’application des enseignements tirés lors de chaque évaluation, ainsi que la mise en œuvre effective, sur le terrain et en temps réel, du déploiement des forces et des dispositifs d’alerte.

Il a également été décidé d’actualiser la doctrine de défense et de réaction aux attaques surprises, de définir une norme opérationnelle, d’élargir les dispositifs d’alerte et de réserve, et de modifier la Brigade des opérations ainsi que son mode de fonctionnement.

Le commandement nord

Au sein du commandement nord, une nouvelle doctrine de défense a été adoptée, fondée sur la nécessité d’empêcher l’adversaire de consolider sa présence, selon le rapport.

D’après Walla, cette approche s’est traduite par des opérations de ratissage dans le sud du Liban, une modification de la doctrine de défense en Syrie et sur le plateau du Golan, un renforcement de la protection des localités du nord, la création d’unités de réaction rapide et une réorganisation du secteur.

En conclusion, Walla s’interroge sur la capacité de ces changements opérationnels à remédier aux défaillances plus profondes qui ont précédé l’attaque, notamment à la culture organisationnelle qui a influencé l’évaluation des risques et le traitement des signes annonciateurs de menaces.

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